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10 mai 2005

La mort aux trousses

Curieuse notre attitude quand ,momentanément , nous échappons à l’étreinte de la camarde . Nous sentons son souffle fétide , ses doigts griffus , et hop , telle une savonnette mouillée nous lui glissons entre les pattes ! L’affaire du camion…encore elle . Ce jour-là , Olivier eut l’impression d’être à deux doigts de la mort . S’en suivit une période de colère , contre moi censé le protéger , puis un état de prostration qui dura jusqu’à notre arrivée à l’île de Ré . Mon ami venait-il de toucher du doigt le caractère éphémère de sa propre existence ? Je ne sais . En tous cas cette expérience ne contribua nullement à le rasséréner . J’ai moi-même senti le souffle du boulet plusieurs fois . Ma première rencontre se produisit il y a presque trente ans par une froide journée de janvier , sur l’autoroute de l’est à près de deux cent kilomètres heures (c’était une autre époque) lorsque la Triumph TR3 que conduisait un ami rencontra une plaque de verglas , fit plusieurs « tête à queue » et partit en marche arrière , glissant contre le rail de sécurité de la voie gauche sur une centaine de mètres .J’ai encore dans les oreilles le crissement des tôles déchirées et les jurons proférés en suisse allemand par mon ami . Affreux ! Lorsque enfin nous nous arrêtâmes , la voiture était pratiquement détruite mais nous étions intacts , pas une égratignure ! Nous étions juste un peu en avance sur le rendez-vous que la mort nous avait donné . Je hurlai à mon ami complètement consterné (c’était ma voiture , livrée quelques jours auparavant) : allez, faut gicler (je venais de terminer mon service militaire) !!!L’autoroute était déserte (une autre époque vous dis-je) et nous nous trouvions à la fin d’une longue ligne droite mais dans le lointain je percevais un véhicule en approche .Je pensai : même cause , mêmes effets ! Ma portière était bloquée par le rail de sécurité aussi devais-je attendre que le conducteur soit sorti pour pouvoir le suivre . Il pesa de toutes ses forces contre sa porte .En vain ! Le châssis tordu nous interdisait toute fuite de ce côté . Le salut nous vint du toit amovible . Nous enjambons le pare brise , traversons ou plutôt survolons l’autoroute . On dit que la peur donne des ailes ! Ce fut le cas pour nous . A peine à l’abri sur la bande d’urgence , de l’autre côté du rail de sécurité , nous entendons un hurlement de pneus suivi d’ une espèce de détonation et du cliquetis caractéristique de verre brisé . C’est une camionnette remplie de travailleurs du service de l’équipement qui vient de s’arrêter plus loin , sur le bas-côté, après avoir fini de pulvériser la Triumph . Personne n’est blessé.
De manière étrange , je ne ressentis aucune colère envers mon ami qui non seulement venait de démolir ma voiture mais avait LUI réellement failli nous tuer même si je suis persuadé que je n’aurais pas mieux fait dans les mêmes circonstances . Comme lui, j’aurais probablement freiné quand la voiture a commencé à déraper , grossière erreur de débutant ! Ce jour là nous devions mourir , c’était programmé et puis , je ne sais quoi s’était déréglé quelque part et nous étions là tous les deux, trempés par la pluie glacée, à nous faire sermonner par les gendarmes dans leur estafette aux vitres couvertes de buée ! Le plus drôle : nous étions partis le matin même de Genève pour visiter le salon nautique à Paris . Or celui-ci avait fermé ses portes une semaine plus tôt ! J’avais du mal comprendre…
Je vécus les semaines qui suivirent dans un état d’euphorie permanente , à l’affût d ’un événement exceptionnel , d’un signe du ciel , un je ne sais quoi qui me force à …à , je n’en savais foutrement rien ! Deux mois plus-tard c’était la marée noire causée par l’Amoco Cadiz : deux cent cinquante mille tonnes de pétrole déversées sur les côtes bretonnes .Des présentateurs de télévision lancèrent un vibrant SOS à la population , jetant des centaines de milliers de français sur les routes et manquant de transformer le désastre écologique en catastrophe humanitaire quand des hordes de citadins armés de pelles et de seaux en plastique déferlèrent sur les plus si verts pâturages bretons ! Je me dis alors , les conneries ça suffit ! Big brother is already watching us ! J’abandonnai la voie que naissance et études m’avaient tracé et me laissai prendre par la mer à la poursuite de mes rêves d’enfant . Le 1er juillet 1978 à l’âge de vingt trois ans je quittai Rotterdam à bord de mon sloop, le S*** , cap au Sud . J’étais accompagné de trois fidèles équipiers qui tous désertèrent le bord (les rats !) en des points géographiques et à des stades d’imprégnation alcoolique divers . Quant à moi , je ne suis jamais réellement arrivé à destination !

Commentaires

Olivier finalement, te doit de savoir qu'il tient à la vie !

Écrit par : dilou | 11 mai 2005

Oui , et moi ça m'a permis de savoir ce qu'il pensait réellement de moi! Nous sommes peu de choses quand même...juste des débris épars emportés par le tourbillon de la vie!

Écrit par : manutara | 12 mai 2005

Pouêêêêêêêêtttttttttttt!!!!!!!
Ché beau...triste , mais beau!

Écrit par : le troll | 12 mai 2005

A motivant discussion vaut commentaire. Je pense que vous devriez écrire Connaître ce sujet, elle ne peut être un sujet tabou question, mais généralement gens ne parler ces ces sujets .
Pour la prochaine! Un grand merci !

Écrit par : Page | 10 juillet 2013

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