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04 décembre 2004

Point kilométrique cinquante trois

Journal de François B.


Besoin d’écrire , besoin de me rappeler . C’était , il y a deux ans …hier ! J’avais fini par les oublier , lui, ses cigares , ses mauvaises manières , sa générosité , elle ,ses yeux verts et son amour fou pour un fou qui n’aimait que les hommes !Le fugitif et la crevette ! Sa manie des surnoms !Et pourtant , si loisir m’étais donné de revivre une époque de ma vie , ce serait la mince parcelle de temps passée en leur compagnie que je choisirais sans hésiter !Vous voyez , je commence ce journal par un mensonge ! Non , non , je ne les avais pas oubliés , bien sur que non ! J’aurais voulu les effacer de mon passé , pour n’avoir pas su me fondre en eux pour ne former plus qu’un . Mais aujourd’hui , le passé s’est substitué au présent . Je l’ai revue , elle . Brusquement , elle était devant moi et ses yeux me parlaient de lui .Je voulais l’inviter au restaurant , mais elle a préféré rester avec moi , dans cette cuisine que plus aucune présence féminine ne vient illuminer depuis longtemps . Elle a fouillé dans les placards et nous a préparé à manger . Puis , nous avons parlé et ris , beaucoup , une partie de la nuit en souvenir de cette autre nuit , là-bas , à l’autre bout du temps !

- Alors monsieur François B. , tu nous la racontes ton histoire ?
Je récupère le passeport et le feuillette , craignant que les évènements de ces dernières heures m’aient dépossédé d’une partie de mon identité .Non ! Je suis toujours moi , même si ce n’est pas moi qui ai essayé de noyer le fugitif et qui ai ensuite …Je préfère ne plus y penser !Je bafouille quelques excuses . J’ai peur en avion ! Le voyage depuis la Suisse est très long . Je me suis bourré de somnifères … il m’a fallu cette immersion dans le lac pour me ramener à la réalité . Pour le reste je croyais vraiment avoir affaire avec Yodel …Je vois qu’il s’impatiente à la mention de ce nom. Je vais trop vite ! Je reprends mon histoire depuis le début .
J’en arrive au passage où les valises refont leur apparition dans mon bureau, là-bas , à Genève et de l’étrange message me fixant rendez-vous au wimp club.. Le fugitif se lève brusquement en faisant tomber sa chaise . Il pointe son doigt vers le plancher où s’entassent toujours nos bagages . Avec son cigare éteint au coin des lèvres , ses cheveux beaucoup trop long dans la figure , son visage mal rasé , il a l’air d’un fou !
- Tu veux dire que ce sont…
- Oui !
- Putain ! Tu vas pas me faire croire qu’ils t’ont laissé entrer au Chili avec tout ce fric ?
- Et si ! Avec de la chance et beaucoup de calmants. Je dois avoir une bonne tête.
Devant leur air incrédule je me lève et ouvre une des valises . Les Benjamin Franklin sont là , sagement alignés ! Le fugitif porte une main à son front.
- Ben merde alors !…Mais , il y a une chose que je ne comprends pas . D’habitude les transferts se font dans le sens inverse !
- Là , j’en suis au même point que toi! Mais laisse moi finir mon histoire. J’entasse les valises et quelques effets personnels dans le coffre de ma voiture et à l’heure dite , je sors de mon garage , franchis le portail et là , dans la rue habituellement déserte à cette heure ,je remarque une voiture garée .Je note qu’il y a deux hommes à bord. Affolé , je pense aux mafieux !Je prends la direction du club . Ils me suivent sans même essayer de se dissimuler . J’arrive devant un immeuble avec une petite cour intérieure . J’y gare ma voiture . Les autres restent dans la rue . Je me présente devant une grosse porte en fer et donne le mot de passe . En entrant , je précise , j’ai été suivi , ne sachant s’il s’agit de complices ou de membres d’une bande rivale. A ce moment je suis dans le flou le plus total ! Je n’ai qu’une obsession , me débarrasser de l’argent et récupérer ma femme . Le portier qui m’a fait entrer , me confie à une espèce de Feld-maréchal d’opérette en pantalon et gilet de cuir coiffé d’une casquette de la Wehrmacht ! Il lui murmure quelque chose à l’oreille . L’autre me demande les clés de ma voiture et les donne au portier . Quelques minutes plus-tard…
Je ne sais si je vais pouvoir leur dire , tant ce que j’ai subi est humiliant . Le fugitif , m’encourage du regard , puis me sert un verre de pisco . Toute son hostilité à mon égard a fondu .
- Allez , vas-y , ça te fera du bien d’en parler !
- Cinq minutes plus tard je suis ficelé sur une espèce de croix …mon Dieu que c’est gênant ! Vous comprenez ils m’ont dépouillé de mes vêtements et le nazi me …fouette . Entre deux coups , il me susurre entre ses dents pourries , faut que ça fasse vrai . Je pense qu’ils ont du entendre mes hurlements jusque dans la rue . Bon sang , il y a vraiment des gens qui aiment ça ?
Le fugitif regarde son verre en le faisant tourner.
- Semblerait que oui ! Mais à quoi ça rimait ce cinéma ? Ils avaient les millions , alors ? Voulaient se faire un bourgeois ou quoi ?
- Non , non , le plus beau est à venir ! Quand je suis sur le point de m’évanouir , l’Obersturmfuhrer me caresse le visage du manche du fouet et me dit : « Dans la poche intérieure de ton beau blouson en cuir , il y a un billet pour Santiago et Puerto-Montt . Le vol part de Cointrin à une heure trente du matin . C’est Gaston qui va te conduire avec sa voiture . Lorsque les autres auront compris tu seras loin. Maintenant écoute bien , une fois arrivé, tu prendras un taxi pour Ensenada et tu contacteras Yodel . Il habite une cabane au point kilométrique cinquante trois de la ruta 225. Pour le reconnaître c’est simple , il porte un aigle à deux têtes tatoué sur la fesse droite . Se fera un plaisir de te le montrer !Tu lui remets les valises , il nous prévient et nous libérons ta jolie femme ! » Pendant la petite séance de flagellation ils ont transféré mes bagages dans la voiture de ce Gaston , je me suis caché sur le siège arrière et nous sommes passés sans problèmes devant les mafieux qui doivent toujours être en train d’attendre. Voilà , la suite vous la connaissez !
Je regarde mon hôte . Il a brusquement pali.
- Il y a un problème . Je ne suis manifestement pas Yodel , je ne comprends rien à ton histoire, mais il y a bien une cabane au point kilométrique cinquante trois, la seule et c’est la mienne !

Commentaires

Quelle méprise ! méfies-toi, le vrai Yodel est peut-être caché quelque part dans un coin de ta cabane , puisqu'il y a confusion dans les "cabanes"! Ce n'est pas un lotissement chez toi, il n'y a quand même pas une cabane tous les 50 m !

Pour suivre l'histoire, il m'a fallu relire ton post " les bégonias du serpent " tout part de là.....
C'est quand même une drole d'aventure ! Qu'est devenue sa femme ?

Écrit par : Pénélope | 04 décembre 2004

J'étais un peu perdue, mais en revenant en arrière, j'ai retrouvé le fil.
Alors ça y est : François B rencontre le fugitif ! (Il a fait silence sur sa rencontre avec le cactus).
Qui et où est yodel ?

Écrit par : dilou | 04 décembre 2004

Vous faites toutes le deux vraiment preuve ,d'une grande persévérance! Je vous en remercie . C'est vrai que ce genre de fiction est mal adaptée au format blog , puisque l'on commence la lecture par le dernier post !
Un Yodel peut en cacher un autre!

Écrit par : manutara | 04 décembre 2004

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