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03 décembre 2004

Le passeport rouge

Le journal du fugitif



Dans le salon , Constance fait semblant de s’intéresser à un Géo vieux de plusieurs années . Elle lève les yeux ,je dois être affreux à voir , un peu plus que d’habitude encore, elle va dire quelque chose , mais je l’arrête d’un geste impérieux de la main. Je vais vers le placard de la dernière chance , en sort une bouteille de Pisco ainsi que deux verres . Je les remplis et lui en tend un .Elle y trempe à peine les lèvres tandis que j’avale le mien goulûment .Nous restons un long moment silencieux en évitant de nous regarder . Je vérifie le feu , puis je me tourne vers elle avec un sourire dont la fausseté me fait mal aux lèvres .
- Un absurde malentendu , comme il en arrive souvent . Il y a ceux qui se trompent de numéro de téléphone , certains font leurs courses en se promenant avec le caddie d’un autre , des distraits prennent le chapeau ou le manteau d’un inconnu . Notre ami , lui s’est juste trompé de cul . Quoi de plus naturel après tout ? Dites-donc vous je vous connais , non ? Allez , montrez moi le bel aigle tatoué su vos fesses , pas n’importe lequel note bien , un aigle à DEUX têtes ! Au diable l’avarice ! Garçon , un aigle double ! Oups , je me suis trompé ! Y a pas de mal hein ! Au plaisir ! NON MAIS JE VAIS LE CREVER CE SALE CON !
Je prends le tisonnier et me dirige vers la salle de bain avec Constance agrippée à ma veste. La porte s’ouvre. C’est un total inconnu qui se tient devant moi . Je sais bien , je ne le connaissais pas avant , mais de l’individu quasiment nu au regard halluciné , il ne reste rien. Lavé , coiffé, vêtu d’un pull à col roulé en cachemire , d’un pantalon en velours côtelé et de chaussures en daim , c’est un parfait gentleman qui me domine d’une tête avec juste ce qu’il faut d’embarras pour que je ne lui envoie pas le pique feu au travers de la figure . Avec mes vêtements mouillés , mes pieds nus et mes cheveux au quatre vents je me fait l’effet d’ un clochard .T’as pas cent pesos ?
- Toujours en colère ? Remarquez , je vous comprend . Moi aussi j’ai du en avaler des couleuvres depuis quelques jours ! Allez vous laver et vous changer, vous avez une mine de déterré ! Je vous promets qu’ensuite j’essaierai , dans la mesure du possible , de satisfaire votre curiosité !
Je suis à deux doigts de m’excuser , de faire une courbette , monseigneur ! Je suppose que c’est ce qu’on appelle la classe ! Puis je songe , oh , tu es chez toi !Je le toise par en-dessous .
- T’as intérêt à être convainquant….mon canard . Et puis arrête de me vouvoyer !Venant d’un mec qui m’a collé la main aux fesses ça me met mal à l’aise !
Il rougit. Et toc !
- Comme tu voudras…mon aigle !
Je dissimule un sourire , quel crétin , commence à m’intéresser ! Dans la salle de bain , j’ai quelque mal à abandonner mes vêtements . De ma vie , je ne me suis dénudé devant autant de gens en si peu de temps . En évitant le miroir , j’entre avec une certaine appréhension dans la baignoire que l’inconnu a laissé immaculée. J’ouvre en grand le robinet de la douche et tandis que le jet d’eau brûlante m’asperge je suis pris d’un irrépressible fou rire .En me séchant quelques instants plus tard , je remarque dans le panier à papier trois compresses sanguinolentes . Oh , oh ! Ca aussi , il faudra qu’il nous l’explique .Le sac de l’autre est toujours là . Sans pouvoir m’en empêcher , je l’ouvre et le fouille consciencieusement . Des fringues de qualité pour autant que je puisse en juger , une trousse de toilette , une pharmacie très complète , tiens des compresses , un bouquin , « les mémoires d’un eunuque » d’un certain Dan Shi , un superbe ordinateur portable , la torche électrique qui m’a tant effrayé , sinon rien ! Le classique bagage du cadre supérieur en vacances . Je récupère mes affaires et me rend dans ma chambre pour enfiler des vêtements secs .Dans le couloir , un carnet rouge tombe de ma veste . Le passeport de l’inconnu. Je le ramasse et l’ouvre .Cinq minutes plus-tard , revêtu d’un treillis , le cachemire c’est pas trop mon truc , ça gratte , les pieds toujours nus mais propres , un Partagas roulé sur les cuisses de la maîtresse à Castro aux lèvres , je jette le passeport sur la table du salon où la crevette et l’inconnu , pour la dernière fois inconnu, font semblant d’avoir une conversation .
- Alors monsieur François B. de Genève , tu nous la racontes ton histoire ?

Commentaires

on l'a déjà rencontré où ce François B. déjà, je suis un perdu là...

Écrit par : oliviermb | 03 décembre 2004

Effectivement . François B. est le personnage qui a eu maille à partir avec la pubenda ferox . Son parcours rejoint celui du fugitif et les deux récits n'en font désormais plus qu'un.

Écrit par : manutara | 03 décembre 2004

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