Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06 janvier 2005

Escale

Los Cristianos septembre –octobre 2004


Bientôt deux mois que nous sommes à l’ancre dans ce petit port au Sud de Tenerife . Pourtant je n’ai pas vu le temps passer .Allez , courage , il faut que j’écrive quelque chose sur mon journal ! Les premiers bateaux commencent à quitter le mouillage et la marina pour entreprendre la traversée à destination des Antilles . On dirait une migration. Chaque départ est salué par un concert de cornes de brume . Pour beaucoup c’est la première fois ,pour d’autres , les skippers professionnels en convoyage , c’est juste la routine . Je les trouve bien imprudents de partir si tôt ! Les cyclones se sont succédés les uns après les autres dans la Caraïbe cette année . J’ai fixé la date de départ au premier novembre . On va gentiment descendre dans le Sud jusqu’à la latitude des îles du Cap Vert pour attraper les alizés et ensuite cap plein ouest , direction la Grenade moins fréquentée par les touristes que les Antilles françaises .Et puis aucune envie de retrouver toutes ces caravanes flottantes de l’autre côté . Ils vont tous en Martinique ou en Guadeloupe pour trouver du travail. On dirait des chômeurs allant pointer à l’ANPE . Jean me reproche d’être élitiste , mais la haute mer devrait être réservée à une élite non pas financière mais aventurière .L’aventure au sens noble du terme . Se lancer dans l’inconnu , accepter l’imprévu , rejeter cette mentalité d’assistés qui nous étouffe dans notre propre lâcheté . Les gens sont devenus pusillanimes . Petits. Tout petits . Ils ont peur , tout le temps, pas d’une guerre ou de la fin du monde mais de tout un tas de petites menaces diffuses et improbables . Vais-je encore perdre quelques points à mon permis ? Va-t-on me cambrioler ? Vais-je attraper la grippe aviaire , si ,si , ils en ont parlé à la télé , il y a eu trois cas en Chine ! C’était ma belle fille ça , l’hiver dernier . Qu’est-ce qu’elle a pu me casser les couilles avec cette histoire ! . Il aurait fallu que je fasse exécuter le moindre volatile à des lieues à la ronde ! Quelle dinde !Et vas-y que je me protège en bouffant des pilules aux couleurs malsaines . Que je t’installe des caméras , des alarmes , des portes blindées . Que je te prenne des assurances contre les tremblements de terre et les émeutes . En Bourgogne , est-ce bien raisonnable ? Et tout ça pour quoi ? Pour se faire dépouiller le plus légalement du monde par le fisc et d’une manière générale par un nombre invraisemblable de taxes qui vous tombent dessus comme de la fiente de cormoran dès que vous mettez les pieds hors de chez vous ! Enfin je pensais avoir laissé tout cela derrière moi en reprenant la mer et voilà que je les retrouve ici , aux Canaries , les « povchoses » et leurs « caramelles » ! J’ai toujours pensé qu’un bateau ne pouvait être que beau . C’était sans compter sur le géni créateur de l’homme des villes . Il créa d’abord les « povchoses » à son image c’est à dire pressées et conscientes de leur supériorité , puis il inventa un récipient flottant pour les stocker et les envoyer se faire noyer ailleurs, la « caramelle » était née . Aussi large , que haute ,que longue , elle est d’une laideur extrême mais peu contenir un grand nombre de « povchoses ». Il y a en général monsieur , madame , une demi douzaine d’enfants et bien entendu un chien ou un chat ! Les « povchoses » savent tout sur la mer . Ils ont parcouru chaque mille de leur périple sur les cartes , lu tous les livres , passé tous les permis de l’alphabet , rencontré Loïc Peyron ou Isabelle Autissier , regardé Thalassa tous les vendredi sur FR 3 . Les « caramelles » ont quitté la civilisation emportant dans leurs flancs les illusions de leurs occupants ainsi qu’un assortiment hétéroclite d’équipements dernier cri . Tandis que les illusions disparaissent dans les profondeurs océanes au rythme des râles affreux repris en chœur par cent gorges torturées, que les estomacs retournés se tendent dans un ultime spasme et que les équipements d’une exquise sophistication rendent leur dernier cri, la flottille s’égaille au gré des abris . C’est là que les marins , les vrais, peuvent rencontrer ces naufragés volontaires , ces Martin rejetés par la mer , haves , livides sur leurs embarcations définitivement enkystées au fond de quelque port . Les plus courageux continuent à parler de départ , mais avec de moins en moins de conviction au fil des années . Un jour , ils finiront bien par partir mais ce sera pour rentrer chez eux et par voie de terre ! Nous vîmes les premiers lors de notre escale à Vigo . Une dizaine de voiliers achevant de pourrir le long d’un ponton . En apercevant leurs occupants réduits à la plus extrême misère , Norbert n’avait pu retenir un cri : aaaaaah nooooon ! ….les pauvres choses ! Aux Canaries , c’est une seconde sélection qui s’opère parmi les rescapés . Rares sont ceux qui oseront affronter la traversée de l’Atlantique . Elles se comptent par centaines les « caramelles » qui croupissent dans le grand port de Santa Cruz et dont les propriétaires continuent à croire qu’un jour eux aussi partiront ! Quel gâchis ! Je suis à la fois désolé pour ces gens et irrité par leur comportement . Ils pensaient prendre la mer comme on prend un métro mais c’est toujours elle qui a le dernier mot !

Commentaires

Vraiment tu ne peux pas dire plus juste ! " c'est toujours elle qui a le dernier mot " La MER.
Les tristes drames récents nous l'ont démontré !...

Écrit par : Pénélope | 10 janvier 2005

Les commentaires sont fermés.