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09 novembre 2004

La lessiveuse belge

Soupinou suivit son regard et se relevant prestement souleva le couvercle d’une des valises . Les liasses de billets de cent dollars semblaient s’ennuyer . François B. contempla le contenu d’un œil morne et étouffa avec discrétion un rot . La vue de grosses sommes d’argent lui donnait depuis un certain temps des aigreurs d’estomac . Le belge penché en avant dans une position qui faisait saillir son imposant postérieur , mettant en péril l’intégrité des coutures de son pantalon , tourna la tête vers le directeur avec , sur son visage cramoisi, le sourire servile du subalterne guettant un bon mot de son supérieur .Plus il les fréquentait , plus François B , trouvait les gens riches vulgaires , mais ce Soupinou de Knokke le Zout dépassait vraiment en grossièreté tout ce qu’il avait connu jusque là . Il regarda son fessier rebondi sous le tissu tendu à craquer et eut une forte envie d’y encastrer la pointe effilée de sa Humberbridge .Il essaya de penser à autre chose , mais lorsqu’il  sentit monter dans sa jambe droite une chaleur inquiétante , il jugea plus prudent de demander au belge de se rasseoir . Ce dernier s’était mis à palper les liasses , à les sortir pour les enterrer à nouveau dans les profondeurs de la valise tel un paysan annamite repiquant son riz .

-         Voyons monsieur Soupinou , laissez cela ! Mes adjoints s’en chargeront dès que nous aurons réglé quelques petites formalités .

Le belge se releva brusquement comme s’il avait été finalement atteint par la chaussure du directeur.

-         Des formalités ? Mais, mais ….quelles formalités ?

Il avait une voix grasseyante et les mots qui franchissaient ses lèvres bleuies par l’effort semblaient avoir été roulés dans de la crotte de mandrill , c’est du moins l’image qui s’imposa à l’esprit du directeur , certainement à cause de la couleur de son client et de son haleine qui le frappa en plein visage telle une décharge de chevrotine . Il chancela sous l’assaut . Il se versa avec dextérité une rasade de whisky qu’il engloutit sans respirer . Cela sembla rassurer le belge qui trempa ses bajoues dans son verre et aspira le liquide en avalant les glaçons .

Les deux hommes s’étaient rassis.

-         Oh , très peu de choses ! Vous n’êtes pas sans savoir que dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent issu du crime organisé , nous sommes tenus de nous informer sur la provenance des fonds ! Je vous rassure , l’évasion fiscale n’est pas considérée comme un crime dans la confédération …

-         Mais…je croyais que tout était anonyme , avec un compte à numéro , un nom de code et tutti cuanti…

-         L’anonymat existe toujours vis à vis du monde extérieur , mais vis à vis de la banque il a été supprimé . Cela fait plusieurs années déjà . Par contre , rassurez vous, votre compte aura un numéro et un code d’accès…comme n’importe quel compte .

-         Mais alors , monsieur , j’aurais aussi bien fait de rester à Knokke !

François B. l’approuva mentalement.

-         Pas tout à fait , car si vous aviez déposé une telle somme dans une banque de votre pays , les responsables auraient été contraints , comme le prévoit la loi , d’en informer les services fiscaux !

Comme mu par un ressort , le belge se leva en jetant autour de lui un regard de bête traquée .

-         Le fisc ! Mais je suis un honnête homme !

-         Je n’en doute pas . Mais je vous rappelle que cette face cachée de la lune (il pensa aux fesses du belge ) ne nous intéresse nullement . Seule nous importe de savoir que ces fonds ont été acquis honnêtement .Puis-je vous demander votre profession ?

-         Je suis dans la blanchisserie…

-         Pardon ?

-         Industrielle bien sur !  « La lessiveuse belge » , depuis 1934 !

-         Vous avez hérité récemment ?

-         Non …non , tout cet argent provient de mon travail !

-         Vous avouerez que ça en fait des petites culottes à nettoyer !

La vision des culottes de Soupinou provoqua de nouvelles remontées acides chez le banquier . Il but un verre de Perrier .Le belge commençait à transpirer abondamment .

-         Oserais-je vous demander quel est le chiffre d’affaire et le résultat net de votre entreprise ?

L’autre essaya de se relever pour retomber à plusieurs reprises dans son fauteuil.

-         Mais c’est un véritable interrogatoire de la Gestapo ! Et puis , je ne sais pas vous dire , je n’ai pas les chiffres en tête !

-         Excusez-moi un instant .

François B. se leva et se dirigea vers la porte . Une demi-heure plus-tard il était de retour , un listing dans les mains . Il remarqua que le niveau de la bouteille de Whisky approchait du fond.

- Voyons… « La lessiveuse belge » , SNC , directrice et unique actionnaire , Germaine Soupinou née Vlaminck .Votre épouse , je suppose ? Cinq employés . Chiffre d’affaires de l’année dernière 225.543 Euros et 34 centimes . Bénéfice avant impôts 33.483 Euros et 18            centimes. Gentille petite affaire mais reconnaissez , monsieur Soupinou, que nous sommes loin du compte…Donc à moins que vous ne me parliez d’un oncle d’Amérique mort en vous léguant sa fortune ou d’un Rembrandt trouvé dans le grenier de votre maison , je suis au regret de vous annoncer que nous ne pourrons vous compter au nombre des clients de notre banque .

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