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25 août 2004

Schrecklich !

Ivan Salzwekala se réveilla au son de la radio du bord diffusée par un haut parleur dissimulé dans sa cabine . Il avait bien essayé de le découvrir afin de le faire taire d’une manière ou d’une autre mais n’y était pas parvenu . La chose lui dégoisait à présent le programme de la journée . Petit déjeuner sur l’upper deck , déjeuner champêtre au point de vue de matafenua . Transport et pique nique assurés par la compagnie Storch , Storch und Storch dont la flamme représentant une cigogne tenant dans son bec une amazone lubrique portant lunettes et chapeau de paille, flottait fièrement à la proue du navire , le « Holzkubel » , quatre mille tonneaux , cent vingt mètres de long , deux cent passagers , immatriculé à Bremerhaven . Ivan rejeta son mince drap et se laissa rouler sur le sol. Il rampa jusqu’à la salle de bain tandis que la radio diffusait un air teutoniquement entraînant où il était question d’une Liselotte lâchement abandonnée par un quelconque Manfred . Il s’aida de la baignoire pour se redresser en gémissant et soufflant . Un peu étourdi par l’effort il contempla sa silhouette dans la glace . Il était vraiment schrecklich , mais d’une Schrecknis absolue . Il souleva un de ses nombreux bourrelets ventraux sur une érection lilliputienne . Il fit quelques mouvements obscènes tout en maintenant son habit de graisse retroussé . Une petite grimace fit vibrer son quintuple menton . Ses yeux globuleux au blanc sale strié de veinules roulèrent de manière grotesque dans un marécage de  cernes noirâtres . Son petit nez arrondi , fayot grotesque , émit un torrent de morve verdâtre que sa bouche tordue à la lippe charnue engloutit avec délice . La laideur d’Ivan avait atteint un degré de perfection tel qu’il en ressentait une légitime fierté . Il adorait s’exhiber , déambuler , se pavaner , se trémousser devant une foule horrifiée . Mieux encore , il guettait dans les yeux de ses contemporains cette lueur dégouttée qui longtemps l’avait affecté . A présent , il la recherchait avec avidité , la quémandant presque ! Il laissa tremper toute sa tripaille lardée pendant environ une heure dans la baignoire en faux marbre . Puis il enfila un ample chemise et un costume de lin blanc adoptant instantanément l’aspect d’un jambon de parme déguisé en enfant de chœur . Il sortit de sa cabine , suivit le couloir et monta dans l’ascenseur que manœuvrait un jeune groom indonésien auquel il ne manquait jamais de mettre sa grosse main boudinée aux fesses . Le pauvre garçon en faisait des cauchemars pendant ses nuits charcutières remplies de coups de kriss. Quand il arriva au pont supérieur où se trouvait un restaurant ouvert au vent du large , il sentit avec satisfaction que ses glandes sudoripares étaient entrées en action , inondant tout sur leur passage . En voyant le buffet largement approvisionné en saucissons , jambons , pâtés , foies diversement atrophiés , chauds ou froids , secs ou baignant dans leur graisse , il émit un rire gras qui fit tressauter sa panse aux abdominaux dilapidés .Il procédait toujours ainsi . C’était pour lui une manière de se signaler à l’attention des passagers . Dans cet univers ludico concentrationnaire , il était le seul à disposer d’une table personnelle pour le déjeuner et le dîner . Mais le matin , les places n’étaient pas affectées , alors Ivan en profitait . Après avoir rempli une assiette de la taille d’une poêle , de beaucoup de tout , il fit un tour d’horizon de la salle remplie de convives à des stades divers d’ingestion .Il hésita entre la table des sœurs Smert , des héritières hongroises endettées et celle du colonel Hupert Humpf , retraité d’une armée qui n’avait sans doute jamais existé . Il porta finalement son choix sur Humpf. Il avait depuis le début de la croisière exercé une répulsion particulièrement forte chez ce grand sexagénaire taillé dans un casse-croûte de chômeur selon son expression , Arbeitslosbrotchen. Le colonel portait une attention suspecte à son demi  pamplemousse arrosé d’un très spartiate jus d’oignon . Quand il vit Ivan ,tel un dindon contrarié , son visage se coloria d’un mauve apoplectique . Ivan s’assit après avoir éructé un guten Tag Herr Schtrumpf . Le colonel ignora le lapsus et salua le nouveau venu d’un mouvement sec du menton . La discussion fut des plus évasives ,l’un ne parlant point l’anglais et l’autre pas l’allemand . Chaque fois que le gros homme engloutissait une charcuterie luisante de calories,  Humpf pensait à son cholestérol et lâchait un oh ! très victorien tandis que son vis-à vis lui répondait par un ach ! tout à fait octoberfestien .  A la fin du repas , la mise en marche de sa mécanique interne de transformation et la chaleur tropicale de cette île dont tous ignoraient jusqu’au nom , avaient complété leur œuvre de liquéfaction et Ivan du retourner à sa cabine pour se changer .

 Quand il débarqua sur le quai , il ne restait qu’un seul bus dans lequel il monta avec ce qu’il prit pour de la hâte mais qui ne s’avéra être que de la maladresse . Il trébucha sur les marches d’accès et s’affala au pied du chauffeur en lâchant dans le même temps un pet sonore et un Scheisse ! retentissant .Les dames s’éventèrent , les messieurs se récrièrent .

Après plusieurs heures d’un trajet éprouvant le bus loué par la compagnie de navigation arriva au superbe point de vue de Matafenua. Le temps était clair et l’île déroulait à leurs pieds gonflés ses forêts , ses cascades et ses prés . Au delà de la rambarde , installée par la municipalité à la demande de la compagnie , un vide d’environ cinq cent mètres se terminait sur une rivière au cours paisible . Une grande tente avait été installée afin que les convives pussent se restaurer à l’abri du soleil . Comme d’habitude les passagers évitèrent soigneusement Ivan qui fit son possible pour leur être désagréable .Alors qu’il sortait de la tente avec son assiette couverte de Wurste et de Knodel , il vit , appuyé à la rambarde, un couple dont la beauté le dérangea . Il en fut heureux . Cela faisait longtemps qu’il n’avait vu un homme et une femme aussi bien assortis . Il devina que cette qualité esthétique qui les unissait irait en se renforçant au fil du temps . Beaux à vingt ans , ils le seraient encore à soixante . En plus ils étaient charmants . Ils engagèrent avec lui et sans appréhension la conversation , se sentant immunisés contre sa vulgarité et hors d’atteinte de sa laideur . C’est la maladie que l’on craint , pas le malade . A un moment donné de la conversation , Ivan remit son assiette au jeune homme , ein Moment bitte , celui-ci s’en chargea bien volontiers , aber sicher, puis le gros homme avec une souplesse étonnante enjamba la balustrade et se jeta dans le vide.

 

Commentaires

Pas mal ce texte un peu kafkaïen. Une sorte d'entracte fellinien aussi. J'aime bien ce blog. Seule la phrase de BHL

me gêne... En tout cas, cette référence , cela plombe le blog, je pense. Tai heke..., pourriez-vous trouver un autre auteur à citer ? vous valez plus que cela.

Écrit par : Whanna | 26 août 2004

C'est bon de rire parfois...

Écrit par : oliviermb | 26 août 2004

Oui Olivier ça fait du bien!

Whanna , on ne se tutoie plus ? Ainsi vous n'aimez pas B.H.L.! Mais que vous a fait cette malheureuse Berthe Harsch Loch . Il est vrai qu'elle ne figure pas au panthéon des grands penseurs et qu'elle n'apparaît dans aucune bibliographie . Mais c'était une femme pleine de sagesse qui ,trompée de manière répétée par la vérité, avait décidé de se réfugier dans le mensonge!Ne faisons nous pas tous ainsi! Qu'est-ce qu'un pseudonyme sinon un enfant fait dans le dos de notre patronyme!

Des allergiques au mensonge ? Je ne vois pas... Ah si , juste un , il est en-dessous de vous et se marre bien!

Écrit par : Manutara | 26 août 2004

Et pan ! en plein sur mon bec ! Bravo Manutara ! Cependant.....

Voilà, ce que donne google :



Aucun document ne correspond aux termes de recherche spécifiés (Berthe Harch Loch).



Suggestions :

- Vérifiez l’orthographe des termes de recherche.

- Essayez d'autres mots.

- Utilisez des mots plus généraux.

- Spécifiez un moins grand nombre de mots.



Donc pitié ! pas de pub a notre BHV de bazar !

Cet écrivain, sauveur de l'humanité, qui trempe sa plume dans le caviar.



maintenant si la berthe aux petits pieds c'est votre héroïne : mettez son vrai nom en entier : il est magnifique. !



Écrit par : Whanna | 27 août 2004

Parlez-vous allemand mon cher Whanna?

Écrit par : Manutara | 27 août 2004

Les commentaires sont fermés.