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04 janvier 2005

De l'air!

15-06-04

O650 TU vent nord-ouest force 6 . Grand voile trois ris . Foc N°3 Couverture nuageuse 6/8 mer forte , cap compas 220 , vitesse 8 kts
Trois jours sans dormir à batailler pour sortir de la mer du Nord, puis de la Manche . Aperçu le phare (Ar Men) d’Ouessant la nuit dernière . Manqué de courage pour faire un relèvement . Vive le GPS ! Avec ces nuages j’aurais été incapable de faire une droite de hauteur . Enfin la mer libre s’ouvre devant nous ! Aucun obstacle avant le Finis Terrae en Espagne . Le trafic maritime est en nette diminution depuis cette nuit . Encore beaucoup de chalutiers. J’ai froid , j’ai faim , j’ai sommeil mais tandis que je regarde l’Albatross tailler la route dans la plume au grand largue sous conservateur d’allure , je suis heureux . Envie de crier ma joie . D’ailleurs je hurle … Jean soulève son visage fripé de la bannette et vomit un jet de bile dans le seau. Norbert est figé dans la sienne depuis le départ de Flessingue , les yeux dans le vide . Il est terrorisé mais au moins n’a pas le mal de mer . Allez une bonne moque de thé brûlant et je retourne sur le pont ! Le vent molli et adonne . Vais choquer et lâcher un ris . Faudrait pas que la moyenne tombe !

17-06-04

0038 TU nord 3 Spi 2/8 mer peu agitée CC 200 9kts

Ouah ! La cap Finistère sous spi , je le crois pas ! Les deux mulots ont fini par sortir de leur trou hier matin et j’ai pu dormir un peu ! Norbert a réussi à faire chauffer une boite sur le réchaud et à mon réveil j’ai pu enfin prendre un vrai repas.
Ils sont dans le cockpit à compter les étoiles et à s’amuser des reflets phosphorescents du sillage .Finalement je crois qu’ils vont aimer la vie en mer . Le carré est dans la pénombre et la veilleuse de la table à carte réfléchit sa lumière sur les boiseries en acajou vernis . La nuit est splendide . Par le travers bâbord on devine la masse de la côte espagnole . De loin en loin quelques feux blancs , rouges et verts signalent des cargos vers le large . Ai bien fait de suivre une route me faisant passer près de la côte . Moins de trafic . Vivement les Canaries et les grands espaces . 3000 milles de flotte à courir sans rien devant ! Presque pas envie de relâcher à Vigo ! Enfin , je l’ai promis à mes deux zèbres . Si je leur dit qu’on va se payer une semaine de navigation supplémentaire sans escale , vont se foutre au jus et gagner la côte à la nage! Mince ça forcit . Je sens le spi tirer et les bras craquer . Chuintement de l’eau le long de la coque. Claquement des poulies . Je vois par la descente la barre franche bouger au gré des tractions transmises depuis le conservateur par les drosses .
Le rire haut perché de Norbert retentit ,suivi de son inimitable…. aaaaah noooon… ponctuant chacune de ses plaisanteries !En tout cas à ce rythme il seront tous les deux minces et beaux en atteignant le Pacifique .
Allez Renaud ! Pas de risques inutiles ! A affaler le spi et envoyer le génois !


12-07-04

1207 TU Nord 8 , tourmentin, 2/8 , mer très forte , CC 250, 7 kts
Depuis le départ de Lisbonne il y a cinq jours, ce vent du Nord ne nous a pas lâchés. Il nous est tombé dessus à la sortie du Tage et nous poussera jusqu’à Ténériffe (Canaries) dont nous ne sommes plus distants à la méridienne que de 137 milles , à peine vingt quatre heures de navigation . Il fait très beau mais ça souffle . Bon diou ! Dix mètres carrés de toile et nous filons à sept nœuds . Les creux sont formés , cinq mètres je dirais . Enfin ça souffle dans la bonne direction et nous sommes au grand largue , voguant de crête en crête , partant même au surf dans les coups de lof . File mon amour ! Laisse-toi faire ma vie ! Bon bateau ça !La surface tourmentée de l’océan a acquis cette couleur d’un bleu profond caractéristique des mers tropicales. De temps en temps des poissons volants surgissent du sommet d’une vague et, nageoires déployées , planent de longue secondes au dessus des flots , espérant ainsi échapper à quelque prédateur. L’équipage est à nouveau indisponible . Juste la frousse cette fois ! Evidemment un mur d’eau s’élevant à la poupe c’est impressionnant pour un néophyte auquel il est difficile d’expliquer les lois de l’hydrodynamique . J’avais beau répéter à Norbert, t’en fait pas il soulage du cul et la vague va lui passer par en-dessous , c’est lui qui est parti se soulager .Et puis à plusieurs reprises, dans un départ au lof , « l’albatros » s’est couché et a été recouvert par une vague . Mais c’est rien ! Sont construits pour ça les bateaux !Suffit de tout bien fermer . Pour l’instant je suis assis à la table à carte , le ciré et le harnais capelés , prêt à intervenir sur le pont en cas de problème . Le désordre à l’intérieur est indescriptible . Des vêtements mouillés jonchent le plancher en teck , la vaisselle s’ébroue dans l’évier tandis qu’un excellent jamon serrano suspendu au dessus du réchaud à cardan danse la gigue . Le visage furibond de Karl Marx (sacré Jean) me contemple au milieu de pommes de terre nouvelles échappées du placard à provision . Elles accompagnent l’irritable philosophe d’un bout du carré à l’autre au gré des embardées de « l’albatross » . Pas envie de faire le ménage !

Je lève la tête et ferme mon journal . Mon regard s’évade par la fenêtre , erre sur le pré , s’élève dans les arbres nus aux branches tendues vers le ciel gris comme autant de bras implorants de vieillards décharnés . Mon esprit est encore dans les mers du Sud , tandis que mon corps achève de pourrir dans cette sinistre demeure . Je passe le bout de la langue sur la couverture du journal jouissant avidement de son goût salé .Un sanglot sec me déchire la poitrine .Il y a six mois à peine , six tous petits mois ….


Commentaires

Ah l'imaginaire ! il peut être parfois très fertile !
Je t'ai suivi dans ton périple marin et maintenant j'ai le mal de mer > vite vite une cuvette......

Écrit par : Pénélope | 05 janvier 2005

J'ai oublié de te dire : je n'ai pas le "pied marin" DU TOUT !
Par contre je me régale sur une "planche" (à voile bien sûr) et j'adore la mer et les bains de mer, même froids, je me suis baignée à Pâques en Bretagne !

Écrit par : Pénélope | 05 janvier 2005

Voilà que je te donne le mal de mer à présent ! Si ça peux te rassurer je l'ai eu très souvent surtout après de trop longues escales ! Mais après trois jours , si l'on survit , il disparait de lui-même . Une histoire d'oreille interne!
Je connais mal la Brtagne , mais le peu que j'en ai vu m'a fasciné . Et puis quels marins ces bretons!

Écrit par : manutara | 05 janvier 2005

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