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24 janvier 2005

Allo...docteur?

On ne devrait jamais donner de ses nouvelles à sa famille par voie téléphonique . Enfin ce fut la conclusion qui s’imposa à moi alors que nous entamions notre deuxième mois de séjour en Haïti . Malgré tous les avertissements nous enjoignant à ne JAMAIS consommer de crudités et à ne surtout pas boire une eau autre que minérale , Stan et moi , si nous ne transigeâmes jamais sur le second point , ne résistâmes pas longtemps à l’appel des magnifiques fruits et légumes vendus sur les différents marchés de la ville . Il n’y eut pas de miracles ! Nous fûmes tous les deux terrassés par une terrible gastro-entérite qui en un semaine nous transforma en squelettes verdâtres . Nous n’eûmes recours à aucun médecin (il avaient plus ou moins tous déserté le pays ) mais aux soins dévoués de madame « Loukoum IV » et de ses trois filles qui se relayèrent jour et nuit à notre chevet après nous avoir installés de force dans leur yacht climatisé .Tremblant de fièvre , délirant la plupart du temps, je ne conserve qu’un souvenir très vague de cette semaine si ce n’est celui des litres d’eau qu’on nous fit ingurgiter ainsi que d’une espèce de bouillie de riz qu’elles s’efforçaient de nous faire avaler. Elles adoptèrent la bonne thérapie : éviter la déshydratation . Lorsque la phase aiguë de la maladie fut passée , il nous fallut encore plusieurs jours pour retrouver quelques forces . Evidemment notre convalescence se passa sur le yacht , d’abord alimentés à la petite cuillère , de bouillons de poule , puis gavés de délicieuses spécialités libanaises . Et ces pâtisseries !!! Evidemment la froideur que j’avais cru deviner chez madame « Loukoum » n’était en fait qu’une extrême timidité doublée d’une crainte légitime de voir une idylle sans lendemain se produire entre l’une de ses filles et l’un d’entre nous . Quand nous pûmes , à regret , nous soustraire à l’hospitalité de ces personnes merveilleuses , je me rappelai que cela faisait un temps considérable que je n’avais plus donné de nouvelles à ma mère . Je partis téléphoner en ville dans un bureau du service des télécommunications haïtiennes . Comme d’habitude j’attendis environ une heure que la communication avec la France puisse être établie ,me distrayant de l’ennui et de la chaleur en observant la foule . Je notai que les gens qui deux minutes plus tôt parlaient normalement , se mettaient à hurler à peine le combiné entre leurs mains . Quand on m’appela, j’entrai dans la cabine qui me fut attribuée, décrochai le téléphone et …me mis à hurler .Après dix minutes de conversation avec ma mère, j’eus l’extrême bêtise de lui dire que mon équipier et moi nous avions eu un petit problème de santé , m’empressant d’ajouter qu’à présent tout était rentré dans l’ordre . Inquiète, elle me demanda si nous avions vu un médecin, je lui répondis par la négative et j’allais ajouter que nous avions toutefois très bien été soignés lorsque la communication fut coupée , chose courante à l’époque . Peu soucieux de perdre une nouvelle heure , je payai et rentrai à la marina . Quarante huit heures plus-tard , Stan et moi jouions aux échecs dans le carré, lorsque j’entendis une voix familière m’appeler depuis le ponton . Je sautai dans le cockpit . Consternation ! Sur le quai branlant , dans l’air vibrant de la chaleur de l’après-midi , mon frère et un ami de la famille , le docteur Brogmann , soixante quinze ans dont cinquante passés en Afrique , trente canettes de bière et une demie cartouche de gitanes sans filtres par jour . C’est toujours ainsi qu’il se présentait et de fait je l’ai toujours vu une bière à la main et une cigarette à la bouche . Je suppose que c’est comme cela qu’il opérait en brousse. Aussi loin que je puisse me souvenir, le docteur Brogmann avait toujours eu le même aspect : les cheveux gris très courts , sec comme une trique , la peau du visage tannée comme une selle de vaquero argentin ! Je ne lui connus jamais de prénom , tous nous l’appelions docteur Brogmann ! Lorsqu’il rentrait du Cameroun, le docteur venait passer l’intégralité de ses deux mois de congé chez nous , tandis que sa femme allait dans sa famille en Bretagne . Je n’ai jamais compris le pourquoi de ce curieux arrangement , mais nous , les enfants, étions ravis . Il traînait derrière lui un parfum d’aventures , de chasse au buffle dans la savane ,de descente de rapides en pirogue , de feu de camp , de tribus aux mœurs étranges…
Cinq minutes suffirent au bon docteur pour se rendre compte que Stan et moi nous portions aussi bien que possible compte tenu des circonstances !
Quelques instants plus-tard , une bière devant lui , une cigarette se consumant au coin des lèvres ,le docteur nous expliqua en riant le pourquoi de sa présence en ce lieu. Lorsque la communication avait soudainement été coupée deux jours plus tôt , ma mère à l’imagination fertile fut convaincue que je venais de m’évanouir dans cette cabine téléphonique à l’autre bout du monde . Elle appela le docteur qui habitait la ville voisine et lui ordonna plus qu’elle ne lui demanda de se rendre séance tenante en Haïti . Pour faire bonne mesure elle lui adjoignit mon frère , histoire , je suppose , d’être deux pour m’extraire agonisant de ma cabine ! Le docteur , fraîchement retraité , fut ravi de partir tous frais payés dans une région du monde qu’il ne connaissait pas encore . Lui et mon frère élirent domicile dans un hôtel voisin durant leur séjour . L’après midi même de son arrivée , après un voyage harassant de dix heures en avion , le docteur s’adjugeait sans problème la victoire au tennis sur Stan , son cadet d’une cinquantaine d’années ! Durant ces vacances inespérées il voulut tout voir , tout comprendre , tout sentir , traversant les foules les plus denses , parcourant tous les marchés de la ville , nous entraînant dans de longs périples automobiles au milieu de paysages et de gens qui lui rappelèrent sa chère Afrique.
Le docteur est mort il y a un an environ .Ce ne fut ni l’alcool , ni le tabac qui mit fin à cette vie bouillonnante mais une balle de son fidèle express lorsque cette cécité qui le coupait petit à petit de son environnement lui fut devenue insupportable !

Commentaires

Finalement, je ne sais plus si je dois arrêter de fumer !

Écrit par : dilou | 25 janvier 2005

Mais si , mais si! Finalement je crois que j'ai une mauvaise influence sur vous! Pénélope ne veut plus entendre parler de mer et toi tu risques de continuer à fumer!
C'est moi qui devrais peut-être arrêter d'écrire!

Écrit par : manutara | 25 janvier 2005

Moi je ne fume pas alors sur ce post pas d'incidence sur moi !...
Quant à la mer, si si j'aime toujours la mer seulement je ne nagerai plus aussi tranquille ça s'est sûr, je regarderai attentivement les fonds marins !.. mais c'est très bien, ça m'obligera à nager "la brasse coulée" !...ou peut-être le crawl !
Qu'est-ce qu'elle est devenue gentille Mme Loukoum depuis qu'elle t'a vu revenir paré de ta feuille de bananier ! Le charme d'Adam a fait son oeuvre > 4 femmes pour vous deux et à vos petits soins qui plus est !...
Quant à ta mère : nous sommes "toutes les mêmes" effectivement notre imagination est très fertile, on s'imagine tout et n'importe quoi quand nos "bambins" de 30 ans et plus sont plus ou moins en péril .....( en tous cas c'est ce que l'on s'imagine !... )
Quand je dis "bambins" tu vois ce que je veux dire !....Nos enfants sont toujours nos enfants et nous nous sentons le devoir de les protèger jusqu'à notre disparition ! C'est ça les mères..... ! Je sais de quoi je parle : j'ai deux fils !
Est-ce que j'irai jusqu'en Haiti je ne sais pas ? Quoique.....

Écrit par : Pénélope | 25 janvier 2005

Péné a raison : les mères guérissent difficilement de leur besoin de courir au secours de "leurs petits"!
Les cigarettes c'est mon problème !
J'espère bien que j'aurai toujours le plaisir de te lire !

Écrit par : dilou | 26 janvier 2005

Et moi donc, j'espère bien !....

Écrit par : Pénélope | 26 janvier 2005

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