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12 novembre 2004

L'abricot valaisan

François B.était de retour dans son bureau . Il essuya son visage pour la centième fois avec son mouchoir , puis il le contempla . Non , il n’y avait plus de traces ! Il était nu , un poster vantant les effets bénéfiques de l’abricot valaisan , enroulé autour des reins .Une idée de madame Slitch . Que faisait-elle d’ailleurs , cette potiche . Il lui semblait que cela faisait des heures qu’elle était partie .Il regarda sa montre . Non , tout juste vingt minutes . Il essaya de ne pas repenser à la scène qui s’était déroulée dans la salle des pas perdus .Dire que le belge avait mal pris la chose , serait un aphorisme . A l’annonce de son éviction , il s’était d’abord contenté de dévisager le directeur , un sourire idiot sur sa face couperosée . Puis, lorsqu’un employé était entré et que François B. lui eut demandé de ramener monsieur Soupinou à son hôtel, l’autre s’était accroché à lui en le suppliant . Il était un homme mort s’il gardait cet argent une seconde de plus , cela faisait des jours qu’il parcourait la terre entière avec ces deux valises, il était prêt à accepter toutes les conditions , un contrat léonin , voilà oui , il répéta le terme à plusieurs reprises , 5% d’intérêts négatifs , mais pour l’amour de Dieu , il fallait qu’on le débarrassât de cet argent ! C’était bien la première fois que François B . , recevait un client aussi avide de se défaire de son argent !Cela ne fit que le conforter dans sa décision .Ce qui n’était encore qu’un doute , devenait à présent une certitude .Le blanchisseur belge n’était qu’un porteur de valise , pour qui , pourquoi , le banquier ne voulait surtout pas le savoir ! Toutefois ce petit homme au visage déformé par la peur lui fit pitié . D’un geste discret , le directeur demanda à l’employé de quitter la pièce . Puis il fit rasseoir Soupinou et lui versa le fond de la bouteille de whisky dans son verre . S’il avait su ! Avec des mots choisis il avait essayé de le convaincre . D’autres banques moins scrupuleuses s’empresseraient de lui ouvrir un compte , il laissa même échapper des noms , d’ailleurs la vocation de la humpf et humpf était celle d’une banque d’affaire traitant avec des entreprises plutôt qu’avec des particuliers , on avait du mal le renseigner…L’autre s’était alors jeté sur une des valises et en avait sorti plusieurs liasses de billets qu’il essaya de glisser dans les poches du directeur ,en bafouillant pour ta femme oui ,TA , du parfum , des dessous en soie, des sous-tifs en tapisserie, des seins siliconés… Non mais , où se croyait-il ce renifleur de petite culottes ? Dans la permanence d’un parti politique ? François B. , ce patricien de la bonne société genevoise , devant qui sa femme jouissait en silence quand elle ne pouvait faire autrement, cet homme auquel une vie de labeur avait enseigné à cacher ses sentiments quand il lui arrivait d’en avoir, ce dont plus d’un doutait , ce paterfamilias dont la fille unique était dépressive depuis l’âge de cinq ans , et bien cet être hors du commun se mit en colère .Il rugit d’une voix qui lui sembla étrangère , arrête ça ou je te knokke le zoute !Cela lui était venu tout naturellement. Mentalement , il se félicita pour ce trait d’esprit .Il faudrait qu’il en fasse subtilement mention devant les membres de son club . Sa joie fut de courte durée ! Eberlué , l’autre l’avait lâché , puis ouvrant sa bouche, avait vomi longuement des jets tièdes et nauséabonds sur l’impeccable complet de chez Mabille Cow !
Et maintenant il était là , on serait tenté de dire à poil , si son corps n’avait été soigneusement rasé, une exigence de sa femme ,traumatisée dans son adolescence par la vision de sa mère copulant avec son chauffeur portugais .
Le directeur avait du retirer ses vêtements pour se rincer dans le lavabo des toilettes , puis, après s’être séché avec du papier, il s’était enroulée dans cette affiche grotesque , les fesses couvertes par un abricot géant , pour franchir les quelques mètres le séparant de son bureau sous les regards faussement apitoyés de ses employés. Cela faisait maintenant une demi-heure que madame Slitch était partie chercher des vêtements à son domicile .Il n’était pas prêt d’oublier son quarantième anniversaire !

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