Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01 décembre 2004

Froid!


Journal du fugitif .



Je ne sais qui ramène qui au bord . Disons que nous nous soutenons mutuellement comme deux ivrognes . Nous nous effondrons sur la plage , comme dans un bon vieux film d’aventures des années cinquante , lui sur les genoux , moi sur le dos . Nous claquons de partout , nous ne sommes plus que claquements . Je n’ai plus aucune sensation , même pas froid , je tressaute c’est tout ! Impossible d’articuler un son , mes lèvres sont insensibles , me dents s’entrechoquent , mes chairs se recroquevillent , mes os se dissolvent .Constance va de l’un à l’autre , oh la la , vous êtes tout bleu , on dirait des schtroumfs ! Finalement elle saisit ma chemise et commence à me frictionner . Je vois bien que son bras s’agite , mais je ne sens rien . J’entends juste le frottement du tissu sur ma peau . D’autorité elle m’arrache mon slip en précisant , il est mouillé . Entre deux tremblements je pense , elle ne vient pas de faire ça , c’est pas vrai ! Mon Dieu , réagis ! La dernière fois que chose pareille m’est arrivée , je devais avoir quatre ou cinq ans ! A la honte de me voir nu devant une inconnue s’ajoute l’humiliation de surprendre une lueur moqueuse dans ses maudits yeux verts . Je ne peux pas dire que je sois à mon avantage ! Le froid , la peur , n’est-ce pas…Je rampe jusqu’à mon pantalon et me tortille en tous sens pour l’enfiler . Mais qui a déjà essayé d’introduire des jambes mouillées dans un « jean » plus très sec comprendra ma détresse . Mes membres engourdis répondent avec un certain retard aux ordres du cerveau et ils en oublient la moitié en cours de route ! Pour les boutons rien à faire , mes doigts vont dans un sens , les petits disques de métal dans l’autre . Après m’avoir aidé à passer ma veste , Constance règle avec beaucoup de doigté la question du boutonnage . Elle donne une petite tape amicale sur la protubérance et déjà elle est aux cotés de Yodel , toujours dans sa position de pénitent transi .Va le foutre à poil lui aussi ? Non elle s’arrête au pantalon ! En passant je ne peux m’empêcher de remarquer que le torse anabolisément musclé et ultra violemment bronzé est strié de marques rougeâtres . Elle aussi a vu . Elle hésite et finalement lui met mon gros pull , en grosse laine de gros mouton , avec de gros motifs blancs et noirs . N’aime pas prêter mon gros pull , en plus à ce gros con , vais lui casser la gueule . Je me mets à ricaner bêtement tout en me recroquevillant en position fœtale . Une forte envie de dormir… . L’autre est tombé en avant , la tête plantée dans un massif de chacais . Constance a compris le danger . Elle gesticule autour de nous , hurle, faut bouger, nous pince , nous tire par les bras , les jambes, les cheveux .Nous finissons , je ne sais comment , par nous mettre debout . Elle ramasse les vêtements mouillés et en donnant de la voix nous pousse devant elle tel un chien de berger aboyant autour de brebis égarées .Les chaussures de l’inconnu en peau de vache tannée , retroussée , repoussée , cousue , recousue , colorée en noir soutane usée , aspergée de produits imperméabilisants, lustrants , déodorants , isolants et bien ces nobles pompes font schleurk , schlouirk , tandis que mes pieds nus s’enfoncent dans l’herbe gorgée d’eau .Enfin la maison ! Un bon bain chaud , brûlant , bouillonnant . Mes doigts gourds manœuvrent maladroitement un interrupteur . Rien ! juste la pénombre de cette fin de journée glaciale . Pas de bain chaud !Le pantalon gris de Yodel dégouline sur ma moquette . Je me tourne vers mes deux compagnons.
- Pas d’électricité , branche tombée , tout disjoncté , ai oublié le lapsang , le pyjama à rayures et ces putains de mules pendant que la crevette mangeait mon Strudel en lisant Coelho .C’est pas grave on va crever !
A sa mine je vois bien que Constance pense que c’est moi qui ai disjoncté . Elle se précipite dans la salle de bain . Je l’entends fouiller dans la placard . Yodel , me fixe . Plus d’égarement au fond de ses yeux , juste de la résignation . Elle revient , disparaissant sous une masse de serviettes éponges , elle m’en lance une et donne l’autre à l’inconnu tout en le poussant dans la salle de bain . Tandis que je me sèche le visage , je pense le feu , faire du feu . Dans le poêle , les bûches de ce matin semblent avoir un peu séché . Je bourre la estufa de papier , un numéro entier du Mercurio . Je prends du petit bois dans la caisse disposée à l’entrée , ouvre une boite d’allumettes , en répand le contenu sur le plancher . Finalement je réussis à en allumer une . Le papier prend instantanément dévorant les branches d’arayan . Mon visage est en feu , je sens à nouveau le sang circuler dans mon corps en proie à des picotement agréables. Je place les grosses bûches de luma au centre de la flambée et referme la porte vitrée .Après quelques hésitations , les flammes se rendent maîtresses des lieux .Dans une demi-heure , nous aurons chaud . Pendant tout ce temps Constance est restée accroupie auprès de moi , évitant prudemment tout commentaire . Voyant que les choses tournent à notre avantage , elle me désigne la salle de bain du menton . C’est vrai ça , que fait-il , là dedans ?Il a eu tout le temps de se sécher . Nous tendons l’oreille , et nous parviennent, d’abord étouffés, puis avec plus de netteté des gémissements qui vont crescendo . Ca par exemple ! Il choisit vraiment bien son moment celui-là ! Perfidement je lance :
- Je vous rappelle qu’il n’y a pas d’eau !
Une voix évanescente me répond :
- Je sais , je sais ! Pouvez-vous me passer mon sac noir , je vous prie ?
En tout cas , il a retrouvé l’usage de la parole et bien élevé avec ça ! Je lui amène son bagage qui doit bien peser quarante kilos . Il entrouvre la porte , une main surgit , s’en empare , referme la porte , merci , de rien mon canard ! Le battant s’ouvre en grand cette fois et je suis propulsé à l’intérieur de la salle de bain . La porte se referme avec un bruit sinistre .

Commentaires

Suspens halétant ! !

Écrit par : dilou | 01 décembre 2004

Quel sang-froid Constance !...Bravo, elle n'a pas perdu le nord.....AS-tu réalisé qu'elle ta "sauvé la vie " ainsi qu'à ton compagnon d'infortune ! mais attends, j'ai pas tout compris, c'est elle qui t'a propulsé à l'intérieur de la salle de bain ?

Que va t-il encore t'arriver ?

Es-tu toujours "Yodel" au yeux de ton étranger ?

Charmant ta cabane, ça me fait penser à la chanson de Line Renaud : " ma cabane au Canada, blottie tout au fond des bois....."
C'est déja une belle cabane ! et ton intérieur pas mal non plus!
La suite, la suite.....

Écrit par : Pénélope | 01 décembre 2004

J'ai souvent remarqué que les femmes étaient psychologiquement beaucoup plus fortes que les hommes et infiniment plus fiables qu'eux en cas de coup dur . Que ce soit en mer ou en montagne (les deux milieux qui me passionnent ),je n'ai encore jamais vu une femme faire preuve de lâcheté , alors que les hommes...

Écrit par : manutara | 01 décembre 2004

Je suis désolée mais je confirme ce que tu viens de dire !
Alors ça y est, tu es sorti de ta salle de bain, Constance ne t'a pas séquestré ?

Écrit par : Pénélope | 01 décembre 2004

Je suis d'accord avec Pénélope: c'est déjà une belle cabane!

Écrit par : oliviermb | 01 décembre 2004

Les commentaires sont fermés.