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30 août 2004

Extrait du journal d'un imbécile

Voilà cela devait se terminer ainsi . Je suis là derrière ce bureau , une lampe puissante braquée sur mon visage d’abruti . Et toutes ces personnes autour de moi qui m’interrogent et me bousculent et sans cesse me répètent les mêmes questions . Ils font semblant d’être amicaux mais je sens bien que je leur fais peur , que je les dégoutte . Maman le savait , qui me répétait sans cesse , mais quel imbécile , tu finiras mal !

Une mère ça sent ce genre de chose … des années à l’avance . Pourtant mes parents étaient de braves gens , sans ambitions , sans problèmes , ni riches ni pauvres , ni beaux ni laids , quoiqu’à la réflexion ils étaient plutôt moches . Mais dans la norme ! Rien d’exceptionnel en fait de laideur. Moi oui ,  j’ai été hideux depuis le jour de ma naissance . Ma mère me disait souvent , tu ne peux pas être mon fils . C’est vrai qu’elle était juste affreuse . Papa lui ….tiens  , c’est drôle je ne me rappelle plus de sa tête . M’enfin c’est sur , il ne ressemblait sûrement pas à Alain Delon , sinon je m’en serais souvenu. De toute façon , ils sont morts tous les deux lorsque j’avais dix ans . L’autoroute à contre-sens….ça ne pardonne pas ! Un semi-remorque et….plus rien !  Les gendarmes ont dit à la tante Marthe qu’ils avaient du mourir, tués sur le coup. Moi , j’étais dans la pièce à côté et j’écoutais . Forcément , j’étais qu’un gosse alors j’ai compris qu’il s’étaient mis sur le cou pour pouvoir mourir plus tranquillement lorsque le camion leur passerait dessus ! Faut dire que j’étais déjà pas bien futé à l’époque . Après ça n’a fait qu’empirer . La tante Marthe et l’oncle Bernard m’ont recueilli parce qu’ils n’avaient pas d’enfant . Une chance pour moi que l’oncle ait été un éjaculateur précoce et la tante une lesbienne frigide , sinon j’étais bon pour l’assistance publique .Ca évidemment je l’ai compris plus-tard . Sur le moment je ne me suis pas posé de questions , après non plus remarquez ! Ils ont été très gentil avec moi . Ils m’ont d’abord expliqué que j’avais fait un bon dans l’échelle sociale… J’ai fait oui de la tête et je me suis vu bondir sur une échelle , fallait pas m’en demander plus . Depuis je sais que les bourgeois c’est comme les slips ,  il y a les small , les medium et les large …J’ai fait de l’anglais chez les curés . Mes parents étaient small et mon oncle et ma tante  medium . Lui trafiquait dans la chaussure et elle faisait dans le drap . Enfin quelque chose de ce genre . Ca rapportait bien . Il faut vous dire que je les ai pas tant connus que ça . Pendant l’année scolaire j’étais chez les curés et durant les vacances dans une ferme de montagne que l’oncle possédait ,  là-bas , à la frontière.   Les fermiers  s’occupaient de moi . Quand j’ai eu seize ans c’est surtout la Babette , la fermière , qui a pris les choses en main ! Enfin , je m’égare et mon style s’en ressent !

Ma scolarité s’est déroulée sans histoires . J’utilise ce terme sciemment pour dire qu’absolument rien ne se produisit durant cette période qui valût la peine d’être mentionné . Si…une chose quand même ! J’ai été confirmé dans mon statut d’imbécile . Vous savez celui qui répond toujours à côté en classe , celui qui marque contre son camp au foot , celui devant lequel les plats arrivent immanquablement vides au réfectoire , celui qui refuse de se dévêtir devant ses copains parce qu’il a honte de son corps , enfin celui qui se fait rosser la nuit dans l’obscurité du dortoir . A tout cela je n’opposais qu’un sourire idiot et un  haussement de mes épaules tombantes . Mais je ne fus pas malheureux . Comment aurais-je pu mal faire ce dont j’ignorais totalement l’existence ?

Puis cela a été l’université où j’arrivai je ne sais trop comment . Je sus me fondre dans l’anonymat de la masse estudiantine . Ma mémoire que je ne qualifierai pas d’éléphantesque , cet animal est , dit-on, fort intelligent , mais de prodigieuse , me permit de passer avec succès des examens dans des matières dont j’appréhendais le nom sans en saisir le sens . Après  quelques années je fus admis dans une école dont les initiales prononcées avec sérieux renvoient à une onomatopée enfantine  . Là pour la première fois de ma vie je me sentis à mon aise . Je fus littéralement immergé dans un océan d’imbécillité . Mes maîtres repérèrent séance tenante mon invraisemblable manque d’intelligence et aidé par mon physique chaotique , je sortis major de ma promotion . A partir de là ma chute dans l’abîme insondable de la stupidité s’est accélérée au point que sa simple évocation me donne le vertige aujourd’hui. Avec quelques compagnons nous constituâmes une bande qui acquit rapidement une notoriété déplorable . Nous oeuvrâmes d’abord dans de petits villages de campagne , où la naïveté de braves habitants nous servit de tremplin pour nous propulser dans des affaires douteuses à l’échelle du canton . Puis , se furent les villes , toutes les villes . Des avis de recherche affichés sur tous les espaces publicitaires. Et cet argent , tout cet argent , des valises entières lavées et blanchies au point d’en être usées ! Il fallait bien que tout cela se terminât mal . En plus d’être stupide je suis lâche et sans pudeur , ce soir, j’avoue que j’ai peur . Que me veulent tous ces gens ? Vont-ils me mettre en pièce ? Et ce grand escogriffe qui s’approche avec son sourire en coin ….leur chef sans doute…..méfiance, il a l’air intelligent et parait sur le point de me parler .

-         Monsieur le président , dans cinq minutes nous serons en direct .Etes-vous prêt à commenter le résultat des élections où faisons nous un dernier récapitulatif des questions que je vais vous poser ?

 

 

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