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26 novembre 2004

La route

La route ne sait pas où elle va , l’homme si . Lui se perd , elle non !

Journal du fugitif

A une cinquantaine de mètres sur le bord de la route , une silhouette en uniforme kaki nous fait signe de nous arrêter. Je le reconnais . C’est le sergent Limuta . Jusque vers le début des années quatre-vingt dix , tout le réseau routier chilien était parsemé de petits postes de police appelés « retenes de carabinieros » , destinés à quadriller le pays sous la dictature militaire . Ainsi chaque véhicule était contrôlé tous les vingt ou trente kilomètres , une réminiscence des péages du moyen-age européen . Avec la fin du régime militaire les postes furent maintenus mais les contrôles systématiques disparurent . Les carabinieros continuaient à effectuer un contrôle visuel des voitures obligées de rouler au pas en passant devant eux . Depuis quelques années , les policiers restent dans leur maison même s’il est de bon ton d’effectuer un passage au ralenti en arrivant à leur hauteur . Je connais bien le sergent et il m’a, à de nombreuses reprises, invité à partager le curanto dominical ainsi que son pisco quotidien . C’est un petit homme rond d’une cinquantaine d’années qui ne demande qu’une chose à la vie : arriver entier à l’âge de la retraite afin de pouvoir s’acheter un taxi pour ne plus transporter que des passagers volontaires ! J’habite à quelques kilomètres du poste et les maisons sont rares dans la région. Alors , bien sur , un « frances » , ça ne passe pas inaperçu ! Très vite il cessa de me demander mes papiers pour m’entraîner dans d’interminables discussions sur la littérature sud-américaine , sa passion . En été , il vient souvent passer le dimanche chez moi au bord du lac avec sa femme et ses deux enfants . Pendant qu’hommes et gamins partent à la pêche dans ma petite barque , madame prépare le repas et , bien que je le lui ai strictement interdit , remet un semblant d’ordre dans ma cabane . Je le sais , je ne retrouve plus rien ensuite !Bref ce sont de braves gens , des voisins que j’ai appris à apprécier en contemplant la collection d’incontournables crétins qui jonchent mon passé . Oh bien sur , lui est règlement , règlement , le doigt sur la couture du pantalon de plus en plus étroit avec le passage des ans et des curantos , il a un grand portrait de Pinochet dans sa salle à manger faisant face à un énorme crucifix .Mais cela fait longtemps que j’ai renoncé à juger les gens . La vie m’a appris qu’il n’est pire salaud que celui qui se croit du bon côté de la barricade ! Chez moi j’ai un portrait d’Ernesto Guevara dit le Che et un autre d’Allende quelques instants avant sa mort , la mitraillette aux côtés . Oui , je sais , historiquement ils étaient tous les deux des imbéciles , mais je m’en fiche ! Ils avaient tous les deux de sacrés paires de cojones alors je bois à leur santé et mon copain pinochetiste, le sergent Limuta, aussi , car au Chili mourir con las botas puestas , ça compte, carajo !Un jour pour me taquiner , il me dit , esta medio subversivo no , don E. ? Je lui répondit , para nada don Arnolfo estoy parado a medio camino y no encuentro la salida ! Il me fit le sourire entendu de celui qui n’est pas bien sur de comprendre répétant juste , ah, a medio camino si…..

Commentaires

Nous aussi nous avons nos "retenes de carabiniéros" : nous avons nos beaux "radars automatiques" tout neufs, au dessus de 80 ça y est tu as ton amende dans les 3 jours dans ta boites à lettres, un tout neuf vient d'être posé pas loin de chez moi !

Écrit par : Pénélope | 26 novembre 2004

J'ai oublié de te féliciter pour tes nouvelles photos sur ton album, j'adore "Palafitos !" et le diaporama extraordinaire ! je vais souvent les regarder c'est superbe, et ça nous évade véritablement.

Écrit par : Pénélope | 26 novembre 2004

La différence c'est que l'on ne peut pas partager un curanto ou un pisco avec un radar automatique!

Écrit par : manutara | 26 novembre 2004

Merci pour tes compliments! Les palafitos sont une spécialité de l'ile de Chiloé située à l'entrée des canaux de Patagonie . C'est là que Francisco Coloane est né . Chiloe sert de toile de fond à une bonne partie de ses nouvelles . Si tu ne le connais pas ,je t'encourage à le lire . C'est magique , comme toute cette région!

Écrit par : manutara | 26 novembre 2004

Personnellement, je trouve plus humain de mettre des policiers tous les trente kilomètres, plutôt que des machines. Au moins le policier peut faire usage de son jugement, tirer dans le tas ou traquer le délit de sale gueule (ce qui peut éviter aux gens comme il faut d'être inutilement ennuyés).

Écrit par : oliviermb | 26 novembre 2004

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