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15 avril 2005

Los mechones

En quittant le Sheraton au terme de ma brève escale à Santiago au mois de mars dernier pour me rendre à l’aéroport , j’ai une fois de plus traversé la capitale chilienne , sans parvenir comme d’habitude , à appréhender cette ville de cinq millions d’habitants .Difficile de la comparer à un endroit connu .Impossible , toutefois de dire qu’elle ne ressemble à aucun autre lieu habité de la planète . Santiago ce sont des fragments de déjà vécu , des bouts de jamais vu .Un endroit familièrement étrange .De ses banlieues populaires , succession de milliers de petites maisons identiques on conservera le souvenir d’un vague malaise , dans son quartier des affaires on éprouvera un certain vertige , dans ses « barrios » chics une pointe de jalousie viendra nous tarauder , dans sa zone industrielle on aura l’impression d’un chaos habilement orchestré et dans la brume ambiante recouvrant en toutes saisons hommes et choses on aura qu’une hâte : prendre un bain afin de se défaire d’une tenace odeur d’huile de vidange . Ce matin là , je fus toutefois le témoin d’un événement dont j’avais entendu parler à maintes reprises mais qu’il ne m’avait jamais été donné de voir : le lâcher des mechones dans les rues de la ville .En effet , les premiers jours de mars marquent le début de l’année universitaire . Les nouveaux inscrits mâles , les mechones , sont soumis à un certain nombre de vexations initiatiques dont la plus répandue consiste à prélever quelques mèches dans leur chevelure en général abondante provoquant ainsi un certain nombre de cratères dans le paysage capillaire et à les lâcher en des points éloignés de la ville après les avoir en grande partie dépouillés de leurs vêtements .Là , postés aux carrefours ou dans les jardins publics , ils vont devoir demander l’aumône aux automobilistes et aux passants , n’étant autorisés à regagner leurs établissements respectifs qu’après avoir collecté une certaine somme . Cette pratique , en dehors de son côté ludique (pour les anciens, cela va sans dire) est fortement encouragée par les adultes . Selon eux , elle confronte ces jeunes gens , souvent pour la première fois de leur vie, à une situation extrême dont il vont devoir se sortir sans aide aucune . La société chilienne est une société très « formal » où le fait de ne pas porter de cravate sous son veston est déjà considéré comme un acte de révolte manifeste ! Alors faire la manche quasiment nu en pleine ville , relève pour ces grands adolescents du fantasme cauchemardesque le plus absolu ! En cette occasion ,on peut déjà distinguer ceux qui traverseront la vie avec une certaine aisance et ceux qui risquent de se perdre en cours de route .Alors que les uns exhibent avec complaisance leurs corps athlétiques , interpellant le chaland sur le ton de la plaisanterie , récoltant au passage une ample moisson de monedas , les autres tentent maladroitement de cacher leur misérable nudité et leur mal-être derrière les arbres d’un parc ou le socle de la statue d’un quelconque libertador oublié de tous et recouvert de déjections de pigeons . Là , ils essayent d’attirer l’attention d’un passant attardé , chuchotent un timide , senor por favor , à mi-voix , une dame ils n’oseraient jamais , le suppliant de leur jeter quelques piécettes de dix ou vingt pesos . Mais , vae victis , le malaise du mechon délaissé contamine le promeneur . Il détourne le regard de ces yeux terrifiés et hâte la pas .Quel splendide raccourci social ! Désormais Santiago sera pour moi la ville des mechones !

10:35 | Lien permanent | Commentaires (4)

13 avril 2005

En attendant le bus

Pendant mon séjour européen , pour échapper à l’atmosphère délétère de M. , je décide de passer la journée à Heidelberg en Allemagne . Visite du château détruit par les protestants pendant la guerre de trente ans puis par les troupes de Louis XIV pour une sombre histoire de prince électeur mal élu et enfin par la foudre un siècle plus-tard sans aucun motif particulier . L’originalité de cette battisse est incontestablement d’avoir été reconstruite dans un style chaque fois différent à côté de ruines qu’on se plait à imaginer encore fumantes . Le résultat est surprenant , sans doute unique au monde ! Superposition de styles , d’époques et d’évènements . On peut en avoir une idée en consultant dans mon album « inspiration » la photo intitulée vieilles pierres . Impossible en effet d’insérer une image dans mon texte en utilisant l’icône prévue à cet effet .
Quelques heures plus tard , je me promène en ville et là , à un arrêt de bus , j’aperçois un couple insolite . Ce sont des personnes qu’on pourrait qualifier d’âgées bien que le terme hors d’âge me semble plus approprié non pas qu’elles soient extraordinairement vieilles , mais tout simplement hors du temps . La dame que l’on devine fluette sous une invraisemblable superposition de vêtements tient fermement son homme ( mein Mann en allemand signifie aussi mon mari) par la main comme si elle craignait de le voir lui échapper ou plutôt c’est la vie même de son mari qu’elle semble retenir au creux de ses mains énergiques tant celle-ci ne tient qu’à l’implacable volonté de cette épouse dévouée . Lui , ne semble déjà plus tout à fait être de ce monde . Ses yeux hermétiques à toute lumière paraissent déjà contempler l’au delà . Une béquille vient compléter cette sensation de fragilité d’un corps qui en son temps a du être robuste mais aujourd’hui n’est plus que bouffissures et flaccidités . Une image vient s’imposer à mon esprit : une toile de Breughel où l’on voit une file d’aveugles en rase campagne agrippés les uns aux épaules des autres et guidés par …un aveugle. Je trouvai ce couple magnifique et le pris en photo . Ce matin en chargeant mes clichés sur le disque dur de mon ordinateur je remarque qu’à la gauche de ce couple émouvant , il y a un couple de très jeunes gens d’une insolente beauté et santé . Je ne dirai pas que les deux couples s’ignorent , mais qu’ils ne se voient tout simplement pas . Ils vivent en un même lieu mais à des époques différentes. J’ai nommé cette photo que je ne publierai pas printemps-hiver , cela ressemble à l’intitulé d’une collection de haute couture , mais après tout la vie n’est-elle pas un défilé de saisons ? Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec l’imposante construction qui domine la ville .Vieilles pierres , maisons neuves…

23:10 | Lien permanent | Commentaires (5)

10 avril 2005

Sur le chemin du retour

Abruti par quatorze heures de vol depuis Madrid, je profite de la longue attente a l´aeroport de Santiago pour ecrire quelques lignes dans mon blog .Tant pis pour les accents... Ce sejour de plus d'un mois en Europe fut d'une grande richesse sur le plan personnel . Il fut douloureux aussi puisque cette annee c'est au cimetiere de M. que je rendis visite a ma mere decedee au mois de janvier apres avoir vu , au fil des ans, son identite se gommer pour se dissoudre tout a fait dans celle des autres pensionnaires de ce centre specialise dans l'accompagnement des personnes atteintes d'Alzheimer .En raison d'une menace de cyclones les vols locaux entre Marquises et Tahiti avaient ete suspendus plusieurs jours , aussi je n'avais pu me rendre en France pour assister aux obseques . J'avoue que j'en eprouvai un lache soulagement , tant l'enterrement me semble une maniere barbare de disposer d'un corps . Les anciens marquisiens exposaient les corps des defunts a l'abri des regards dans des grottes creusees a meme d'impressionnantes falaises et laissaient le temps faire son oeuvre. Je sais...difficilement realisable en Europe.Pourquoi ces pensees macabres alors que mon sejour fut des plus agreables?Cela doit etre la perspective des douze prochaines heures de vol entre Santiago et Papeete...

03:25 | Lien permanent | Commentaires (4)