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05 février 2005

Bob Marley is still alive!

Comme je l’espérais , nous aperçûmes , à l’abri des côtes, de nombreuses pirogues de pêche propulsées par de puissants moteurs hors-bord . J’en hélai une montée par un homme âgé et un jeune garçon , priant le ciel pour qu’il n’y ait point dix gaillards couchés au fond de l’embarcation . Tandis que le vieillard faisait route dans notre direction , j’affalai les voiles avec Stan . Bill , lui , préparé à vendre chèrement sa peau, attendait aux aguets dans la descente , le « riot gun » ou fusil à pompe récupéré sur son mini-voilier à portée de main . En bon américain , il ne voyageait qu’accompagné de cette arme impressionnante . Il la nettoyait et la graissait tous les jours . La première fois que je le vis faire , je fus étonné , alors qu’il garnissait le magasin de l’arme, par les différentes couleurs des cartouches alternativement rouges et noires . Il prit un ton docte et légèrement condescendant pour m’expliquer que les rouges étaient des chevrotines et les noires des balles explosives dum-dum . Il conclut ainsi : d’abord je disperse et ensuite j’explose ! A sa décharge , je dirais qu’à l’époque les actes de piraterie n’étaient pas rares dans la Caraïbe . Mais ils visaient surtout les yachts à moteur , le but pour les pirates , en général des trafiquants de drogue, étant de s’emparer d’un bateau « clean » et rapide, le charger de cocaïne en Colombie ou de ganja en Jamaïque puis faire route vers la Floride . Une fois la cargaison déchargée , le bateau était coulé au large, une même embarcation ne devant servir qu’une seule fois . Evidemment les propriétaires et l’équipage laissaient leur peau dans l’affaire car il était vital que le bateau fût arraisonné en haute mer de manière rapide afin que personne ne puisse donner l’alerte. Le même yacht volé au port aurait été inutilisable , car le propriétaire se serait empressé de signaler le forfait aux autorités qui à leur tour auraient alerté toutes les capitaineries de la région. Par contre la manœuvre d’abordage devenait quasiment impossible face à un équipage fortement armé et motivé d’où ma tolérance pour les théories martiales de Bill . Enfin , ça n’allait pas être ces deux là qui risquaient de nous faire du mal ! Tandis que la longue embarcation à la peinture écaillée , se rangeait le long du bord , je remarquai que le capitaine, un octogénaire épuisé , tenait à peine debout. Il se dégageait de lui une sensation d’incommensurable lassitude empreinte d’une grande dignité . Il n’inspirait toutefois pas la pitié , juste une forte envie de dormir . Il portait un tee-shirt vert sur lequel avait été imprimé , autrefois, le visage de Bob Marley . Sous l’effigie en partie effacée du chanteur , cette formule lapidaire : « I’m still alive ! » Stan ne put s’empêcher de siffler entre ses dents : « plus pour longtemps ! » Le garçon, son arrière petit-fils sans doute , ne devait avoir guère plus d’une dizaine d’années . Deux carangues achevaient d’agoniser dans un bac en plastique décoloré . Tandis que j’entamai les palabres en vue de notre remorquage , Bill , définitivement rassuré , remonta sur le pont en puisant largement dans un paquet de bretzels . Le gamin , un bonnet de laine multicolore enfoncé sur la tête , le regarda un moment avec insistance avant de lancer d’une petite voix aiguë : « Give me a cracker or I kill you ! » . Il répondit à notre éclat de rire par un haussement d’épaules mais retrouva rapidement le sourire lorsque Bill lui fit cadeau du paquet. L’alimentation semblait être l’urgence première en Jamaïque à cette époque . Le pêcheur , outre quelques dollars nous demanda une dizaine de litres d’essence ainsi que dix kilos de riz et de la farine . Je fus ravi de ce marché . Les cales regorgeaient de vivres par contre les dollars commençaient à se faire rares et je préférais les garder en prévision des réparations à venir . Si j’avais su ! Protégé par la masse montagneuse de l’île des effets de l’alizé , « l’île de feu » se laissa remorquer tranquillement jusqu’à Port Royal , petite ville située à l’entrée de la vaste baie de Kingston . C’est là que se trouvaient les bureaux des services de douanes et d’immigration . Nous nous amarrâmes le long du quai puis, après avoir hissé le pavillon jaune Québec ( demande de libre pratique) , nous attendîmes l’arrivée des autorités . Par radio VHF , je contactai le Kingston Royal Yacht Club et une voix négligemment distinguée me répondit que le commodore serait more than happy de nous accueillir au ponton des invités au tarif journalier de cinquante cents américains du pied soit dix sept dollars pour les trente quatre pieds de « l’île de feu » . Il me précisa que le club était équipé d’un chariot monté sur rails pour le carénage des bateaux . Ravi de la tournure que prenaient les évènements , je me tournai vers le pêcheur et l’invitai à amarrer son bateau à couple du notre . En effet il allait devoir nous remorquer jusqu’au fond de la baie de Kingston, là où le yacht club avait établi ses quartiers . La position me semblait idéale : à deux kilomètres de l’aéroport et séparée de la capitale par toute le largeur de la baie soit cinq bons milles. On n’est jamais trop prudent ! J’offris une bière au patriarche et un coca au « pretzel killer ».Tandis que le vieux sirotait sa bière en pensant à des temps meilleurs , s’interrompant de temps en temps pour soupirer , oh man , it’s good , l’air commença à s’emplir des vibrations de basses surmenées . Un officier impeccablement sanglé dans un uniforme « so british » , Ray Ban dans le prolongement de la visière , s’approcha en se déhanchant , une rasta box débordante d’un reggae tonitruant agitée avec désinvolture au bout de son bras. D’un bond souple il fut sur le pont . I am a rebel, souuuul rebel….. Il répondit à notre salut par un hochement de la tête synchronisé avec la musique . Il contempla le voilier . I’m a capturer souuuuuuul adventurer…Il tendit sa main gantée de blanc . J’y déposai les passeports et l’acte de francisation . Il les tapota en rythme du bout des doigts . You must be blue….Surmontant les décibels il cria d’une voix bien timbrée : “Do you like reggae ?”
De manière simultanée nous hochâmes frénétiquement la tête . Il me rendit les papiers puis tamponna la liste d’équipage comme s’il frappait les touches d’un synthétiseur invisible . Les formalités étaient accomplies !

Commentaires

Dis donc Manu c'était à quelle époque ton périple ? C'était risqué, on pouvait tirer comme ça sur tout ce qui bouge ?
Même en pleine mer on est pas tranquille , mais où faut-il donc aller pour avoir la paix ?...

Écrit par : Pénélope | 11 février 2005

C'était il y a une quinzaine d'années . La caraibe en dehors des Antilles françaises était alors un endroit assez chaud . D'ailleurs pendant que j'y étais un ami qui convoyait un bateau de Floride à Saint Barth a disparu corps et bien avec tout l'équipage . C'était une grande vedette à moteur toute neuve et aucune tempête n'a été signalée sur le parcours pendant les quelques jours qu'aurait du normalement nécessiter la traversée. Alors abordage en pleine mer par un cargo ou acte de piraterie ? Va

Écrit par : manutara | 11 février 2005

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