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05 décembre 2004

La blessure

Le journal du fugitif

Embarras de sa part , expectative de la mienne . Suis-je ou ne suis-je pas Yodel ? Son histoire ne tient pas debout , ce gars là ment comme il respire . Oui , mais il est là et cet argent est là ! Dix millions de dollars , dans ce pays où des gens se font tuer pour dix dollars !Alors quoi ? De la fausse monnaie , un convoyage d’argent sale ? Je décide de ne pas lui laisser le temps de se ressaisir .
- Et les pansements couverts de sang dans la salle de bain ?
- Heu , les coups de fouet .
Là je le tiens.
- Allons donc ! On ne tourne pas les révoltés de la Bounty . Tu n’es pas un marin attaché au grand mat . Pas de dos déchiré par le knout pour avoir volé un bout de fromage ! A peine quelques rougeurs ! Avoue que c’est un faible prix à payer pour tout ce fric !
Il cherche de l’aide auprès de Constance , mais elle détourne les yeux . N’a pas trop aimé qu’on lui tripote son mec . Oui je sais , elle ne m’a rien dit , mais elle me regarde avec les yeux d’une propriétaire depuis notre lamentable échouage sur la plage . C’est une romantique, nourrie de lectures malsaines ! Mais se fait des illusions , m’aura pas ! Je me suis retiré du marché juste à la clôture , alors que mes actions étaient au plus haut . N’ai pas attendu la cloche ! Alors toi , François de mes deux aigles , n’espère aucune aide d’elle . Elle nous imagine déjà allongés nus, pour changer, dans mon grand lit à moi tout seul , des images plein la tête , des lieux commun tirés de ses romans à deux balles , du style , il la pénétra en poussant un rugissement tonitruant tandis qu’elle jouissait bruyamment en lui labourant le dos de ses ongles dont le vernis écaillé vint s’incruster dans les plaies fraîchement ouvertes . Oh , non , non , je veux pas attraper le tétanos moi ! François rougit , ouvre la bouche , secoue la tête .
- J’ai été blessé dans…euh… ma virilité
Je ricane .
- Un euphémisme ?
- Non , perforations du…scrotum et du…pénis…multiples…enfin les perforations !
Je ressens un vague sentiment de honte pour l’avoir charrié .
- Mince, au club ???
- Non , non ! Accident du travail…Une plante carnivore…redoutable !
- Tu es explorateur ?
- Non , banquier !
- Je ne comprends pas ! Et puis quel drôle d’endroit pour se faire choper par une plante !
- C’est que j’étais nu et comme deux béninois me regardaient , j’ai voulu me cacher , j’ai couru , j’ai glissé et la plante m’est tombée dessus !
- Bon sang ! Tu te baladais à poil , au Bénin ,dans la jungle, au milieu des plantes carnivores ?
- Non , non , cela s’est passé dans mon bureau en Suisse !
- Ah, bon ça explique tout ! Vaut mieux être à l’aise pour travailler ! Surtout dans une banque…en Suisse… entouré de béninois et de plantes carnivores !
Il a un petit rire nerveux .
- Je sais que cela paraît stupide, mais je voulais uriner…dans le pot.
- De chambre ?
- Non de la plante…, mais j’ai eu une érection en regardant le Führer déguisé en doge , alors j’ai récité du Goethe…
- Attends , tu vas trop vite pour moi . Pourquoi se déshabiller pour pisser sur une plante ? Vous n’avez pas de toilettes en Suisse ? A moins que cela n’ait été un rite initiatique ?
- Absolument pas ! Je n’avais pour tout vêtement qu’un abricot….du Valais. C’est parce qu’un client , le fameux belge aux valises , m’avait vomi dessus !
Je tape du plat de la main sur la table.
- Enfin quelque chose de compréhensible ! C’est tout , pas de guerrier Masai dans un placard ?
- Non , juste le wombat à narines poilues et le mafieux à la pince étau quand je me suis réveillé à l’hôpital…
- Psychiatrique ?

Commentaires

On ne me la fait pas. Il a juste essayé de se taper une plante carnivore pour voir. C'est humain.

Écrit par : Léo | 05 décembre 2004

Bah , oui!
Merci de votre visite , Leo . J'espère qu'on pourra bientôt vous lire à nouveau!

Écrit par : manutara | 06 décembre 2004

Les commentaires sont fermés.