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17 février 2005

Le psychopathe

Je ne sais si ce fut de sentir le sloop racé vibrer sous sa main figée autour de la barre franche ou bien simplement la sensation de toute puissance que donne au capitaine la conduite de son bateau une fois les amarres larguées , toujours est-il que les traits de David s’altérèrent de manière dramatique . Ses joues se creusèrent , son nez se pinça, sa bouche se tordit en un rictus malsain , ses yeux verts emplis d’habitude d’une lueur amicale se muèrent en deux petites bêtes nerveuses tapies au font de leur repaire touffu . Lorsque nous eûmes paré à tribord la balise du chenal d’entrée , je proposai à David de hisser le lourd génois de coton . Il pointa le menton vers Jane qui essayait maladroitement de libérer la drisse de foc du taquet où elle était étarquée et se mit à ricaner de manière déplaisante :
- Laisse faire la petite pute !
Il employa l’expression little bitch ! Sur le moment je crus avoir mal entendu et le regardai avec un sourire idiot . Mais je compris vite que « something was awfully wrong » quand il me donna de petits coups de coude nerveux dans les côtes tout en éclatant d’un rire hystérique tandis que la pauvre fille s’entortillait dans la drisse en hâlant dessus , tout en nous jetant des regards de biche aux abois .J’enjambai le cockpit pour lui venir en aide , mais une poigne de fer me retint par le bras . David était méconnaissable . Quatre vingt kilos de haine absolue.
- Laisse-la se débrouiller cette conne . Si elle veut bouffer ce soir va falloir qu’elle gagne sa pitance !
Bon sang ce crétin se prenait pour le capitaine Achab et nous n’étions qu’à quelques encablures de la côte ! La pauvre Jane me fit un signe de la main , everything’s ok ! A ce moment le vent s’engouffra dans le génois , le faisant monter à mi-chemin de l’étai . La femme en profita pour passer la drisse autour du winch de manière à terminer de hisser la voile . Mais la tension était trop forte , elle n’y parvenait pas .
David lui hurla des encouragements à sa manière !
- Pauvre nouille , si la voile se déchire , je te fous par-dessus bord ! T’as une chance remarque ! T’es tellement moche que même les requins ne voudront pas de toi !
J’avais l’impression de vivre un cauchemar . Bill me regardait la bouche ouverte cherchant ses mots sans les trouver tant cette situation était nouvelle pour l’un comme pour l’autre . S’en était trop ! Je me dégageai pour prêter main forte à Jane pendant que Bill essayait de raisonner David . Cela n’empêcha pas le psychopathe de hurler à mon adresse :
- Tu veux te la faire , hein , sac à foutre ? Et bien vas-y ! Te gêne pas ! Tout le yacht club lui est passé dessus ! Même ce vieux cochon de commodore !
Pendant que je terminais de hisser le foc en grinçant des dents , Jane me regardait d’un air navré, un pauvre petit sourire aux lèvres . Elle me chuchota a l’oreille , ça le prend dès qu’il monte sur ce voilier , il ne faut pas faire attention !
L’heure qui suivit se passa normalement . Le « Tacita » filait à dix nœuds sur les eaux calmes de la baie .Un rêve ! Nous virâmes devant Kingston , puis remontâmes bâbord amures afin de retraverser la baie . Lorsque nous fûmes à un mille du bord environ , David eut la mauvaise idée de passer la barre à sa femme . Pendant cinq minutes tout alla bien . Puis il y eut une rafale que Jane n’anticipa pas en abattant . Le bateau lofa et les voiles se mirent à faseyer , ébranlant le mat. La gifle atteignit Jane avant que nous ayons pu faire quoique ce soit . Elle pâlit atrocement en ravalant ses larmes . Ignorant nos paroles d’indignation , le fou aboya à l’adresse de sa femme :
- La prochaine fois , je te casse la gueule !
Nous nous rapprochions du bord à vive allure . On pouvait voir le visage des passagers dans les voitures sur la route côtière .J’enjoignis David à virer de bord sachant que les fonds remontaient vite à cet endroit . Il ne fit pas même semblant de m’écouter . Il y eut une nouvelle survente , un nouveau lof incontrôlé . Quand David envoya avec violence son genoux dans le côté droit de sa femme , il me sembla entendre ses os craquer . Quelques secondes plus tard le forcené , Bill et moi nous luttions au fond du cockpit , fondus dans une inextricable étreinte . Je lui tapai à coups de poings sur la tête , pendant que Bill lui tordait une jambe . L’idée était de l’attacher et de rentrer au yacht club le plus vite possible . Mais le bougre était fort . Il m’arracha presque une oreille tout en me plantant avec force ses incisives dans l’épaule . Soudain Jane poussa un hurlement !

Commentaires

Un putain lui même de connard ! Beurk ! ... On en devient vulgaire !
Tu as pu l'endurrer combien de temps ?

Écrit par : dilou | 17 février 2005

Beaucoup trop ! Cette histoire est malheureusement rigoureusement vraie . Un ami , ce vieux marin dont je parlais il y a quelques temps , me disait souvent : en mer, la vrai personnalité de chacun se révèle très rapidemment!

Écrit par : manutara | 17 février 2005

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