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31 octobre 2004

Les quarantièmes rugissants

Extrait du journal du fugitif

 

S’endormir trentenaire pour se réveiller quadragénaire , je suppose que c’est normal , lorsqu’on  a vécu assez longtemps pour pouvoir apprécier ce moment exceptionnel où, brusquement , on entame la descente sur le versant obscur de la vie . J’ouvre les yeux et je sais que plus rien ne sera comme avant . J’ai choisi, pour vivre cette métamorphose kafkaïenne , de me réfugier seul dans ma petite cabane posée au bord de ce grand lac à partir duquel le Patagonie chilienne entame sa longue descente vers le Sud . Je ne sais pourquoi , mais j’ai toujours senti que mes racines devaient se trouver là . C’est le seul endroit dont j’ai pu dire , c’est chez moi , bien que j’ai possédé d’autres maisons sous d’autres latitudes . C’est que ce lieu est magique . En ce début de printemps , malgré le froid et le pluie , la nature explose et c’est une symphonie de couleurs . Même les chacais , ces épineux ingrats se couvrent de fleurs jaunes . Les perroquets sont de retour , je dis bien des perroquets , verts et bleus si vous voulez tout savoir . En cet instant où je vais abandonner la tiédeur protectrice du sommeil , ils jacassent dans les arrayans aux troncs ocres . Quelques bandurias (oiseau lyre) se disputent au loin en modulant leur cri étrange. J’entends la pluie qui tombe sur le toit et le vent qui fait craquer les arbres . Je bouge et ce sont mes os qui craquent . J’ai mal partout et surtout , je suis gelé , transi , transpercé ! Je dors nu et d’habitude en me levant j’aime rester quelques temps ainsi dans la maison glacée tandis que j’allume un feu dans le poêle . Je regarde à travers la vitre les flammes dévorer le petit bois puis s’attaquer aux bûches de luma qui émettent des sifflements irrités . Je reste un instant à me réchauffer puis je m’habille . Enfin , ça c’était hier,  quand j’étais jeune …

Ce matin sans même sortir du lit , j’ai froid . En frissonnant , je rejette les couvertures et me glisse dans mes vêtements en faisant l’impasse sur l’intermède naturiste. Mentalement , je m’écris une note : acheter un pyjama de vieux …gris , avec des rayures rouges , et puis une robe de chambre à carreaux , pourquoi pas une paire de mules aussi , enfin les trucs que l’on met aux pieds , pas les bourricots !

J’ai oublié de rentrer du bois dans la maison hier soir , et celui-ci , trop humide refuse de s’allumer . Je rajoute une couche de pulls et me contente de faire chauffer l’eau de mon thé , du lapsang souchoung fumé , sans lequel la vie me serait totalement insupportable ! C’est un rite que j’ai réussi à respecter sur terre comme sur mer , en brousse comme en ville , mais pas ce matin , la boite est vide et j’ai oublié d’en racheter .Puerto Montt est à cent kilomètres . En ouvrant le réfrigérateur , je m’aperçois que l’électricité a été coupée : d’habitude , il y fait légèrement plus chaud que dans la maison , mais ce matin , les températures se sont équilibrées . Une branche a du tomber sur la ligne , faisant disjoncter quelque chose quelque part. Avant qu’ils viennent réparer ! Je jette un coup d’œil lugubre par la baie vitrée : les nuages chargés d’eau , le terrain inondé où seuls quelques éperviers , les tiuques ,  s’aventurent par petits bonds maladroit à la recherche de nourriture , les arbres courbés par les rafales , normalement une telle vision   me remplit de bien-être, mais là , rien. Tout juste une forte envie de hurler avec le vent dont les bourrasques ébranlent la maison . Je vais dans la salle de bain et me regarde longuement dans le miroir en faisant des grimaces horribles . Bon sang , ce que j’ai l’air vieux ! J’entrouvre la bouche en laissant pendre la lèvre inférieure. Un filet de salive se met à couler , j’émet un borborygme…Je m’imagine poursuivant les infirmières en fauteuil roulant le long des couloirs interminables d’une institution pour gens du troisième âge.

Démoralisé , j’enfile ma veste et sors me promener au bord du lac en luttant  contre un adversaire invisible qui essaye sans cesse de me jeter à terre . Le vent pousse avec furie les eaux  devant lui en couvrant la surface  de vagues qui viennent exploser sur la grève . Je pense,  les quarantièmes rugissants . Je reviens vers le chalet , monte dans ma voiture et glisse un CD de Inti Illimani dans le lecteur . Le moral remonte tandis que j’essaye d’éviter les trous d’eau qui se sont formés sur le chemin d’accès à la route . Une fois sur la longue bande d’asphalte aux lignes droites interminables , j’accélère .Ca et là , sur le bord de la chaussée , de petites croix placées au fond de niches aux couleurs vives viennent rappeler que la mort rode et peut à chaque instant s’inviter à bord de ces bulles montées sur roues en les faisant éclater .Et si…Le compteur indique 140 .

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30 octobre 2004

Le fugitif

Derrière ce journal (photo, hélas, indisponible sur hautetfort) , l’excellent et très conservateur El Mercurio ,  se dissimule un individu aux abois .Je l’appellerai le fugitif. Il espérait en venant se cacher dans ce coin perdu du monde leur échapper , mais ils ont fini par le rattraper . Pourtant , il avait longtemps cru avoir gagné la partie . Il avait vu les rangs de ses amis décimés par leurs attaques , mais lui se sentait immunisé . Il se payait même le luxe de les narguer en omettant ostensiblement de leur vouer le moindre culte. Mais ce jour là , lancés en vagues successives,  ils prirent d’assaut cette citadelle qu’il pensait inexpugnable et submergé par leur nombre , il dut rendre les armes.  La défaite fut humiliante et ignominieuse.  Vae victis !

Il aurait du se méfier pourtant . Déjà en arrivant à l’hôtel Sheraton de Santiago , il y avait eu ces signes annonciateurs d’un dérèglement des lois immuables régissant son existence . Ainsi dans ce temple de l’affairisme où s’échangent d’habitude biens , minéraux , végétaux et jeunes gens dont l’union sera le ciment assurant la pérennité de l’édifice social , dans ce haut lieu  dont le matérialisme était certains jours nuancé par la présence de prélats qui dans un ballet d’habits sacerdotaux assuraient outre la toute puissance  de la spiritualité judéo-chrétienne , le lustre de notre sainte mère l’Eglise et celui des sols recouvert d’un marbre exquisément caressé par le frottement discret de ces toges pontificales , dans cet antre du bon goût castillan , il y avait ce panneau d’une taille provocante annonçant avec une insolence triomphante , XII congrès latino-américain et II congrès chilien de sexologie et d’éducation sexuelle ! Au passage le fugitif nota que le Chili avait acquis un retard de douze à deux avec le reste du continent ,   dans la tenue de ces assemblées où ceux qui ne peuvent plus le pratiquer viennent discuter de sexe et de la manière de l’enseigner .Au centre de l’affiche gardées par deux agents de la sécurité en complets gris , porteurs de lunettes noires destinées à les protéger sans doute des jets de sperme où de toutes autres formes d’excrétions émises par les congressistes et le public maintenus dans un état d’excitation frénétique , au centre de cette affiche donc ,  un poing fermé totalement hors de propos rappelait sans doute les convictions politiques du graphiste .Une nature morte , placée à la droite de l’affiche , essayait d’apporter une note formelle à cette étrange invitation . Le fugitif ricana en observant que la majorité des congressistes étaient des sexagénaires , plus soucieux pour l’instant de s’adonner aux libations que de s’abandonner à leur libido .El pisco vencera !

 Epuisé par son long voyage depuis la Polynésie, il gagna sa chambre , prit une longue douche et se glissa avec délice entre les draps glacés où il sombra dans un profond sommeil . Toute la nuit il lui sembla entendre des gémissements et des grognements comme si ce vénérable établissement se fût mué en une ruche où les abeilles,  bonnes ouvrières , s’efforçaient de mettre en pratique les connaissances acquises durant la journée .

Le lendemain, le fugitif , le cœur rempli de pitié pour ces pauvres citadins , montait dans l’avion de 11H15 pour Puerto-Montt  et de là gagna son refuge , où il se crut , comme chaque année à la même époque, à l’abri  …jusqu’à ce jour funeste .

J’ai entre les mains son journal manuscrit détaillant par le menu les évènements tels qu’ils se déroulèrent pendant les quelques heures où son univers chancela . J’hésite encore à le reproduire , tant ces mots jetés sur le papier par une main nerveuse me semblent excessifs , tant la pensée qu’ils véhiculent me paraît outrancière . La censure , oui , c’est cela , il va falloir que j’aie recours à une certaine censure !

 

 

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28 octobre 2004

Le retour

Arrivé hier soir par le vol LAN à Papeete- Faaa. La chauffeuse de taxi qui me conduit à l'hotel Sofitel Maeva , me dit que des bruits inquiétants circulent sur la possibilité de barrages routiers dans les jours à venir . J'apprends qu'il y a deux présidents , que certains ministres de l'ancien gouvernement renversé  sont barricadés dans leurs bureaux et que leurs partisans ont entamé une grêve de la faim . Pendant ce temps Gaston le  nouveau ancien  président multiplie les plaintes contre  Oscar l'ancien nouveau président qui lui accumule les demandes d'annulation de la fameuse motion de censure et exige de nouvelles élections .

Ce matin je prends mon petit déjeuner au bord du lagon en compagnie d'une centaine de gardes mobiles basés au Maeva. Silence impressionnant dans le grand fare niau ! Coincé au centre , un couple américain d'une soixantaine d'années n'ose lever les yeux de ses eggs and bacon . De temps en temps la femme promène un regard effrayé sur ses voisins et lance un timide , oh my God!

Pendant que des touristes débarquent de leur autocar , les gendarmes embarquent dans leur bus grillagé. Un point commun , ils ont tous l'air de s'ennuyer ferme!

La silhouette inquiétante d'un vaisseau de guerre chinois évolue dans la rade .

Demain je rentre aux Marquises .

 

 

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12 octobre 2004

Absence

Je me permets d’informer les quelques personnes qui me font encore l’honneur de me lire régulièrement que je serai absent de ce blog jusqu’à la fin du mois ( si Dios quiere) . Cette désertion  n’est en rien motivée par une soudaine désaffection pour ce mode d’expression , ou par une quelconque remise en question , mais par un voyage au Chili  où je n’aurai guère l’occasion de me connecter à Internet .

J’espère , que là-bas , dans ce bout du monde , tantôt fouetté par des pluies soudaines , tantôt éclaboussé par une lumière aux nuances polynésiennes , là où les vents se rencontrent pour venir s’écraser en hurlant sur les crêtes déchirées de la cordillère , je pourrai puiser dans mon inspiration pour vous ramener des récits qui vous feront voir cette terre avec mes yeux et vous inclineront à l’aimer comme je l’aime .Je ne sais d’où me vient cet amour pour cette Patagonie au cœur de glace , pour ces milliers de canaux où l’océan déverse la fureur de ses marées, pour cette terre avare recouverte au printemps d’une herbe tranchante, pour ces glaciers qui n’en finissent pas de se briser, constellant les eaux de blocs étincelants à la bonhomie trompeuse ,pour ces forêts obscures, pour ces maisons si basses qu’elles finissent par se confondre avec la sol dans lequel elles s’enracinent , pour ces gens ,enfin, silencieux et âpres au gain. Non , vraiment je ne sais…peut-être bien que je suis fou !

 

A bientôt , mes amis et que la vie vous soit douce !

 

 

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10 octobre 2004

Seul !

Dès lors nous vécûmes à la lueur des chandelles la nuit et à celle , laiteuse, dispensée par un jour blafard dont la discrétion évoquait celle d’un hôte indésirable , présent à une réception sans y avoir été invité . Les mois passèrent et le ciel , impitoyablement, continuait à déverser son flot de matière . Si nos misérables vies avaient jusqu’ici été épargnées , nous le devions à la situation de mon château construit sur une éminence . Mais en bas…Nous n’osions y songer ! Au début nous nous efforcions de maintenir un semblant de normalité, utilisant chaque jour quelques gouttes de notre précieuse réserve d’eau minérale pour nous raser et nous laver. Mais au fil des mois , elle avait fini par s’épuiser .Je laissai croître les quelques poils disséminés sur mon visage d’imberbe chronique , tandis que celui de mon ami , velu de naissance, se couvrit d’une abondante toison , le transformant en un Karl Marx immergé dans les dérèglements d’un système où la matière avait triomphé de la masse. Nous avions fini , toute honte bue , par vivre totalement nus lorsque le dernier vêtement de la dernière armoire se fut couvert d’une épaisse couche de crasse , nous faisant douloureusement prendre conscience que si l’oisiveté est la mère de tous les vices elle est , également , terriblement salissante .La chaleur était ,avec le passage du temps , devenue insupportable. L’automne et l’hiver n’apportèrent aucun changement à la température ambiante .Ouvrir , les fenêtres ne faisait qu’accroître les tourments causés par les émanations pestilentielles libérées par le flux visqueux . Nous évoluions dans la vaste demeure portés par une ébriété constante ,  trouvant dans l’absorption d’une partie de mon inépuisable réserve de vins et spiritueux sinon la vérité du moins un soulagement à notre soif dévorante . La nourriture se fit rare et bientôt les amples provisions de patates , de légumes déshydratés réhydratés au Riesling , de viandes séchées , de conserves finirent par manquer .Nous primes l’habitude de rester couchés côte à côte ,  plusieurs jours d’affilée, dormant , nous réveillant , nous passant , nous repassant la bouteille de Bordeaux , de Bourgogne , de vin chilien , californien ou australien, selon l’humeur du moment .Et puis nous parlions…beaucoup… surtout pour ne rien dire d’ailleurs car le verbe nous aurait définitivement anéantis .Vers la fin ,  nous envisageâmes la possibilité de nous tuer . Je cherchai désespérément des armes adéquates , mais en dehors d’une épée d’une cinquantaine de kilos que nos maigres forces nous interdisaient de manipuler , d’une arbalète grippée et d’une masse d’arme hérissée de protubérances rouillées , je fus incapable de trouver un moyen crédible de mettre un terme à nos souffrances sans nous en infliger de plus grandes encore ! Ah , si ! Je finis tout de même par découvrir un engin de mort étrange . Ce fut dans la pièce qu’occupait mon père au temps de son passage dans le monde des vivants. Là , au fond d’un tiroir je trouvai ce drôle de revolver au canon d’une cinquantaine de centimètres de long et au barillet garni de cartouches d’un calibre normalement réservé à la chasse à l’éléphant . Je le dégageai avec difficulté et le ramenai dans ma chambre où Gégé m’attendait, couché sur le lit ,  les yeux fixés au plafond .Je le visai en soulevant à deux mains l’absurde instrument et compris instantanément que jamais je ne pourrais appuyer sur la détente .Il tourna la tête et ébaucha un rire qui s’acheva dans une quinte de toux déchirante .

-         Si tu tires avec ce machin ,  il va t’exploser à la figure ou t’envoyer au plafond et moi je serai toujours vivant ! Oublie tout ça , je crois que nous ne sommes pas doués pour le meurtre !

Je déposai le revolver sur une commode et me laissai tomber à côté de Gégé .

-         Que faisons-nous maintenant ?

-         On attend …

-         Quoi ? La mort ?

-         Non rien , on attend , c’est tout !

-         Vous voulez dire…

Il redressa son torse aux côtes saillantes en se calant sur ses avant-bras rachitiques et me fixa de ses yeux rougis par l’épuisement.

-         Putain Nono , pour une fois dans ta vie , tu peux pas te lâcher un peu ! Dis-moi un truc , n’importe quoi , mais dis-moi tu !

-         Euh je vous …enfin…je t’aime !

Mon ami reposa sa tête sur l’oreiller et s’immergea à nouveau dans la contemplation des fresques ornant le plafond.

-         Moi aussi Nono ….moi aussi !

Le lendemain , à mon réveil , Gégé était parti . Oh , bien sur , son corps sans vie était là , couché à côté de moi , mais lui s’en était allé . Non , il n’était pas mort ! Mourir est un acte violent qui nécessite des forces . Mon ami en était bien incapable ! Il s’était éclipsé , sans faire de bruit . Sur son visage, nul sourire idiot et serein . Non ! De l’étonnement seulement . Ah , ainsi  c’est ça ? Ou…. ce n’est que ça ? Allez savoir ! Avec sa figure mangée par la barbe et mes yeux remplis de larmes je n’ai peut-être pas bien saisi ce qu’il voulait me dire !

Gégé , mon putain d’enfoiré de Gégé qui m’a laissé tout seul , repose dans la cave, enterré sous un carré de terre bien sèche.

Le grand débordement prit fin exactement un an après avoir commencé .Quand l’horizon se fut enfin dégagé , je pus voir que la mer s’était définitivement retirée , ne laissant qu’un bourbier blanchâtre que nul animal marin ne viendrait plus habiter . Les champs, les arbres , la ville fondée par mon ancêtre Eudes , tout cela avait disparu , et flottant au milieu de ce néant laiteux, mon château et dans ce château ,  moi, Arnaud de Fontsec, condamné à vivre en ma seule compagnie !

Comment ai-je survécu pendant toutes ces années ? C’est une autre histoire…..sans intérêt . Maintenant ,  je suis fatigué et en cet instant où le soleil va se coucher dans le ciel sans nuages,  je n’ai qu’une envie : dormir d'un long sommeil sans lendemain !

 

 

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Le poids des mots

Dans un premier temps on procéda à une épuration sémantique . Pendant que des humains agonisaient dans leurs voitures submergées , leurs maisons inondées , les rues dévastées ou les hôpitaux abandonnés, les médias utilisèrent les restes  de l’énergie produite par les quelques centrales électriques encore en activité pour se livrer à un exercice de style tout à fait kafkaïen. Un psychologue nous expliqua du fond de ses lunettes à double foyer , que dans le but louable d’éviter la transmission d’un traumatisme aux conséquences encore difficiles à évaluer , il fallait que dans notre vocabulaire disparussent des mots comme sperme , éjaculation et orgasme .On ne parle pas de corde dans la maison d ’un pendu ! Comme si nous pensions à cela ! La riposte , certainement préparée de longue date dans les états majors du bien parler, prit la forme des mots suivants : fertilisant,  épandage de fertilisant et sensation d’un certain agrément produit du frottement d’un organe reproducteur contre toute surface idoine dépourvue d’aspérités et non corrosive .On encouragea fortement l’emploi de ces termes par de lourdes amendes en cas de recours répété à l ‘ancienne nomenclature . La délation fut énergiquement préconisée entre conjoints et proches . L’exercice amoureux, pour ceux qui avaient encore le cœur de s’y adonner ,  devint étrangement silencieux . On imagine mal un amant s’écrier , je vais avoir un épandage de fertilisant et sa bien-aimée lui répondre , attends un peu, je veux éprouver une sensation d’un certain agrément produit ….Mais un autre problème rapidement se posa. Les confédérations agricoles de toutes les régions firent parvenir au ministère concerné des messages rageurs où ils dénonçaient le détournement des mots fertilisant et épandages de leur utilisation habituelle et ce à des fins érotiques .Les verts par la voix de plus en plus inaudible de leur porte parole tinrent à rappeler leur opposition ferme et inébranlable à l’épandage de fertilisants dans quelque domaine que ce fût .Il proposèrent ,  nébulisation de matière garantie sans OGM . Le gouvernement opposa une fin de non recevoir , la matière ne pouvant désigner qu’une et une seule chose , justement ce dont personne ne voulait parler.

Pendant ce temps  et malgré la persistance des averses de matière, il  y eut des tentatives d’exploitation commerciale du phénomène .On mit au point un chasse-matière destiné à rouvrir les routes à la circulation . L’industrie du prêt-à porter lança rapidement sur le marché un manteau anti-matière traité à la vaseline afin de faciliter l’écoulement du flux et qui, dans sa coupe , n’était pas sans rappeler  un préservatif géant auquel on aurait adjoint des manches et dans lequel on aurait pratiqué une ouverture protégée par un filtre à la hauteur du nez et de la bouche. C’est dans cet accoutrement que l’on put voir le premier ministre venir apporter son soutien aux employés inquiets d’une banque de fertilisant dont les stocks avaient été emportés par des flots bouillonnants de matière . Sur le court trajet le menant du bâtiment dévasté à sa voiture  , il distribua des coups de pieds furieux dans l’océan laiteux .

Et puis il y eut le discours du président . Gégé et moi nous éprouvâmes un choc en voyant apparaître celui dont tous nous attendions le salut . Mon ami fut secoué par son fameux rire tandis que j’éclatais en sanglots déchirants . Le leader maximo arborait une charlotte ridiculement grande alors que le haut du corps disparaissait dans un sac poubelle bleu dans lequel on avait pratiqué une ouverture afin d’y faire passer la tête. Le commentateur expliqua que le président avait adopté cette étrange tenue après que le chef des services secrets lui eût confié craindre des fuites. Je reproduis ici, de mémoire, ce discours aussi bref qu’édifiant.

-         Quoi ? Hein ? C’est à moi ? La julienne ça va ? Et l’imperméable pas trop brillant ? Ne faudrait-il pas le maquiller ? Bon , j’y vais alors…

Mes chers concitoyens ,

Ah , au courrant des jours écoulés , ah, vous avez pu constater , ah , des écoulements mystérieusement liquides et ,ah, blanchâtres……. (grands mouvements des bras comme ferait une homme qui se noie) dans tout le pays. (Un conseiller lui murmure quelque chose à l’oreille) Ah bon ! Dans le reste du monde aussi ? Saperlipopette ! Mais il faut faire quelque chose , bon sang ! Envoyez leur donc BHL , au moins il nous fichera la paix ici ! Quoi ? A l’antenne ? Ah , oui…Ah , le beurre me gave …qu’est-ce que …je n’arrive pas à lire…pardon ! L’heure est grave mais dans l’adversité qui nous , ah, submerge, je sais que chaque , ah ,  membre de notre communauté saura faire preuve de, ah ,  souplesse afin de ménager une place à son voisin . Certains (papillonnement de la main droite) voudraient nous faire croire que la , ah , matière (mouvement des bras du haut vers le bas) qui tombe du ciel est du…

Nous  n’entendîmes jamais ce que certains voulaient nous faire croire car le courrant fut coupé , nous plongeant dans la plus totale des obscurités .

 

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09 octobre 2004

La matière

Ce rire ,  déplacé certes ,  fut probablement le dernier que je me souvienne avoir consciemment proféré . Après nous être lavés sans réussir à totalement éliminer l’odeur entêtante qui pendant des années devait me poursuivre et ne constatant aucune accalmie sur le front des intempéries , nous allumâmes la télévision , ultime refuge de la victime en quête d’information . Ce que nous avions pris pour un phénomène ponctuel s’avéra être une catastrophe nationale , plus que cela même , universelle ! Les envoyés spéciaux se succédaient aux quatre coins du monde , pour rapporter la même générale désolation . Urbi et orbi , un déluge de substance visqueuse s’était abattu sur une humanité désorientée , causant une succession de catastrophes , inondations , accidents routiers, ferroviaires et aériens , récoltes détruites , ponts arrachés , usines arrêtées , centrales nucléaires surchauffées ! Certains journalistes portaient encore les stigmates de leurs démêlées avec les éléments : cheveux collés , costumes tâchés , voix pâteuse. Des scientifiques ,  hâtivement rebaptisés spécialistes de l’inexpliqué , assuraient que le phénomène ne pouvait trouver son origine que dans la haute stratosphère , certains avançant une inversion des courants aériens , d’autres un changement brutal dans l’inclinaison de la terre sur son axe , d’autres encore une libération de forces cosmiques due au rapprochement de  planètes aux noms imprononçables . Certains, mais ils furent rares, les plus intelligents sans doute , avouèrent ne rien y comprendre . Les visages rassurants des vedettes de l’écran , petit et grand , vinrent nous encourager à donner notre sang . Les faciès grimaçants des ténors de la politique nous assurèrent de leur solidarité . Quelques badauds dégoulinants bavèrent quelques vagues lieux communs , ça devait bien arriver un jour avec leurs bombes et leur fusées , y a plus de saisons , faut que ça cesse , que fait le gouvernement , c’est toujours les pauvres qui trinquent…Inquiets quant au devenir de nos familles respectives, nous tentâmes désespérément d’établir un contact téléphonique avec cet Eden où nos épouses avaient décidé de fuir , à l’instar de ces cohortes de vacanciers, véritables réfugiés jetés sur les routes de l’ennui . Mais la ligne montrait de clairs signes d’engorgement. Nous nous penchâmes alors sur cette petite lucarne, devenue notre seul lien avec le monde extérieur, jusqu’à une heure avancée de la nuit , tels ces angoissés essayant de décrypter leur avenir dans la lecture des tarots ou l’observation d’une boule de cristal . Puis nous allâmes nous coucher , bercés par le clapotement lancinant de l’averse . Le lendemain , premier indice des tourments à venir , les robinets sollicités en vain pour nos ablutions matinales , déversèrent un maigre filet d’eau saumâtre et fétide avant de se tarir tout à fait . Je pensai avec soulagement à mes caves abritant des hectolitres de crus millésimés et quelques caisses d’eau minérale . Un rapide coup d’œil par les fenêtres  suffit pour nous assurer que le déversement continuait dans sa cauchemardesque réalité . L’heure du réveil n’avait point encore sonné ! Sur les ondes l’affolement de la veille s’était mué en une fièvre analytique destinée à nous persuader que l’être et le paraître ne pouvaient , ne devaient, en un même temps  se trouver conjugués . Oui cela avait l’apparence du sperme , oui cela en avait le goût et l’odeur , mais non , mille fois non cela ne pouvait tout simplement pas en être . La science se faisait fort , dans les jours à venir de convaincre jusqu’au plus récalcitrant . Pour pouvoir décrire un objet , il faut d’abord le nommer . La Matière était née .Je ne sais ce qu’il se passa dans les autres parties du monde , mais chez nous c’est ainsi que l’on procéda . On ne pouvait nier le problème , mais on pouvait refuser de l’identifier . L’affubler d’un pseudonyme courrant pour ne pas dire vulgaire le démystifiait aux yeux du commun. Dire que l’humanité se noyait sous des trombes de foutre , voilà qui eût fait perdre l’esprit à plus d’un ! Mais prétendre assister à un déversement de matière , voilà qui permettait de diluer le poison , ne le rendant pas moins mortel, tout juste moins effrayant ! Prenez un aveugle qui s’apprête à traverser une rue encombrée de voitures . Vous vous précipitez , le saisissez par le bras et le conduisez sain et sauf sur l’autre rive . Mais si c’est un mal voyant , vous vous dites, il voit , mal certes, mais il voit et vous le laissez se faire écraser au bout de quelques mètres , réalisant alors ,mais un peu tard, qu’en fait ce malheureux était aveugle !

Dans les jours qui suivirent , les pouvoirs publics dépensèrent une énergie considérable pour reformuler la menace .

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08 octobre 2004

Le grand débordement

Interloqué et choqué par ces considérations gustatives , je fis à mon ami une grimace qui se voulut sourire mais bientôt se transforma en rictus d’horreur . Je venais à mon tour d’être atteint par un visqueux projectile sur le bout du nez . L’espace d’un instant il hésita puis de manière insidieuse se fraya un chemin dans ma bouche que l’étonnement avait maintenue ouverte . Je m’efforçai de cracher , mais le manque de pratique dans cet art fit que la substance gélatineuse resta figée sur le rebord de ma lèvre inférieure , tandis que, impitoyablement, un long filament s’allongeait jusqu’à terre ! Je fis des efforts aussi désespérés que ridicules pour me débarrasser de l’immonde magma . Moi aussi , au passage , j’avais reconnu l’inimitable goût du liquide séminal .Comment ? Mais , mais ….par ouie dire ,  le bouche à oreille , de manière impromptue , volens , nolens ! Vous croyez que… Grand Dieu , non ! Jamais !…… Ou alors il y a bien longtemps et en quantité infime !

Engue , me rendit mon mouchoir.

-         Ah , vous voyez ! Avez-vous une hypothèse pour expliquer la présence de ce curieux fluide ?

Pris d’une inspiration subite , nous levâmes nos yeux d’un même mouvement vers les toits du château ,  espérant surprendre l’un des ouvriers secoué par les derniers spasmes d’un onanisme aérien . Mais eux aussi semblaient plongés dans la consternation la plus absolue et, essuyant leurs visages, cherchaient dans le ciel une réponse à ce curieux phénomène . Les émissions se faisaient à présent plus fréquentes et plus abondantes . En lançant des fichtre , baste ,par la malepeste ,  sapristi , nous gagnâmes à longues enjambées l’abri de la véranda tandis que la brave Amélie essayait de sauver du désastre nappes et coussins soumis  à un bombardement intensif . Brusquement , tandis que nous la regardions aller et venir en protégeant le haut de son chignon du revers de sa main , l’horizon , la mer , les champs disparurent à notre vision , happés par un déluge blanchâtre . Amélie frappée par le flot , s’effondra à quelques mètres du havre . Rapidement le liquide la recouvrit . Elle essaya de se relever , mais le poids de ses vêtements imprégnés et le sol  glissant rendirent ses efforts inutiles . Il suffit d’un regard échangé avec Enguerrand ,  pour nous décider à porter secours à la malheureuse . A l’instant où j’ouvrais la porte de la véranda , nous livrant ainsi à la furie de la cataracte , mon ami me retint par le bras et me fit signe de me dévêtir . Lui-même me donna l’exemple . Un instant dubitatif , je compris qu’il s’agissait d’augmenter nos chances de survie en laissant la « chose » s’écouler librement sur notre peau . Ce fut donc intégralement nus que nous nous élançâmes au secours de la fidèle servante dont le corps inerte commençait à être entraîné par le flux laiteux . Comment expliquer la sensation qui nous surprit en quittant notre abri ? Le bruit d’abord , rien à voir avec le claquement sec de la pluie , non plutôt un chuintement produit par la progression de milliards de vers à soie .   Le contact ? Tiède , épaisse , gluante, pesante et légère à la fois , la substance envahit instantanément chacun de nos orifices . Pour éviter de mourir étouffés nous dûmes avancer la tête baissée , entourant nez et bouches de nos mains . Après quelques pas, nous fumes aveuglés par les émanations méphitiques de la chose. Nous comprimes alors qu’il ne s’agissait plus de porter secours à Amélie mais de lutter pour sauver notre peau . Nous cramponnant l’un à l’autre pour ne point nous perdre , nous trébuchions , glissions, nous relevions pour retomber aussitôt . Aveugle , c’est en tâtonnant que je me dirigeais , essayant de tirer de mon cerveau engourdi par les vapeurs ammoniaquées , les renseignements indispensables à mon orientation . La pelouse , non c’est plus à droite , le gravier , l’allée oui suivre l’allée , une marche , une autre , courage Engue nous arrivons , la porte …. A l’instant de saisir la poignée , mon ami commit l’erreur de vouloir se redresser et glissa m’entraînant dans sa chute au bas des escalier qui je parcourus à plat ventre sur les ….enfin vous savez bien….En arrivant au bas des marches , je fus entièrement submergé dans la chose . Je me débattis et ce faisant butai sur une masse inerte, un visage à la bouche ouverte,  un bras tendu .  Je pensai un court instant avoir découvert Amélie , mais je reconnus au toucher le corps d’un homme . Les ouvriers ! Ils avaient du glisser du toit ! J’ouvris la bouche pour hurler et la chose se précipita en moi . J’en ingurgitai , me sembla-t-il , des litres. Je sentis une poigne robuste me saisir par les cheveux que j’ai toujours , Dieu merci, portés forts longs , et me traîner sur la pierre rugueuse jusqu’à l’huis salvateur . Nous nous effondrâmes sur le plancher de la véranda en toussant , vomissant,  râlant . Lorsque nous eûmes repris un semblant de souffle , Enguerrand éclata d’un rire nerveux semblable au bruit que ferait le démarreur d’une voiture en panne de batterie.

-         Putain c’est quoi cette merde ?

- Engue,  mon Dieu, quel langage !!!

-         Ton Dieu il est parti en vacances en oubliant de fermer le gaz ! Et puis appelle-moi Gégé et tutoie moi . Ca fait vingt ans que je supporte tes subjonctifs imparfaits et tes costards à la con !

Dans la semi-pénombre de ma cécité , je le vis ramper vers moi et m’asséner une claque sonore sur les fesses.

-         Crénom ,  le beau cul !

-         Du calme , voyons !Vos mots dépassent votre pensée…..Non mais….bordel quoi…Gégé ! Et puis cette pauvre Amélie…

A ces mots le rire de l’autre redoubla .

-         Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a d’amusant…. !!!

-         C’est affreux ….mais avoue que pour une vieille fille, mourir noyée dans un océan de sperme , ça ne manque pas de sel !

J’eus beau faire des efforts héroïques , un infâme ricanement monta en moi . Je le sentis glisser le long de mes cordes vocales , se frayer un chemin dans ma bouche et finir par forcer le passage entre mes lèvres .

 

 

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07 octobre 2004

Le survivant

Ouvrir un œil , puis un autre , faire bouger mes doigts arthritiques , écouter les craquements dans les articulations de mes genoux , de mes bras, et respirer , oh  oui, inspirer profondément pour insuffler un reste d’oxygène dans ce vieux corps décrépi ! Petit à petit je me persuade que je suis encore en vie , que ce cauchemar sans fin qu’est mon existence a une fois de plus échappé au néant de l’au-delà qui m’eût arraché à celui d’ici-bas . Moi Arnaud de Fontsec , seigneur sans terres , maître d’une demeure sans  habitants , rescapé de la grande catastrophe, privé de descendance , témoin inutile de la fin des temps , je vais pouvoir écrire une page de plus dans mon grand livre des lamentations . Mes pas me portent au salon où des fantômes de meubles me renvoient aux ombres des vivants qui autrefois peuplaient cet endroit. J’ouvre une fenêtre et là où ,il y a quarante ans, s’étendait une mer dont la surface était parcourue du long souffle de la houle , mon regard ne rencontre qu’une étendue désertique d’un gris souffreteux  dont l’odeur ammoniaquée s’est à ce point affirmée que j’ai fini par ne plus la percevoir . Sur la droite , la ville , ma ville, fondée par mon ancêtre Eudes et qui vit passer croisés , sarrasins et prussiens . Aujourd’hui un grand corps vide où le mouvement s’est figé, étouffé voilà des lustres par le grand débordement. Vie voleuse de vies , semence tueuse de récoltes, engrais aux émanations mortelles, honni soi qui mal y pense , mais sans cesse j’y penserai et toujours je te honnirai tant que ma grande carcasse inutile pourra se nourrir de cet insupportable carnage !

Ce jour-là , il n’y eut aucun signe précurseur , annonciateur du grand désastre . Mes yeux indifférents voyaient le ciel , les nuages , les champs , la mer , l’eau du fleuve , les fleurs de mon jardin et ne surent point me dire que c’était la dernière fois . J’étais sur la terrasse et je devisais avec Enguerrand de Maupercé . Nous parlions de nos usines , de nos chevaux , des récoltes à venir , de nos enfants et peut-être bien de nos femmes sacrifiées dix ans plus tôt à notre indifférence sur l’autel de la lignée . Il faisait chaud , très chaud , mais après tout nous étions au mois de juillet . En ce début d’après-midi les nuages avaient disparu et le ciel était …maintenant que j’y pense je me sens incapable de dire quelle était la couleur du ciel . Aucune ? Peut-être , tout en sachant que cela correspond plus à un état d’esprit qu’à une réalité . Nos épouses respectives étaient parties dans quelqu’ île lointaine , accompagnées de nos enfants tous reconnus et pourtant inconnus , exilés le reste de l’année dans ces écoles dirigées par les hommes d’un Dieu auquel ni Enguerrand ni moi ne croyions . Nous étions silencieux depuis un instant , bercés dans notre torpeur post digestive par les martèlements des couvreurs remplaçant sur le toit de ma vieille demeure quelques ardoises endommagées par un récent coup de vent . Je remarquai brusquement une tâche blanchâtre sur le visage de mon ami . La substance visqueuse coula le long de son nez et vint s’étaler sur le menton . Je pensai en scrutant le ciel vide, encore ces maudits pigeons . Confus , je lui tendis mon mouchoir . Il sourit de bonne grâce , mais non mon cher cela porte chance… A peine se fut-il débarrassé de la déjection disgracieuse, qu’une autre déjà maculait son front . Cette fois-ci , il y porta avec vivacité la main puis la retira en la flairant de son long nez à la courbure aristocratique . Il me regarda en fronçant ses sourcils touffus , hésita , puis faisant sortir une langue étonnamment rose entre ses dents blanches , testa l’étrange liquide . Je me levai en protestant.

-         Engue , voyons , vous n’y pensez pas , c’est de la ….merde !

Je soufflai ce dernier mot plus que je ne le prononçai , soucieux de ne point m’encanailler outre mesure…. Postée à un jet d’oreille, la vieille Amélie nous observait et sa longue expérience ancillaire lui faisait craindre ou espérer un scandale en gestation . Si j’avais pu prévoir ! Mon ami émit un rire où je crus discerner un soupçon de lubricité.

- Mon pauvre Nono , si vous voulez mon avis , c’est du foutre et du meilleur ! (à suivre)

 

 

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06 octobre 2004

Le credo du blogueur

En lisant le Time Magazine de la semaine dernière , je suis tombé en arrêt devant un article de Andrew Sullivan intitulé « a Blogger’s creed » .Il y rappelle la naissance d’un nouveau moyen d’expression capable de concurrencer les médias existant et y relate son expérience de blogueur . Sur son blog , AndrewSullivan.com , il attire TOUS LES JOURS environ 100.000 visiteurs soit l’équivalent d’un quotidien à moyen tirage . Ce chiffre est en lui-même impressionnant mais ce qui l’est encore plus c’est la modestie des moyens mis en œuvres : un ordinateur et une connexion à internet ! Comparé au capitaux immobilisés dans les médias classiques , son blog non seulement ne lui  coûte rien , mais lui assure , de son propre aveu , une petite rémunération .  Ces chiffres me laissent rêveur . Bien sur tout cela se passe aux States où tout est toujours  tellement plus… , mais quand même…

Et puis le blog est devenu pour la première fois un acteur de la campagne présidentielle .Le président Bush pourrait être réélu parce que les républicains ont , mieux que les démocrates, su tirer parti de ce moyen de communication . Dernier avatar pour John Kerry , l’affaire des   « documents douteux » diffusés lors de l’émission 60 minutes par Dan Rather sur CBS . Ce sont des blogueurs qui ont sonné l’alarme non pas sur le contenu mais sur la technique d’impression utilisée pour produire ce rapport vieux de trente ans . Le type de machine utilisé pour le taper n’existait tout simplement pas à l’époque. Le contenu de ce document n’a rien d’exceptionnel.  Il révèle que Georges Bush junior a bénéficié d’appuis pour être incorporé dans la garde nationale en pleine guerre du Vietnam et a fait ensuite preuve de désinvolture dans l’exercice de ses fonctions . Rien que nous ne sachions déjà , oui mais voilà le document semble être un faux ! Je dis semble car les révélations faites sont tellement évidentes que tout le monde se demande pourquoi quelqu’un se serait donné la peine de faire un faux pour dire des choses aussi vraies .Décidément ce Bush est un veinard . La dernière fois il avait été élu parce qu’en Floride 400 électeurs avaient coché la mauvaise case en face du bon nom ou la bonne case en face du mauvais nom et cette fois il va certainement l’être parce que la vérité aura été imprimée sur un faux document . Ceci dit , je n’aimerais pas être américain : choisir entre un candidat qui sait où il va et qui y va même si c’est dans le mur et un candidat qui sait où il va mais qui n’y va pas…. ou seulement les jours pairs…..ou s’il y a du soleil et que la lune brille en même temps…

Nous les français nous avons de la chance . A chaque élection présidentielle ce sont toujours les mêmes qu’on retrouve , un peu plus gris , un peu plus tassés , un peu plus incohérents , mais bon , on arrive quand même à les reconnaître . On ne les écoute plus bien sur…depuis longtemps déjà , mais tout de même c’est rassurant , une réunion de famille durant laquelle surgissent ces figurants familiers que sont oncles , tantes et cousins éloignés ! Un film peut-être un jour : Arlette , Jacques , Jean-Marie et les autres !

 

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