Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23 novembre 2004

La hyène

Journal du fugitif

C’est un hôtel de quatre étages récemment construit , affichant sans vergogne cinq étoiles sur sa façade . Nous pénétrons dans la petite réception glacée . Un canapé rouge, poilu comme un setter irlandais et quelques fauteuils scoliotiques essayent de donner une touche de prospérité à ce qui émet déjà de forts relents de mort économique . Dans l’air , se dissimulant à grand peine derrière le paravent d’un déodorant bon marché , une entêtante odeur de moule fumée . Je me dirige vers le « front desk » où un concierge au visage lunaire , constellé de cratères, et au nez insignifiant regarde sur une petite télévision un épisode de Sucupira .Il porte un costume gris souris sur le revers duquel , entre les taches de graisses, deux clés entrecroisées menacent de se faire la malle .Il hésite à lever son museau chafouin et à abandonner la belle Paloma aux prises avec une espèce de Raspoutine de supérette . Tiens le vilain est un français inverti au cheveux tartinés de gomina séparés par une raie centrale ! Je suis méchant ! Les feuilletons chiliens sont plutôt bien faits et valent largement les français et ce malgré l’absence de toute politique d’exception chilienne ! Je m’approche et remarque que le quidam a une fine moustache tapie à l’entrée de ses narines . Il finit par se lever et nous salue avec une désinvolture de mauvais aloi , celle que l’on réserve aux pauvres venus demander la charité . A chaque situation son rôle . Je le dépasse d’une tête . Bon ça , très bon !. Il a une voix aiguë , je force la mienne dans les notes graves . Je gronde , je tonne , j’exige , je menace , je brandis une palette de don Machin et dona Truc. Comment ! Quel manque de tact, présenter ainsi , sin nada mas , sa facture à une demoiselle sans que celle-ci ait montré des velléités de partir ! C’est ainsi que l’on prétendait promouvoir le tourisme ! La crevette me scrute , une lueur admirative dans les yeux . J’aime ! L’autre , la larve moustachue engluée dans des explications absconses , n’ose plus me regarder ! Je demande à voir l’objet du délit . En tremblant , l’autre me tend la facture dont le montant pourrait me faire croire que Constance a décidé d’acheter l’hôtel. Je rappelle à l’homoncule que selon les règles édictées par le SII (servicio de impuestos internos) , les étrangers sont dispensés du paiement de la IVA (TVA) , pour peu qu’ils acquittent le montant de leur facture en Dollars ou en Euros .Je sens que c’est l’estocade finale .Il s’incline , rectifie. Ses yeux jaunes laissent filtrer une lueur admirativement haineuse , celle de la hyène obligée de céder une charogne à plus charognard qu’elle ! Je jette sur le comptoir en faux marbre ma carte de crédit , tel le soldat acculé brandissant une arme qu’il sait déchargée . L’autre reprend espoir . Sur son téléphone il compose le numéro du DICOM , le KGB des endettés , puis le numéro de ma carte . A voir son expression de dépit , je ne suis pas fiché . Il introduit ensuite le rectangle de plastique dans son appareil , puis me fait signer le reçu . Je précise , la senora se va …al tiro !
Je me tourne vers elle en souriant.
- Tu as beaucoup de bagages ?
- Oui , pourquoi ?
- Le contraire m’eût étonné .Tu t’en vas .Je vais t’aider à les descendre. Ca m’étonnerait qu’Erol Flynn puisse porter autre chose que les valises qu’il a sous les yeux .
- Qui ? Mais…..
Mon regard de Jivaro sur le sentier de la guerre la réduit au silence . Un quart d’heure plus-tard nous roulons sur la ruta cinco . Un frisson en passant devant Chin Chin . Nous n’avons pas échangé deux mots depuis notre départ . Je suis anéanti . Une étrangère est sur le siège du passager là où j’espérais ne voir que quelques bons bouquins achetés chez mon copain Alfonso , quelques CD peut-être…mais pas une rousse aux yeux verts ! Por Dios soy jodido !
Interminable ligne droite !Elle hasarde avec un filet de voix.
- Ou allons-nous ?
- Sais pas !
- Mais alors pourquoi m’as-tu fait quitter mon hôtel ?
- Parce qu’ici le défaut de paiement est sévèrement réprimé par la loi , que tu n’as pas un sous , qu’à ce train je vais bientôt ne plus en avoir non plus , que pour d’obscurs motifs se rapportant à cette foutue morale judéo-chrétienne je ne peux pas te laisser à la rue , pour toutes ces raisons donc tu vas venir habiter chez moi jusqu’à ce que tu ais résolu tes problèmes financiers !C’est la solution la plus économique !
Elle hésite , puis me sourit , elle est ravie !
- Tu es vraiment gentil , je ne sais pas comment te remercier !
- Moi si ! Arrêtes de dire que je suis gentil . Je suis odieux , antipathique , vieux, moche, chiant, j’aime pas les femmes , je suis pas sur d’aimer les mecs . En fait j’aime personne ! Je suis juste victime de mon éducation !
- C’est tout ?
- Pour l’instant oui , il n’y a rien d’autre qui me vienne à l’esprit ! Ah si ! Je ne comprends toujours pas pourquoi tes parents ont fait un tel scandale après tes exploits amoureux . Hum , tu es ….enceinte ?
- Oh non ! C’est le poids des traditions , notre milieu , la virginité perdue , le regard des autres…
- Tu habites où ? En Transylvanie et ton père est le conte Dracula , c’est ça ?
Elle rigole , réellement détendue pour la première fois .
- Que vas-tu chercher là ! J’habite à ……. Oh….. !!!!


Commentaires

Que vas-tu faire de ta protégée maintenant ? c'est bien la peine d'aller si loin trouver un espace de liberté et de se retrouver piègé par une belle rousse aux yeux verts ! Nous, les femmes, ont peut tout changer au contexte initial ! Quel pouvoir nous avons !...

Écrit par : Pénélope | 23 novembre 2004

Rassure-toi , cette situation scandaleuse ne saurait perdurer!

Écrit par : manutara | 23 novembre 2004

Les commentaires sont fermés.