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14 novembre 2004

Une situation épineuse

Alors qu’il attendait maintenant depuis plus d’une heure et dans l’incapacité de se concentrer sur la versatilité des fonds de pension américains , François B. fut brusquement pris d’une irrépressible envie d’uriner . L’idée d’avoir à repasser devant ses employés pour gagner les toilettes , emmailloté dans son abricot , lui parut insupportable. Il essaya de penser à autre chose , mais rien n’y fit , la vision du jet salvateur s’imposait à son esprit avec l’impétuosité d’une cataracte forçant son chemin au fond d’une gorge de l’Oubangui Chari .Il chercha alors un récipient , pensa aux tiroirs et en maudit les planches disjointes .Soudain , son regard tomba sur la pubenda ferox dont l’œil jaune semblait le regarder avec la fixité de celui du mamba vert s’apprêtant à frapper sa proie . A vrai dire ce fut plutôt le pot en plastique entouré de papier aluminium qui retint son attention . Il avança une main hésitante s’attendant à la voir happée par les feuilles aux piquants acérés . Il palpa la terre .Sèche , très sèche . Avec un sourire mauvais , il pensa , cette plante a besoin d’être arrosée , de toutes façons pour obtenir un pareil résultat, la Slitch a du l’abreuver d’acide chlorhydrique ! Il se leva prudemment en tenant l’affiche d’une main et de l’autre en sortit son sexe , puis songeant au ridicule de la situation , il laissa tomber l’affiche .Il s’approcha du pot en prenant garde de ne pas toucher les feuilles . De se voir ainsi nu dans son bureau , à la merci de l’arrivée imminente d’Emma Slitch ,le remplit de honte en même temps que d’une excitation tout à fait hors de propos qui menaçait à tout instant de se transformer en érection , situation peu propice , tous les mâles le savent , à une miction satisfaisante ! Essayant d’enrayer la progression du phénomène , il fixa la toile où le vénérable Alois Holzbein le dévisageait d’un œil égrillard . A sa grande horreur , il sentit son instrument se durcir dans sa main et acquérir une dimension inquiétante . Pour couper court , il récita alors ces sublimes vers de Goethe qui toujours l’avaient plongé dans une tristesse infinie .
Wer reitet so spat durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
er fasst ihn sicher , er halt ihn warm.

Echauffé par la récitation , François B. se mit à arpenter son bureau à grandes enjambées , sa voix puissante raisonnant entre les murs de la vaste pièce , sa main libre accompagnant le texte d’amples mouvements circulaires . La situation revenant à la normale , il s’apprêtait à retourner auprès de l’épineuse empotée quand son regard croisa, derrière l’une des fenêtres, celui de deux béninois occupés à laver les vitres sur un de ces échafaudages mobiles permettant d’évoluer librement le long des façades des immeubles .Devant cette preuve évidente d’une nouvelle violation du secret bancaire , le directeur se précipita pour tirer les rideaux aux couleurs helvétiques .En chemin , son pied gauche rencontra l’affiche que le glaçage transforma instantanément en patinette . Afin d’éviter, par une chute disgracieuse, d’ajouter le ridicule à la honte , François B. essaya de se retenir à la table , hélas , sa main ne rencontra que les feuilles de la pubenda ferox sur lesquelles elle alla s’empaler . Tandis que son grand corps tombait au ralenti sur le splendide et coûteux tapis persan , le directeur put voir la plante assoiffée le suivre dans sa chute et choir avec un bruit soyeux sur son entrejambe.
Les ambulanciers appelés d’urgence , avant de l’évacuer vers l’hôpital cantonal de Genève , ne purent que constater l’ampleur du sinistre et craignant pour l’intégrité des organes reproducteurs du directeur s’ils tentaient de le libérer de l’étreinte de la plante carnivore , ils se contentèrent de lui injecter une dose de morphine afin de mettre un terme à ses souffrances et surtout au flot d’injures ordurières et dévastatrices qui franchissaient les lèvres du malheureux avec l’impétuosité d’un torrent de lave .C’est recouverts d’un drap , légèrement surélevé par une armature métalliques au niveau du bassin , qu’homme et végétal passèrent devant les cadres de la banque alignés en une haie d’honneur dont seuls quelques sanglots à moins que ce ne fussent des fous rires étouffés, vinrent troubler la sérénité . Plongé dans un état de profonde hébétude , François B. , ne nota point l’absence de sa fidèle Emma Slitch , partie deux heures plus tôt lui quérir des vêtements propres à deux kilomètres de là.



Commentaires

Merci pour cette bouffée de sourire matinal. J'espère pouvoir lire la suite dans ma lointaine Gaume (modestement 200km), mais on s'y sent un peu au bout du monde. Chacun a le bout du monde qu'il peut ! et la Patagonie n'est pas à la portée des simples mortels. A bientôt.

Écrit par : maola | 14 novembre 2004

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