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25 août 2004

La femme des sables

La femme des sables . Abé Kôbô

 

Page 172 .

 

 

« L’avalanche de sable avait beau être momentanément calmée , sur la falaise qui était du côté de la mer , sans cesse , plus ou moins , le sable continuait de couler et par instants –était-ce sous l’effet du vent- une gerbe de sable quittait la paroi , à l’image d’un morceau d’étoffe flottant dans l’air . »

 

 

Peut-on lire et écrire en même temps ? Peut-on s’ensabler dans le désert de la littérature , laisser ses grains formés de minuscules mots nous envahir les yeux la bouche , les oreilles et prétendre s’ouvrir son propre chemin . Mon ami le prisonnier , parle ou plutôt parlait , parce qu’il a décidé de se taire , de tous ces livres qu’il n’écrirait jamais . Il a , je le pense , mesuré l’énormité de la tâche et a préféré s’arrêter à l’ombre d’une dune et attendre que le sable le recouvrît complètement . Je crois que je vais faire comme lui ! Ne plus avoir à se demander , cette phrase aurai-je pu l’écrire et répondre non , cent fois non , ne plus vouloir parler , juste écouter . J’aime ce désert . Il est infini . A peine  pourrai-je en recueillir une parcelle au creux de ma main . Certains prédisent avec une jouissance évidente la fin du livre , ce dernier espace de liberté . On peut lire dans son bain , au sommet de l’Everest , en pleine mer , vite ou lentement , en état d’ébriété , seul ou accompagné ,avec ou sans électricité , sans permis et sans être surveillé !  Les naïfs ! On peut faire fondre la calotte glacière , détourner les cours d’eau , inonder , assécher , mais les déserts…non . Partout sur la terre ils progressent ! Dans la préhistoire , entendez avant l’écriture , régnait en tous lieux une végétation exubérante . On se comprenait à demi-grognement . Et puis ils sont arrivés , en ordre dispersé d’abord , juste des onomatopées , mais très vite se sont organisés . Isolés ,  ils se sont regroupés en phrases et ont tout envahi , les mots . Dociles , on peut leur faire dire ce qu’on veut , doux , durs , forts , petits ou gros ,  ils se sont transformés en pensées , les mots . Mais il leur manquait une place forte , d’où plus jamais on ne pourrait les expulser . Alors , ils ont découvert le livre,  les mots.  Il n’y eut alors plus aucune limite à leur prolifération . A peine croit-on avoir lu , qu’il faut se remettre à lire , encore et toujours . Un homme vit en moyenne trente mille jours , c’est peu vu sous cet angle. Les livres , des millions . Alors même  en lisant un ouvrage  par jour….Une poignée vous dis-je ! Alors pourquoi écrire ?

Ah , juste encore un mot ….et puis non , ils sont là qui m’attendent 

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