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08 novembre 2004

La pubenda ferox

François B. sentit une montée d’adrénaline  à la vue de la frêle quinquagénaire , il baissa le bras avec beaucoup de dignité , puis désignant le portrait où le führer helvetico-vénitien  l’observait avec un rien d’ironie , il lança :

-         Un grand homme vraiment…..oui, vous désirez madame Slitch ?

Une voix étrangement ferme retentit derrière la touffe de graminées :

-         Monchieur Choupinou vous attend dans la challe des pas perdus et chi je puis me permettre … happy beurchday tooo youououou, happy beurchday….

-         Oui , oui , ça ira comme ça madame Slitch , merci, merci ….vous avez dit… choupinet ?

Le directeur sentit que le sol se dérobait sous ses pieds. Le composition florale s’avança de quelques pas , suffisamment pour qu’il lui fût  possible  de remarquer le légion de piquants acérés garnissant les longues feuilles à la robustesse inquiétante de ce qu’il jugea d’emblée comme la plante la plus écœurante des deux hémisphères . Au milieu de  cette forêt primaire , protégée par les rangées de dards, ce qu’il prit d’abord pour une fleur d’un jaune hépatique , s’avéra être une protubérance à la plastique douteuse .Le secrétaire déposa le monstre avec délicatesse sur le bureau . Il y eut un crissement prolongé lorsque le pot enveloppé de papier aluminium entra en contact avec l’ébène patiné .La secrétaire lissa sa jupe du plat de ses mains , produisant le son d’une feuille de toile émeri énergiquement frottée contre un tronc de séquoia mort depuis mille ans .

-         Ch’est une pubenda ferox . Ma créachion . Un croichement entre un cactuch et un bananier. Il n’y en a pas deux comme cha en Chuiche !

-         Je n’en doute pas un instant !C’est…étonnant ! Vraiment…surprenant ! Je suis très sensible à cette délicate attention ! Mais vous me parliez d’un monsieur Choupinet ?

La secrétaire se tortillait d’aise et François B. s’imagina un bref instant en train de  flageller son corps nu à coups de pubenda ferox . Il chassa cette désagréable pensée et se pencha vers elle dans l’attente de sa réponse.

-         Non,   Choupinou de Knokke-le-Choute , en Belgique .

-         Choupinou ?

-         Non , Choupinou….Oh , monchieur vous vous moquez !

-         Ah , Soupinou (satané défaut de prononciation) !Oui , oui , je me souviens maintenant .Excusez-moi ! Il pèse combien ?

-         Dix unités , monchieur .

-         Bon , je suppose que je dois y aller…

Il était d’usage que lorsqu’un client faisait un dépôt en liquide de plus de dix millions de dollars , ce fût le directeur lui-même qui s’occupât de la transaction .

François B. , gagna à grandes enjambées la salle des pas perdus . Il s’agissait en fait d’une pièce relativement petite , une cinquantaine de mètres carrés tout au plus , occupée en son centre par une table en acajou , quelques chaises empire et dans un angle, un coin salon avec deux fauteuils art déco et une table basse sur laquelle une main attentionnée avait déposé une bouteille de whisky , du Perrier, des verres et un seau à glace. Les fenêtres grillagées donnaient sur la rade de Genève . Cet endroit avait été nommé salle des pas perdus par un ancien directeur pour des raisons évidentes : la nervosité fréquente des clients et les perspectives de gains considérables pour la banque .

Soupinou était en train d’ingurgiter son deuxième verre lorsque le directeur fit son entrée par une double porte assurant un niveau d’insonorisation parfaite . La banque était régulièrement contrôlée par des experts pour détecter d’éventuels micros ou caméras .Ce petit établissement n’avait pas de guichets et c’était dans cette pièce et derrière les écrans d’ordinateurs que des millions changeaient quotidiennement de mains .Si François B. , avait eu à définir le belge par une couleur , il aurait opté pour le rouge brique .Le visage congestionné du quadragénaire ainsi que la couronne de cheveux encadrant sa calvitie flamboyaient dans la lumière tamisée diffusée par un lustre vénitien , tandis qu’il extrayait son corps obèse du fauteuil en cuir. Les deux hommes se saluèrent , puis le directeur invita son client à se rasseoir .Au passage il nota deux volumineuses valises bleues posées sur le parquet en bois précieux .

 

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