Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11 novembre 2004

Fumer nuit gravement à la santé !

Extrait du journal du fugitif


Une fois dans la rue ,nous nous mettons à marcher en suivant des gens qui sans doute suivent d’autres gens sans oser s’arrêter ou marcher à contre courant . La crevette, elle s’appelle Constance (pas de diminutifs en vue) , me regarde en remontant le fermeture de son anorak .
- Le fugitif ! Mais c’est pas un nom ça . Tu dois bien avoir un prénom , Georges , Henri , Charles…
- Aucun de ceux là , Dieu merci . C’est vrai , autrefois , je portais un nom chrétien , mais aujourd’hui , je suis le fugitif.
- C’est quoi ce délire ? Et d’abord de qui ou de quoi tu fuis ? La police ? La mafia ?
- Si ce n’était que cela , ce serait une partie de plaisir !Non je fuis loin de moi , de mon esprit , de mon corps , de son inévitable putréfaction ! Toujours en mouvement , j’avance sans me retourner , mais je sais la partie perdue d’avance !
- Mais , mais c’est fou ça ! Berk…tu fumes en plus .
Je sors un Partagas de mon porte cigares et tranchant le bout d’un coup de dents je le contemple , me plaisant à imaginer qu’il a été roulé sur les cuisses musclées d’un cubain. Je fais part de mon fantasme à la crevette, espérant la voir prendre ses jambes à son cou .Mais elle se contente de rectifier mon erreur .
- Tu te trompes , c’est sur les cuisses des femmes que sont roulés les cigares , les plus chers évidemment et elles portent des tabliers !
Je m’arrête , me faisant emboutir par la personne qui me suit .C’est un homme qui marche tête baissée en tenant une serviette serrée contre lui. Il s’excuse , permisso. Je regarde le Havane avec un dégoût feint et le jette dans le caniveau , le cœur serré en pensant aux dix dollars qu’il m’a coûté . Un cul de jatte monté sur chambres à air se fraye un passage entre nos jambes , permisso , ramasse le Partagas intact , et s’en va , permisso , dans un chuintement caoutchouteux . Du coup , ma petite mise en scène passe inaperçue ! La fille l’observe en train de s’éloigner , horrifiée .
- Mon Dieu le pauvre homme , comment peux-t-on… ?
- Quoi ? Le laisser vivre sa vie ? Je suppose que chez nous on le torturerait pendant des années pour lui adapter des prothèses afin qu’il ressemble aux autres , aux gens normaux .Et puis on lui fabriquerait une automobile spéciale pour qu’il puisse aller se tuer comme des milliers d’imbéciles sur la route !Ici , tout le monde s’en fiche ! Les gens ont compris depuis longtemps que nous étions tous foutus ! Alors avec ou sans jambes….
Elle me dévisage avec une drôle d’expression , moitié sourire , moitié grimace . Elle a vraiment de très beaux yeux ! Je pense que je suis en train de gagner la partie .
- T’es vraiment grave toi ! Tu dois avoir beaucoup souffert !
Au secours ! Pas de ça ! Je la vois venir avec sa pitié dangereuse .Je la connais bien cette garce (la pitié , pas la fille…elle je ne la connais pas) !Je prends une grande inspiration tandis qu’une rafale de vent balaie la rue .Les gens se hâtent je ne sais où . Nous sommes les seuls à ne pas bouger , appuyés contre la vitrine d’un magasin de chaussures .C’est moi qui brusquement ressens l’envie de prendre mes jambes à mon cou . Je me retiens , ça manquerait de dignité .
- Ecoute , j’ai eu une vie fantastique , simplement je suis plus sensible à certaines choses que d’autres . Je refuse la déchéance , la vieillesse et chaque jour qui passe m’en rapproche et…
J’allais ajouter quelque chose , mais je me retiens . Elle est là qui m’observe , remplie d’espoir et de bonne volonté . Voilà le résultat de toutes ces lectures indigestes dont se gavent les jeunes gens de ce début de siècle . Si la crevette s’était immergée dans Dostoïevski , Céline ou Mishima , cela ferait longtemps qu’elle se serait tirée en me piquant mon portefeuille . Je décide de mettre fin à cette pitoyable comédie . Je lui tends la main.
- Ecoute Constance , cela a été un plaisir de parler avec toi , mais j’ai une longue route devant moi , alors je te souhaite bonne chance pour ton périple…
Là je sens que j’ai marqué un point . Elle me jette un regard affolé , prend ma main , la serre à peine , cherche , fouille dans sa tête et elle trouve, la maudite crevette .
- Ecoute , j’ai un ami(tu parles) qui m’a demandé de lui ramener un livre en espagnol , mais j’ai oublié le titre et l’auteur . Si tu pouvais m’accompagner dans une librairie , moi je parle très mal le castillan…
La bougresse a compris que la littérature m’intéressait ! Je dis oui alors que tout en moi crie non , mais elle a vraiment de très beaux yeux .

Commentaires

bonjour à tous,

si tu ne sais rien tu vis trés bien

Écrit par : lotfi boubker | 06 janvier 2005

Les commentaires sont fermés.