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25 septembre 2004

Moi, Emiliano Justino Villanueva Borquez

Le 16 aout 1989

 

 

Ca y est , le grand rouquin aux yeux verts est mort . Cramé , atomisé….reste plus rien de rien . Un malheur ! Pas pour moi remarquez ! Jamais pu le supporter ! On vous a fait croire que c’est lui qui m’a convaincu de m’engager dans cette histoire de mocosos locos . Excusez-moi,  faut que je crache….Non c’est pour l’autre , le patroncito que j’ai repris du service ! D’abord y parle l’espagnol comme un chrétien et ensuite il est fait comme nous , râblé et brun .Pis c’est lui qui risquait ses cojones dans cette histoire . Le Clayton , juste un pique-assiette , vu ça tout de suite . Buegnos diès Imiliano . Tout ce qu’il savait ânonner . Sale con , j’espère qu’il a souffert ! Je pisse sur ses cendres ! Et je vais à l’église tous les dimanches avec la senora et les chicos !…..Enfin presque ! Blasphème ? Moi je blasphème ? Qui m’a proposé dans sa langue de merde de voler le patroncito alors qu’il était à la capitale . On aurait mis un peu d’or à gauche tous les jours . Facile pour moi ! Les deux gringos sont incapables de faire la différence entre une pépite et un tas de merde ! Mais moi , Emiliano JustinoVillanueva Borquez , je ne suis pas un voleur . Ah bien sur , si l’autre m’avait proposé de tuer le patron à son retour de San José et de se partager la concession ensuite , là je ne dis pas….Mais voler , non ! C’est petit , mesquin . Un truc de gringo ! Enfin ,  c’est l’autre grand couillon qui a les tripes à l’air , là-bas , quelque part dans la sierra . Pas de survivants qu’ils ont dit sur Radio Tico. On était à la concession en train de prendre le frais avec le patroncito quand ils ont interrompu ma radionovela favorite « Las faldas de la tia Julia » . « Nous annonçons la disparition du vol de la LACSA entre Golfito et San José .Les communications ont été interrompues entre la tour et le DC3 à 1530 , heure locale. Selon toute probabilité il s’est écrasé dans la cordillère. Les espoirs de retrouver des survivants sont hélas , très faibles ! » Moi j’ai tout de suite pensé à l’or que l’autre emportait . Vingt kilos ! La production de deux mois ! Mais le patron il s’en foutait de l’or ! Il s’est mis à chialer comme un gamin et puis il est parti en courrant dans la forêt . Madre de Dios ! J’ai du cavaler après lui en pleine nuit ! A mon âge ! C’est pas vrai qu’il répétait ! Et moi , putain vingt kilos !Il a fallu partir et tout laisser en plan ! Comme si ça pouvait changer quelque chose ! Mais non , l’autre voulait organiser une expédition . On a débarqué à l’Impérial vers trois heures du matin . Quel raffut il a fait le petit ! Quel scandale ! Les putes sur le palier , les clients qui râlaient , Heidi qui a du rouvrir le bar pour calmer tout le monde . On a fait boire le patroncito, du rhum avec du citron . Il a fini par s’endormir . Ce sont les putes qui l’ont couché .Mais le lendemain c’était reparti . Il s’est démené dans tous les sens . Donnez-moi un hélicoptère , une voiture , un cheval …et puis tant pis je partirai à pieds.  Faisait peine à voir !Et puis y a eu les images à la télévision . Prises d’hélicoptère . Des débris calcinés partout . Des corps déchiquetés répandus sur plusieurs centaines de mètres au milieu des rochers . Même cette tête de mule a bien du reconnaître que personne n’avait pu survivre après un pareil choc . Il s’est laissé tomber sur une chaise et m’a dit , tu sais ce pilote c’était un dieu , si l’avion s’est crashé c’est sûrement la mécanique qui a lâché , mais je suis sur que jusqu’au bout il a du lutter . C’est vrai que c’est rageant . Ils étaient à dix minutes de l’aéroport . Mais c’est la vie que je lui ai dit . Certains meurent d’autre continuent à vivre . Il a fait oui de la tête et plus personne ne l’a entendu proférer un son pendant deux mois .Il est retourné vivre sur son voilier . C’est l’indien , Ernesto , qui s’est occupé du patron ensuite . Comme lui non plus je ne l’ai jamais entendu articuler un son , tu parles si c’était gai !Les corps des victimes ont été enterrés sur place par l’équipe des secouristes . Impossible de les identifier . Z’ont fait une jolie stèle avec tous leurs noms .

Et la concession ? Il en avait plus rien à foutre ! Caramba , j’ai des gosses à nourrir ! Et puis les pluies se sont mises à tomber . De toutes façons , on ne pouvait plus rien faire. J’ai mis de l’ordre là-bas et si Dieu veut quand le patroncito ira mieux….

 

 

Le 09 aout 2004 

 

 

Quinze ans déjà ! Ce  soir en revenant de l’Imperial Club , je suis tombé sur ces notes prises il y a  si longtemps . J’étais pauvre alors . Aujourd’hui , je suis riche . Partout on m’appelle Don Emiliano . Riche et vieux ! Mes doigts rongés par les rhumatismes m’obéissent avec peine tandis que j’écris ces mots .

 Je ferme les yeux et je le revois sur le pont de son bateau . Il était maigre et beau comme une toile du Gréco ( j’ai eu l’occasion de voyager et de me cultiver) . Il m’a tendu les papiers de la concession et m’a dit , elle est à toi , sois heureux !Je l’ai regardé , puis j’ai crié , juré , supplié,  insulté ….mais je lisais dans ses yeux qu’il était déjà parti . Où ? Vas savoir ! Alors j’ai fini par accepter , parce qu’il y a des offres qu’on ne peut refuser et ce sont sans doute celles qui nous blessent le plus ! On s’est serré la main et ce fut la dernière fois que je le vis . Un matin « l’île de feu » avait disparu . J’ai entendu parler de lui et de son indien par des pêcheurs de requins . Le patroncito avait mouillé son voilier à l’île Coco à mi-chemin du Costa Rica et des Galápagos . Ce qu’il fichait là-bas ? Mystère ! Depuis plus rien. Moi , vous l’avez deviné , j’ai continué à tirer de l’or de cette maudite rivière . Des montagnes d’or ! Bordel ! Ah , ça fait du bien de jurer . Devant la senora , je n’ose plus . Il paraît que nous sommes des gens bien maintenant !

 J’avais fini par les oublier tous les deux lorsque ce soir je suis tombé sur un journal vieux d’une semaine , sans doute laissé là par un touriste suisse . C’est que l’Imperial a été totalement reconstruit . C’est devenu un hôtel quatre étoiles maintenant ! C’est là que nous , les richards , avons fondé un club où nous nous réunissons tous les mois pour nous ennuyer entre nous . En première page , le Clayton et le jeune patron , réunis une dernière fois .

 

 

Commentaires

Je me suis souvent moqué de Manutara, mais je dois reconnaître qu'il ou elle se fend vraiment pour ses textes. Que l'on aime ou pas, il y a un travail sérieux et c'est rare ici.

En fait c'est vraiment le feuilleton populaire de Hautetfort.

"Il paraît que nous sommes des gens bien maintenant"

est-il dit dans cet épidode palpitationeux, je crois que c'est vrai depuis longtemps pour Manutara, malgré mes sarcasmes qui se sont dilués ! Caramba !

Écrit par : Whanna | 25 septembre 2004

Merci!Je suppose que demain les lazzis et les quolibets vont à nouveau pleuvoir . Pas grave! J'ai le cuir tanné . De l'avantage de n'avoir aucune ambition!Par ailleurs comme vous êtes probablement le dernier a encore lire cette page , il faut bien que vous y trouviez quelques compensations!Et puis je préfère que vous vous en preniez à moi plutôt qu'à quelque damoiselle éplorée!

Manutara est définitivement un IL!

Écrit par : Manutara | 26 septembre 2004

Manutara,

Pas du tout.

J’avoue avoir exagéré lorsque je vous ai chambré.

Maintenant j’ai pris conscience que vous y mettiez beaucoup d’énergie.

Je vous promets de ne plus recommencer dans votre espace

dans le sarcasme ou l’ironie.

Cordialement,

Écrit par : Whanna | 26 septembre 2004

Ce n'est pas parce qu'on n'écrit pas qu'on ne lit pas !

Whanna pour une fois a raison : J'attends chaque nouvel épisode

Écrit par : tiotte | 26 septembre 2004

Whanna , je n'ai rien contre la critique:"sans liberté de blâmer , il n'est point d'éloge flatteur"

Merci Tiotte pour ton assiduité!

Deux lecteurs! Bigre , les affaires reprennent!

Écrit par : Manutara | 26 septembre 2004

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