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18 novembre 2004

Génération spontanée

Le journal du fugitif

En sortant de la librairie, je tends le livre à Constance . Elle déchiffre péniblement , kaza deux kanpo ….cool ! Je songe , si seulement tu pouvais le lire tu ne le trouverais pas aussi cool que ça. Cette fois je pense avoir fait le tour de la question . Nous tentons de franchir le barrage bleu horizon de collégiens se bécotant dans les allées du centre . J’ai l’impression qu’en l’espace d’une demi heure , il se sont reproduits . Ils occupent tout l’espace . Je lève la tête pour voir s’il n’y en aurait pas d’autres suspendus dans les superstructures métalliques , la tête en bas . Le vacarme est assourdissant . C’est surtout les filles qui parlent . Comment font-elles pour embrasser leur copain , lui peloter les fesses en fourrant une main dans son pantalon et lui raconter leur vie en même temps ?Et on dit que les chiliens sont coincés ! Qu’est ce que ça serait s’ils se lâchaient ! L’air est vibrant de stupre ! Je comprends pourquoi je n’ai jamais vu de curé s’aventurer dans ce centre , il se désintègrerait séance tenante ad mayorem gloriam dei !On ne retrouverait que ses chaussures !Je sens une traction sur mon bras et un poids qui me ralentit dans ma progression vers l’huis salvateur . La crevette braille , des lunettes de soleil , il faut que j’achète des lunettes de soleil ! Je tente de la raisonner , mais voyons il n’y a jamais de soleil par ici .Mais elle insiste , c’est pour l’outback australien , paraît qu’elles sont moins chères au Chili ! Nous fendons une haie de baisouilleurs et nous retrouvons seuls dans un luxueux magasin d’optique . Une vendeuse immergée dans la lecture de « condorito » , aussi motivée que si on lui avait demandé de déboucher les toilettes d’un sumo incontinent , s’approche de nous en équilibre instable sur ses talons hauts , véritables échasses sociales . C’est vrai que les chiliens sont assez petits . En général la taille augmente avec les revenus , ce qui est logique .
- En e uedo ayuda le ? (en quoi puis-je vous aider)
La crevette me regarde , des points d’interrogation sur fond de forêt tropicale dans les yeux.
C’est vrai que les chiliens avalent les voyelles en parlant du nez au contraire des espagnols qui roulent des torrents de mots rocailleux au fond de leur gorge . Enfin du nez ou de la gorge, Constance n’y comprend goutte à cette belle langue ! J’explique . La vendeuse s’éloigne en donnant l’impression que ses fesses essayent de la dépasser . Elle revient en poussant un présentoir où sont enchaînés tels des forçats condamnés à perpétuité de véritables boucliers solaires . Devant notre air sceptique , elle hasarde , la ultima moda , oui mais alors la der des der !En hurlant de rire nous laissons l’échasse plantée devant son étalage d’invendus et gagnons la rue où le vent et la pluie nous ramènent à la réalité . Insensiblement nous nous sommes rapprochés de ma voiture . Je propose à la crevette de la ramener à son hôtel ou n’importe où pourvu que je puisse la déposer quelque part . Evidemment elle accepte et monte à côté de moi . Je paye le parquimetro , déjà une voiture convoite ma place . Le garçon arrête la circulation pour que je puisse sortir , je demande à la fille où elle loge et avec un filet de voix elle me dit, au Don Luis . J’interromps ma manœuvre , la regarde , la voiture qui guette mon emplacement klaxonne , la file arrêtée par le parquimetro klaxonne , j’ouvre la fenêtre et appelle le gamin . Finalement j’ai changé d’avis , il a l’air un peu furieux , je lui tends un billet en lui disant, asuntos de mujeres (des histoires de bonnes femmes), il sourit et en poussant l’une et l’autre voiture réussit à faire une place à l’impatient .Je me tourne vers Constance qui serre son livre contre elle et évite de me regarder .
- Tu vois cet immeuble , en face , de l’autre côté de la rue ?
- Mmm….
- Je peux te demander ce qu’il y d’inscrit sur la façade ?
- Ben , hotel Don Luis….
- Alors , tu peux m’expliquer… ?
- Ecoute , fugitif , je suis dans le pétrin !
Pétrin , elle a dit pétrin ! Le problème c’est que la bonne pâte c’est moi ! Maintenant pour la faire sortir de ma bagnole , il va falloir que j’y mette le feu !

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