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02 novembre 2004

La ville

L’entrée de Puerto-Montt , c’est la fin de la Ruta 5 : trois mille kilomètres en ligne droite depuis  la frontière péruvienne . J’aime cette route , j’aime toutes les routes d’ailleurs mais j’ai horreur d’arriver quelque part .Il me faudrait bouger sans arrêt . Je pourrais vivre dans ma voiture tout comme j’ai vécu pendant des années dans mon bateau .Un jour , j’aimerais partir de l’Alaska et ne m’arrêter qu’en atteignant le détroit de Magellan. Etrange , je viens de décider cela entre la station service Copec et la prison de Chin Chin qui salue l’arrivant de ses façades décrépies sur la droite de la route . Drôle de toast ! J’essaie de prendre une photo tout en conduisant , mais il me semble qu’un garde me fixe à la jumelle depuis son mirador . Bien sur , il n’en est rien , mais il y a si peu de trafic que je préfère ne pas me faire remarquer . J’appuie au hasard et la photo est manquée . C’est psychologique mais une odeur pestilentielle me semble émaner de ce lieu où l’on devine des mains qui se tendent au travers  des fenêtres grillagées que l’on aperçoit derrière le mur d’enceinte . Pollution visuelle , pollution morale , pour moi cette battisse symbolise très bien la ville . Dans ce pays superbe , là où les humains s’entassent tout devient brusquement laid .L’horizon se restreint et s’imprègne d’une patine de crasse . Comment peut-on vivre dans une ville ?Comment peut-on s’empiler dans un immeuble ? La simple idée qu’au-dessus de moi des gens dorment , mangent , copulent , me donne mal à la tête. Ici , peu d’immeubles , mais des poblaciones  où s’amoncellent de petites maisons individuelles de quelques mètres carrés . C’est déjà mieux .

Je descend vers le centre ville où je laisse ma voiture à la garde d’un parquimetro . Ces jeunes gens , moyennant quelques pesos , s’occupent de garer les véhicules , les déplaçant au gré de la demande. C’est quand même plus agréable que d’avoir affaire avec ces bornes métalliques avaleuses de pièces .J’erre un moment dans cette ville sans charme à laquelle , au fil de mes séjours ,j’ai fini par m’attacher comme à une cousine au physique peu avenant et à la gentillesse un peu envahissante .L’autochtone est « carinoso » , terme que l’on peut traduire par affectueux . Pénétrer dans un restaurant ou dans un magasin , c’est pour un court instant , être adopté , pris en charge , nourri , habillé ou soigné si c’est une pharmacie . Aucune demande si modeste soit-elle ,  n’est traitée avec le dédain qu’elle ne manquerait pas de susciter en Europe . Ainsi on peut acheter ses sous-vêtements à crédit , payables en quatre « cuotas », manger pour moins d’un dollar si l’on est étudiant ou n’acheter qu’un cachet d’aspirine si l’on est malade  . Dans ce pays où gagner 1200 dollars par an vous situe dans la classe moyenne , la pauvreté n’est pas un crime , juste un désagrément largement partagé . Deux adolescentes en uniforme de la « Deutsche Schule » s’approchent de moi . Je suis au milieu d’une foule de passants , mais c’est sur moi qu’elles fondent , me collant d’office sur le devant de ma veste une pastille revêtue de l’inévitable croix rouge . En s’accrochant à mes bras elles agitent une sébile métallique . Je sors un billet de mille pesos . Les gamines poussent des couinements ravis, tandis que j’essaye d’enfoncer le Lucas , comme les chiliens l’appellent ,dans la fente de la boite où il finit par se coincer .On me dévisage avec bienveillance dans la foule , la croix rouge le prouve , j’ai cumplido con mis deberes .Je ne serai plus ennuyé… Je débouche sur la costanera et là mouillé au large , j’aperçois un magnifique cuirassé que l’on dirait tiré d’une bande dessinée de Hugo Pratt . Bon sang qu’il est beau !Il doit être plus vieux que moi ! Sa coque grise se confond avec le ciel plombé et je l’imagine évoluant à trente nœuds dans une mer formée au large du cap Horn , tandis que son étrave enfourne dans la houle , rejetant des tonnes d’eau par ses dalots .Je suis plutôt marine à voile mais me laisse également séduire par la vapeur , surtout quand on atteint la perfection comme c’est le cas ici.

 

 

Commentaires

Très heureuse de pouvoir vous lire à nouveau, mais mon pc étant de plus en plus capricieux, pour combien de temps encore ? Avec les frais en perspective, difficile d'envisager l'achat d'un nouveau.

Merci en tous cas pour vos encouragements, à bientôt.

Écrit par : Maola | 02 novembre 2004

L'embarcation à voile éveille effectivement plus souvent les sens (mystère embrumé des jonques en mer de Chine, majesté éprouvée des vieux voilier...), et je vous remercie donc de réhabiliter un tant soit peu ces machines à vapeur que l'on dénigre et méprise si facilement dans un premier mouvement.

Et je me joins à vous, les deux ont également pour moi leur charme.

Écrit par : Zhoul, hésitante | 08 novembre 2004

Salut à mon impératrice préférée!Mais pour l'amour du ciel , arrête de me voussoyer , cela me rappelle par trop ma récente condition de vieux . Alors toi aussi tu apprécies les charmes de la voile tout en ne négligeant point ceux de la vapeur ? Si cela continue on va pouvoir constituer une flotille sur hautetfort!1

Écrit par : Manutara | 08 novembre 2004

Et bien a l'assaut moussaillon ! Qu'ils se montrent, tous nos compagnons de galere ! Rehabilitons tous les vieux navires, quelle que soit leur constitution ! Que la vapeur embrasse le voile et que le voile caresse la vapeur. Ou au moins, pronons l'egal affection au deux.



Ahyaaaahh

Écrit par : Zhoul, versatile du vous | 09 novembre 2004

Oulala , pas étonnant qu'on ne veuille pas de nous sur V2!

Vingt quatre heures d'attente , ça commence à faire beaucoup , non?

Écrit par : Manutara | 09 novembre 2004

Oui.

Écrit par : Zhoul, concision suprême | 09 novembre 2004

Ah!

Écrit par : Manutara | 09 novembre 2004

Les commentaires sont fermés.