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28 août 2004

L'île du long sommeil II

Il traversa des mers aux couleurs étranges , franchit des cols entre des montagnes inexistantes,  marcha dans des déserts glacés , vécut dans des maisons aux murs secoués de gémissements et de sanglots , il parla à des ombres massives et surtout il  Le vit , Lui, le Maître , Celui qui irrésistiblement attire à lui et engloutit hommes et choses .Il ne fit que l’entrapercevoir , le subodorer , le frôler , le renifler , mais aucun doute n’était permis c’était bien là le grand Néant . S’il n’y plongea pas c’est que le révérend était jeune et de constitution robuste . La première chose qu’il vit en ouvrant ses yeux d’un bleu hanséatique , fut un gecko marchant avec agilité entre les feuilles entrelacées du toit . L’animal, réduction de saurien,  le regardait de ses petits globes sombres et mobiles. Un bref instant il se vit avec les yeux du lacertilien . Un visage émacié surmonté d’un toupet de cheveux blonds emmêlés , un corps blanc au côtes saillantes terminé par des jambes à la maigreur pathétique . Sa nudité ne le surprit ni ne le choqua . Il est des lieux d’où l’on revient changé . Il tourna là tête . Un couple enlacé dormait profondément à ses côtés . Il fut tenté de les réveiller mais l’extase , qu’ensemble, dans ce somme ils semblaient partager , le retint de commettre cet acte sacrilège . En chancelant il se leva , sortit de la demeure, gagna la plage où la faible houle venait mourir en d’inoffensifs rouleaux , et , irrésistiblement attiré par l’océan, il s’immergea avec délice dans l’eau tiède . Il y demeura longtemps , suffisamment pour voir surgir , des cases dispersées à l’ombre des cocotiers ,  l’un ou l’autre habitant de ce bourg étrange . Quelques jeunes gens à la constitution robuste vinrent le rejoindre . Comme ils s’approchaient de lui en arborant le sourire le plus sincère qu’il eût jamais vu , il leur tendit une main blanche que les rudes contingences matérielles du quotidien avait jusqu’ici épargnée . Ceux-ci ignorèrent l’élégant appendice et plongeant leurs mains dans l’onde limpide lui étreignirent les parties avec une simplicité désarmante , étouffant hic et nunc le cri qu’il s’apprêtait à pousser . Ayant été formé dans le rite réformé luthérien il ignorait tout de ces pratiques auxquelles ses confrères séminaristes catholiques s’adonnaient avec une fréquence suspecte dans l’obscurité complice d’austères cloîtres centenaires .Il craignit un moment être tombé au milieu de fornicateurs sodomites , mais le peu d’intérêt manifesté par les jeunes gens qui gagnèrent en nageant des pirogues amarrées à quelques encablures , le rassura . Il eut un autre sujet d’étonnement . Ce fut l’absence de paroles échangées , de cris , d’exclamations dont les habitants de ce vaste monde étaient si friands . Une contraction de son estomac lui rappela qu’il était affamé et lui fit oublier cet étrange détail . Il sortit de l’eau et chemina dans la direction d’une mince fumée délatrice ,entre l’épaisse canopée, d’une cuisson dont l’agréable fumet, prometteur de nourritures terrestres, s’immisça dans ses amples narines largement dilatées. Des jeunes filles s’activaient autour d’une cavité creusée dans la terre et en retiraient des quartiers de cochon cuits avec du poisson , des tarots et des urus sucrés . Elles lui firent signe de s’approcher et à peine fut-il arrivé à leur hauteur , le soumirent à la même étrange palpation que leur concitoyens mâles . Elles exigèrent, avec une véhémence frisant l’agressivité , le même traitement de sa part ce à quoi il se résolut en rougissant . Wilhelm , débarrassé par la maladie d’une partie de son vernis religieux était redevenu ce que , dans le fond , il avait toujours été , un jeune homme intelligent . Il songea que ce mode de salut en valait bien d’autres .Quand il se fut rassasié d’une nourriture dont la finesse ravit son palais habitué à la grossière pitance teutonne, une jeune fille le conduisit en silence vers une case construite à l’écart du village . Là, elle s’accroupit en l’enjoignant à faire de même . Ses beaux yeux le regardaient avec une loquacité muette pleine de non dits . Seraient-ils tous muets , songea-t-il ? Ils devisaient en silence depuis un moment lorsqu’un vieil homme au port altier  sortit sur la plate forme en tronc de cocotiers et lui ordonna du geste de venir le rejoindre . Ils échangèrent un viril salut pénien .

Il allait prendre la parole en un Hochdeutch teinté d’un fort accent hambourgeois , lorsque l’autre vrilla son regard dans le bleu de ses yeux et sans mot dire lui parla.

-         Mon nom est Tekao . Celui-qui parle . Alors écoute moi bien tête de nœud . J’aime pas me répéter , tiens elle est bien bonne celle-là , faudra que je la note ! Les règles sont simples ici ! On dort , on bouffe et on baise dans l’ordre d’importance décroissant ! Le travail juste ce qu’il faut , mais rien de plus , hein… Pas de grand travaux , de plan quinquennal , de perspective de développement ou de trucs débiles dans ce genre . On ne vend ni n’achète ici . Pas de Dieu donc pas d’argent donc pas de guerre …

Wilhelm fut sur le point de se récrier mais Tekao le foudroya du regard .

-         Si tu veux me parler , regarde-moi dans les yeux espèce de brêle . Je comprendrai ce que tu veux me dire !

Wilhelm respira profondément et composa mentalement un discours empreint de sagesse et de dignité.

-         Sacrément bien roulées les meufs ici , les mecs aussi d’ailleurs. Z’êtes bien monté vous aussi pour un vieux…… ! Ach mein Gott , je ne voulais pas songer à ça mon révérend ….enfin grosse bite …aber nein bitte schon ….Herr Tekao , je suis désolé , je ne sais plus que penser ! Mais vraiment personne ne parle ici ?

-         Mais si ! Tout le temps , sans faire de bruit ! Evidemment sont pas aussi doués que moi . C’est pour ça que je suis leur chef ….normal !  Tu apprendras avec le temps . Tu n’auras pas grand chose d’autre à faire . Ah , oui s’il te prenait l’idée de prêcher , c’est les fourmis rouges qui se chargeront de recueillir ton dernier soupir. Vite fait bien fait .Ein Hamburger , ein…. ! ….Décidément , je suis en forme aujourd’hui ! Va rejoindre tes petits  Kameraden maintenant . Trouve toi une fille …ou un garçon si tu préfères… ou le deux , m’en fous ,  et ne viens plus me casser mes vieilles roubignolles !Allez , allez …c’est l’heure de ma sieste .

Il fit un mouvement exaspéré du bras . Le révérend s’apprêtait à se retirer après le salut rituel . Mais l’autre garda un long moment ses génitaux dans sa main calleuse .

-         Un dernière chose , gamin . Ici , on ne réveille personne . Il y a une vieille légende . Pendant le sommeil , l’esprit s’en va vagabonder , vas savoir où . Si tu réveilles brutalement le dormeur , l’esprit n’a pas le temps de réintégrer son corps et du pauvre type on dira en se marrant ….mais avez-vous perdu l’esprit mon ami ?!!?…. Excellent …. ! je ne sais pas ce que j’ai aujourd’hui , mais c’est la méga pêche !…. La sanction pour un réveil intempestif…la mort évidemment…par privation de sommeil !

 

Le révérend sembla s’accoutumer avec facilité à cette nouvelle existence , car le reste de ses notes se perd dans un dédale d’expériences sexuelles reléguant les écrits du défunt Pasolini au rang de contes pour enfants .

Le lendemain après avoir récupéré le nouveau pataras , je cherchai dans l’annuaire téléphonique un abonné dont le patronyme correspondît à celui du missionnaire . Je n’en trouvai qu’un : Matthias Knoblauch . Pris d’une inspiration subite je composai le numéro . Une dame me répondit , m’informant que son mari était absent mais que je le trouverais à la salle des fêtes où il répétait avec son groupe . La ville était petite et j’arrivai quelques minutes plus-tard au lieu dit . Un vacarme effroyable résonnait à l’intérieur de la battisse hideuse faite d’acier et de béton . Je poussai la porte , instantanément assourdi par un chœur de fidèles hystériques braillant « Jésus is back , Jesus is black and maori… ! ». Au milieu du groupe , plus déchaîné que tous les autres réunis , Matthias hurlait «  I love Jesus , I love you , oh yes …so much ! »

 

Commentaires

Qu'est-ce qui se passe? POurquoi Whanna ne commente-t-il pas, aujourd'hui? On veut connaître la note de Manutara!!!

Écrit par : oliviermb | 28 août 2004

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