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21 novembre 2004

Un membre actif

Journal du fugitif

- Constance , la situation frise le ridicule ! Si tu m’expliquais….
La jeune fille a lâché la malheureuse « casa de campo » déjà passablement triturée et se tord les mains tel une Chimène échevelée , déchirée entre le mensonge et la vérité .
- Voilà , je t’ai menti , je n’ai pas pris une année sabbatique , mais je me suis enfuie de la maison !
Le spectre du détournement de mineur se profile à l’horizon, tandis que je me vois à la prison de Chin Chin chargé de chaînes, jeté dans un cul de basse fosse après que mes testicules eussent été désintégrés à la gégène ! Je me rends brusquement compte que je ne sais absolument rien d’elle , nada de nada . D’ailleurs pourquoi le devrais-je . Nous nous connaissons à peine depuis quelques heures et ce qui n’aurait dut être qu’un touch and go menace de se transformer en escale technique à durée indéterminée ! J’essaie furtivement d’évaluer son âge . L’angoisse me fait exagérer sur son visage les signes d’une indubitable jeunesse que je pense y déceler . Seize ans ? Mon Dieu , j’oubliais Coelho !Quatorze peut-être même treize ! D’une voix verte , cran supérieur à la blanche sur l’échelle de la panique , je lui demande :
- Quel âge as-tu , Constance?
Je me fais l’effet d’un vieux pervers surtout que les vitres de la voiture se sont couvertes d’une buée grasse . Maudite voiture japonaise , transformée en sauna finlandais !J’ouvre la fenêtre et respire un bon coup . Non les passants ne se sont pas arrêtés pour diriger leurs regards prolongés de doigts pointus et accusateurs vers mon pauvre véhicule embué ! Constance me dévisage, visiblement étonnée par ma question .
- Ben, vingt deux ans , bientôt vingt trois, mais je ne vois pas…
- Gott sei dank ! A vingt trois ans on ne s’enfuit pas de la maison , on quitte le domicile parental !
- Ce que je veux dire , c’est que je suis partie après m’être disputée avec mes parents et depuis j’ai rompu tous les ponts avec eux!
- Ah le pont de la rivière Kwai unissant petits et grands, construit par des générations d’enfants prisonniers des tyrans détenteurs de la puissance tutélaire, emporté par les eaux tumultueuses de l’adolescence !
- Qu’est-ce que le pont de la rivière machin vient faire là ?
- Rien , rien continue…
Je me sens magnanime prêt à écouter la classique histoire de la fille à papa , maman, la bonne mais pas moi , oh non pas moi , qui se fait pour la première fois de sa vie rabrouer pour une histoire de petit ami financièrement mal loti , mais physiquement bien doté qui se serait permis de monter sur ses grands chevaux prétendant au sein de la donzelle sans y mettre la main , mais papa est membre de la bonne société et a la bras long mais contre ce membre là , le sien , je veux dire le bras , manque de vigueur et l’autre , le membre indigne cette fois , renversant tout sur son passage , rompt et fuit l’hymen quand le père d’un bras vengeur chez monsieur le curé le veut traîner . Mais ce dernier n’en a cure , sans le marié in corpore point de mariage ! Mais le mal est fait , puisque sans nouveau membre point de détente , c’est la mine défaite que le père au déserteur cherche un substitut qu’en la personne du procureur P. il croit trouver . Hélas, si ce prétendant là est bien membre du meilleur monde , l’âge et l’alcool l’ont par trop détendu et la corde de son arc est par trop molle pour d’une flèche toucher le sein de l’élue . L’élue opte pour l’abstention et un beau matin au loin s’envole ! Enfin un truc dans ce genre .
Je respire , soulagé . Elle est majeure et n’a tué personne .Mais ce que j’ai du mal à saisir c’est ce que je viens faire dans cette histoire .
- Et bien voilà , depuis six mois je vis avec le peu d’argent que j’ai emporté avec moi , mais là depuis une semaine , je n’ai pratiquement plus rien et pas question de demander un sous à mes parents, ces marchands d’esclaves !
- Tu as gardé le contact avec eux ?
- J’ai téléphoné une ou deux fois à mon père ,histoire de lui dire que j’étais toujours en vie . Et lui , est-ce que tu as besoin d’argent ? Tu te rends compte , il était prêt à me vendre à un vieillard et la seule chose qu’il trouve à me dire c’est ça ! Argent , fric , fric , fric….
Elle répète ces mots en roulant les r comme des glaires au fond de sa gorge . Je m’efforce de la calmer , craignant de la voir cracher sur mon tableau de bord .
- C’est bien joli tout cela mais c’est bien de fric dont il s’agit , où je me trompe ?
- C’est vrai . Aujourd’hui , cela fait une semaine que je suis descendue au don Luis et ce matin on m’a présenté la facture . Je n’ai pas le premier pesos pour la payer et je me suis demandé si…
- Je ne pourrais pas me substituer à toi ?
- Ce serait juste un emprunt . Je téléphonerai à mon père et il m’enverra de l’argent . Je pourrai te rembourser.
- Mais dis-moi , pourquoi moi , oui , pourquoi m’as-tu choisi au milieu de cette masse de gens ?
- Tu avais l’air si seul et si gentil…
- L’air d’un imbécile oui !
- Oh , ne dis pas ça ! Si tu ne peux pas , je ne t’en voudrais pas !
Blablabla . Pour ça elle sont fortes les femmes . Elle sait très bien que je ne vais pas les laisser traîner , elle et ses yeux verts à la con, sans un sous, au milieu de cinquante mille pénis montés sur pattes . Même les paralytiques retrouveraient l’usage de leurs jambes pour essayer de lui grimper dessus ! Je soupire…
- Bon allons voir ce qu’ils vont nous raconter à ton hôtel…..

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