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08 octobre 2004

Le grand débordement

Interloqué et choqué par ces considérations gustatives , je fis à mon ami une grimace qui se voulut sourire mais bientôt se transforma en rictus d’horreur . Je venais à mon tour d’être atteint par un visqueux projectile sur le bout du nez . L’espace d’un instant il hésita puis de manière insidieuse se fraya un chemin dans ma bouche que l’étonnement avait maintenue ouverte . Je m’efforçai de cracher , mais le manque de pratique dans cet art fit que la substance gélatineuse resta figée sur le rebord de ma lèvre inférieure , tandis que, impitoyablement, un long filament s’allongeait jusqu’à terre ! Je fis des efforts aussi désespérés que ridicules pour me débarrasser de l’immonde magma . Moi aussi , au passage , j’avais reconnu l’inimitable goût du liquide séminal .Comment ? Mais , mais ….par ouie dire ,  le bouche à oreille , de manière impromptue , volens , nolens ! Vous croyez que… Grand Dieu , non ! Jamais !…… Ou alors il y a bien longtemps et en quantité infime !

Engue , me rendit mon mouchoir.

-         Ah , vous voyez ! Avez-vous une hypothèse pour expliquer la présence de ce curieux fluide ?

Pris d’une inspiration subite , nous levâmes nos yeux d’un même mouvement vers les toits du château ,  espérant surprendre l’un des ouvriers secoué par les derniers spasmes d’un onanisme aérien . Mais eux aussi semblaient plongés dans la consternation la plus absolue et, essuyant leurs visages, cherchaient dans le ciel une réponse à ce curieux phénomène . Les émissions se faisaient à présent plus fréquentes et plus abondantes . En lançant des fichtre , baste ,par la malepeste ,  sapristi , nous gagnâmes à longues enjambées l’abri de la véranda tandis que la brave Amélie essayait de sauver du désastre nappes et coussins soumis  à un bombardement intensif . Brusquement , tandis que nous la regardions aller et venir en protégeant le haut de son chignon du revers de sa main , l’horizon , la mer , les champs disparurent à notre vision , happés par un déluge blanchâtre . Amélie frappée par le flot , s’effondra à quelques mètres du havre . Rapidement le liquide la recouvrit . Elle essaya de se relever , mais le poids de ses vêtements imprégnés et le sol  glissant rendirent ses efforts inutiles . Il suffit d’un regard échangé avec Enguerrand ,  pour nous décider à porter secours à la malheureuse . A l’instant où j’ouvrais la porte de la véranda , nous livrant ainsi à la furie de la cataracte , mon ami me retint par le bras et me fit signe de me dévêtir . Lui-même me donna l’exemple . Un instant dubitatif , je compris qu’il s’agissait d’augmenter nos chances de survie en laissant la « chose » s’écouler librement sur notre peau . Ce fut donc intégralement nus que nous nous élançâmes au secours de la fidèle servante dont le corps inerte commençait à être entraîné par le flux laiteux . Comment expliquer la sensation qui nous surprit en quittant notre abri ? Le bruit d’abord , rien à voir avec le claquement sec de la pluie , non plutôt un chuintement produit par la progression de milliards de vers à soie .   Le contact ? Tiède , épaisse , gluante, pesante et légère à la fois , la substance envahit instantanément chacun de nos orifices . Pour éviter de mourir étouffés nous dûmes avancer la tête baissée , entourant nez et bouches de nos mains . Après quelques pas, nous fumes aveuglés par les émanations méphitiques de la chose. Nous comprimes alors qu’il ne s’agissait plus de porter secours à Amélie mais de lutter pour sauver notre peau . Nous cramponnant l’un à l’autre pour ne point nous perdre , nous trébuchions , glissions, nous relevions pour retomber aussitôt . Aveugle , c’est en tâtonnant que je me dirigeais , essayant de tirer de mon cerveau engourdi par les vapeurs ammoniaquées , les renseignements indispensables à mon orientation . La pelouse , non c’est plus à droite , le gravier , l’allée oui suivre l’allée , une marche , une autre , courage Engue nous arrivons , la porte …. A l’instant de saisir la poignée , mon ami commit l’erreur de vouloir se redresser et glissa m’entraînant dans sa chute au bas des escalier qui je parcourus à plat ventre sur les ….enfin vous savez bien….En arrivant au bas des marches , je fus entièrement submergé dans la chose . Je me débattis et ce faisant butai sur une masse inerte, un visage à la bouche ouverte,  un bras tendu .  Je pensai un court instant avoir découvert Amélie , mais je reconnus au toucher le corps d’un homme . Les ouvriers ! Ils avaient du glisser du toit ! J’ouvris la bouche pour hurler et la chose se précipita en moi . J’en ingurgitai , me sembla-t-il , des litres. Je sentis une poigne robuste me saisir par les cheveux que j’ai toujours , Dieu merci, portés forts longs , et me traîner sur la pierre rugueuse jusqu’à l’huis salvateur . Nous nous effondrâmes sur le plancher de la véranda en toussant , vomissant,  râlant . Lorsque nous eûmes repris un semblant de souffle , Enguerrand éclata d’un rire nerveux semblable au bruit que ferait le démarreur d’une voiture en panne de batterie.

-         Putain c’est quoi cette merde ?

- Engue,  mon Dieu, quel langage !!!

-         Ton Dieu il est parti en vacances en oubliant de fermer le gaz ! Et puis appelle-moi Gégé et tutoie moi . Ca fait vingt ans que je supporte tes subjonctifs imparfaits et tes costards à la con !

Dans la semi-pénombre de ma cécité , je le vis ramper vers moi et m’asséner une claque sonore sur les fesses.

-         Crénom ,  le beau cul !

-         Du calme , voyons !Vos mots dépassent votre pensée…..Non mais….bordel quoi…Gégé ! Et puis cette pauvre Amélie…

A ces mots le rire de l’autre redoubla .

-         Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a d’amusant…. !!!

-         C’est affreux ….mais avoue que pour une vieille fille, mourir noyée dans un océan de sperme , ça ne manque pas de sel !

J’eus beau faire des efforts héroïques , un infâme ricanement monta en moi . Je le sentis glisser le long de mes cordes vocales , se frayer un chemin dans ma bouche et finir par forcer le passage entre mes lèvres .

 

 

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