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07 octobre 2004

Le survivant

Ouvrir un œil , puis un autre , faire bouger mes doigts arthritiques , écouter les craquements dans les articulations de mes genoux , de mes bras, et respirer , oh  oui, inspirer profondément pour insuffler un reste d’oxygène dans ce vieux corps décrépi ! Petit à petit je me persuade que je suis encore en vie , que ce cauchemar sans fin qu’est mon existence a une fois de plus échappé au néant de l’au-delà qui m’eût arraché à celui d’ici-bas . Moi Arnaud de Fontsec , seigneur sans terres , maître d’une demeure sans  habitants , rescapé de la grande catastrophe, privé de descendance , témoin inutile de la fin des temps , je vais pouvoir écrire une page de plus dans mon grand livre des lamentations . Mes pas me portent au salon où des fantômes de meubles me renvoient aux ombres des vivants qui autrefois peuplaient cet endroit. J’ouvre une fenêtre et là où ,il y a quarante ans, s’étendait une mer dont la surface était parcourue du long souffle de la houle , mon regard ne rencontre qu’une étendue désertique d’un gris souffreteux  dont l’odeur ammoniaquée s’est à ce point affirmée que j’ai fini par ne plus la percevoir . Sur la droite , la ville , ma ville, fondée par mon ancêtre Eudes et qui vit passer croisés , sarrasins et prussiens . Aujourd’hui un grand corps vide où le mouvement s’est figé, étouffé voilà des lustres par le grand débordement. Vie voleuse de vies , semence tueuse de récoltes, engrais aux émanations mortelles, honni soi qui mal y pense , mais sans cesse j’y penserai et toujours je te honnirai tant que ma grande carcasse inutile pourra se nourrir de cet insupportable carnage !

Ce jour-là , il n’y eut aucun signe précurseur , annonciateur du grand désastre . Mes yeux indifférents voyaient le ciel , les nuages , les champs , la mer , l’eau du fleuve , les fleurs de mon jardin et ne surent point me dire que c’était la dernière fois . J’étais sur la terrasse et je devisais avec Enguerrand de Maupercé . Nous parlions de nos usines , de nos chevaux , des récoltes à venir , de nos enfants et peut-être bien de nos femmes sacrifiées dix ans plus tôt à notre indifférence sur l’autel de la lignée . Il faisait chaud , très chaud , mais après tout nous étions au mois de juillet . En ce début d’après-midi les nuages avaient disparu et le ciel était …maintenant que j’y pense je me sens incapable de dire quelle était la couleur du ciel . Aucune ? Peut-être , tout en sachant que cela correspond plus à un état d’esprit qu’à une réalité . Nos épouses respectives étaient parties dans quelqu’ île lointaine , accompagnées de nos enfants tous reconnus et pourtant inconnus , exilés le reste de l’année dans ces écoles dirigées par les hommes d’un Dieu auquel ni Enguerrand ni moi ne croyions . Nous étions silencieux depuis un instant , bercés dans notre torpeur post digestive par les martèlements des couvreurs remplaçant sur le toit de ma vieille demeure quelques ardoises endommagées par un récent coup de vent . Je remarquai brusquement une tâche blanchâtre sur le visage de mon ami . La substance visqueuse coula le long de son nez et vint s’étaler sur le menton . Je pensai en scrutant le ciel vide, encore ces maudits pigeons . Confus , je lui tendis mon mouchoir . Il sourit de bonne grâce , mais non mon cher cela porte chance… A peine se fut-il débarrassé de la déjection disgracieuse, qu’une autre déjà maculait son front . Cette fois-ci , il y porta avec vivacité la main puis la retira en la flairant de son long nez à la courbure aristocratique . Il me regarda en fronçant ses sourcils touffus , hésita , puis faisant sortir une langue étonnamment rose entre ses dents blanches , testa l’étrange liquide . Je me levai en protestant.

-         Engue , voyons , vous n’y pensez pas , c’est de la ….merde !

Je soufflai ce dernier mot plus que je ne le prononçai , soucieux de ne point m’encanailler outre mesure…. Postée à un jet d’oreille, la vieille Amélie nous observait et sa longue expérience ancillaire lui faisait craindre ou espérer un scandale en gestation . Si j’avais pu prévoir ! Mon ami émit un rire où je crus discerner un soupçon de lubricité.

- Mon pauvre Nono , si vous voulez mon avis , c’est du foutre et du meilleur ! (à suivre)

 

 

Commentaires

Je suis désolée, je n'arrive pas à faire passer mon texte de word sur hautetfort, je ne suis pas douée pour toutes ces astuces ! Mais je vais tout faire pour y arriver, ce bébé blog m'est déjà devenu indispensable : besoin, non, plus : pulsion d'écrire, "publiquement", c'est autre chose que tous ces petits carnets remplis depuis ... 50 ans ? avec tant d'abréviations et de codes personnels que je ne peux parfois même plus me relire ! Le blog exige plus de rigueur, on ne s'étale plus, on ne parle pas de ses douleurs ou de ses maladies, peut-être est-on là pour lire d'abord les autres ?

Essai via le commentaire, ça semble marcher, mais ce n'est pas la solution, je ne veux pas submerger Manutara !

Écrit par : Maola | 07 octobre 2004

En fait c'est très simple . Vous rédigez votre texte sur Word , vous sauvegardez, vous surlignez ce que vous voulez publier et en cliquant sur le bouton de droite de la souris vous selectionnez couper.Votre texte va disparaitre , pas de panique .Vous REDUISEZ la page , surtout ne pas la fermer! . Ensuite vous allez dans hautetfort, nouveau billet, et sur l'espace réservé au texte vous cliquez une nouvelle fois sur le bouton de droite et selectionnez coller . Votre texte apparaitra . Il ne reste plus qu'à poster!N'oubliez pas de rétablir le texte sur Word en cliquant sur la flèche de rétablissement ,en haut, sur la barre d'outils!NORMALEMENT ça devrait fonctionner!

Écrit par : Manutara | 07 octobre 2004

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