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16 août 2004

Le raerae

Il monta au premier étage du vieil immeuble sans rencontrer personne . Il voulut sonner , mais finalement jugea plus prudent de ne pas alerter les voisins . Il sortit sa carte de crédit de son porte-feuille et la glissa entre la porte et l’embrasure . Au deuxième essai il réussit à faire fonctionner  le système de fermeture.   Il  ouvrit puis repoussa le battant en silence et  gagna la chambre à coucher dont la porte avait été laissée ouverte . Les rideaux étaient tirés et les pales d’un ventilateur poussif tournaient au dessus du lit en chuintant . La vision d’une forme immobile sous les draps lui arracha un soupir de soulagement .   Il alluma la lumière . Serge dormait sur le ventre et seule la masse de ses cheveux noirs émergeaient de l’oreiller .Il le secoua doucement en lui murmurant à l’oreille.

-         C’est moi , n’ais pas peur !

Le garçon ne paraissait pas effrayé . Fatigué , oui . Il continuait à dormir en faisant entendre un léger bruit de gorge . La méduse  tira le drap . Le jeune homme était nu si l’on fait exception d’une fleur d’hibiscus tatouée sur chacune de ses fesses . Vu de dos rien ne le distinguait d’une ravissante jeune fille . Peut-être l’étroitesse du bassin…..  Il ne put résister et pinça l’une des demi-lunes bronzées . Serge gémit , regarda par dessus son épaule entre ses cheveux et retourna à son coussin .

-         Ah , c’est toi . J’étais sur que tu reviendrais .

Il avait articulé ces mots d’une voix pâteuse , presque virile . Encourageant pour la suite pensa Pakuku .

-         Bon je vais parler lentement et tu ne vas pas m’interrompre . D’abord une bonne nouvelle :on a retrouvé l’épave du Fokker sur l’île de la Sentinelle . Semblerait que la plupart des gens aient survécu . Les secours sont en route . Tu as toutes les chances de revoir Gaspar vivant . Ensuite la mauvaise nouvelle , directement liée à la précédente . Tu sais que Gaspar et le président c’est pas le grand amour . Alors comme tu es la dernière personne à l’avoir vu et surtout un des seuls à savoir qu’il voyageait sur cet avion , on va venir t’arrêter pour….t’interroger et comme je suis persuadé que tu ne sais pas grand chose , on va t’interroger longuement , très longuement .

Serge s’était retourné sur le dos .  La joie puis l’étonnement et enfin la consternation se succédèrent dans les yeux légèrement bridés du garçon .

-         C’est quoi ces conneries ? Je ne comprends rien . Gaspar , c’était un client comme un autre ,  un peu dingue , c’est tout . La plupart du temps je n’écoutais même pas ses grands discours sur la politique , la race , la corruption du pouvoir . Moi , tout ce qui m’intéresse c’est la peinture ! Il payait bien pour ses portraits et j’avais plaisir à discuter avec lui . Si les flics veulent m’interroger , ils peuvent le faire , je n’ai rien à cacher !

-         C’est bien là le problème! Tu n’as rien à leur offrir et ils vont te travailler jusqu’à ce que tu lâches quelque chose . Pour arriver à ce résultat ils vont employer des moyens très, très désagréables……

-         Tu es qui , toi , au juste ?

-         Un des leurs , ça doit te suffire.

-         Alors pourquoi……

-         Ca me regarde ! Décide- toi maintenant . Tu me fais confiance ou je me tire . Je n’ai pas de temps à perdre !

Serge réfléchit un moment .

-         Ok , ça marche pour moi .

-         Bon voilà le programme . Tu vas te lever , prendre une douche pour faire disparaître cette odeur de poule de luxe . Ensuite tu vas téléphoner à ton lieu de travail et dire que tu dois t’absenter quelques jours à l’île des Etats pour raison familiale . Tu t’inventeras une grand-mère malade ou que sais-je . Tu préciseras que tu prends le bateau de midi. Il n’y a aucun contrôle des passagers. Tu viendras ensuite avec moi , direction l’aéroport . Là on se sépare . On ne se connaît pas . Tu iras au guichet de la compagnie et tu prendras un billet pour Tauro Pupu . Paiement en liquide . Tu donneras le nom de Sylvain Teamoana . C’est le nom d’un de mes neveux . Il est en France en ce moment. On se retrouvera dans l’avion . Une fois sur place on improvisera . Le maire est un copain de classe . Tu seras en sécurité .

-         Génial ! Et toutes mes affaires ?

Il montrait les toiles suspendues aux murs et entassées sur chaque centimètre carré de l’appartement.

-         Faut pas rêver , ils vont tout foutre en l’air . Occupes toi de sauver ton joli petit cul fleuri . Ce sera déjà pas mal ! En attendant va prendre une douche et frottes toi bien !

En soupirant , le jeune homme se leva et se rendit dans la salle de bain d’une démarche ondulante  . Pakuku entendit l’eau couler . En attendant, il passa en revue les œuvres de son protégé . Pas de doute , il avait un sacré coup de pinceau . S’il s’attaquait à un autre sujet que des mecs en train de copuler , il aurait peut-être une chance de vivre de son art . Quand le garçon eut fini de se laver , Pakuku lui  cria a travers la porte :

-         Ne te rases pas !

-         Quel partie ?

Il chercha un moment à comprendre puis éclata de rire en se souvenant que Serge en dehors de ses longs cheveux , n’exhibait pas un seul poil , y compris là où tous les mâles de plus de treize ans en sont pourvus .

-         Tu laisses tout tomber . A partir d’aujourd’hui tu es un mec !

La porte s’ouvrit laissant s’échapper une nuée de vapeur d’eau .

-         Mais je suis un mec , un peu efféminé c’est tout !

-         Un peu !….Bon sang , Serge !

Le garçon passa devant lui , l’air horriblement vexé .

-         Je vais m’habiller .

-         Attends je t’ai amené des vêtements

Il lui claqua la porte de la chambre au nez tout en continuant à lui parler .

-         J’ai tout ce qu’il faut !

-         Ecoutes tu ne peux pas t’habiller en femme ! Il s’agit de passer inaperçu !

-         Rassures-toi . Je ne me travestis que pour draguer . Ca gêne moins les hommes de partir avec une femme qu’avec un garçon même si personne n’est dupe ! Vous êtes tous des hypocrites ! …. Tu penses , quand je vais au travail je m’habille normalement.  J’ai de très jolies petites choses.

Au bout de cinq interminables minutes la méduse frappa à la porte . Serge ouvrit . Pakuku crut qu’il allait avoir une attaque . Le garçon avait mis un corsage à mailles très larges ne cachant pas un millimètre de son maigre torse hâlé. Pour le bas il portait un short très serré , rose fluo , qui faisait ressortir ses petites fesses . Devant , les deux boules et la verge se profilaient derrière le mince tissu tendu à craquer. Aux pieds , cerise sur le gâteau,  de fins escarpins à talons hauts . Serge remarqua l’air consterné de son ami .

-         Ah , je vois …. c’est les chaussures .Je vais les changer .

Pakuku l’attrapa au collet et lui colla le sac en plastique sous le nez .

-         Voilà de vrais fringues d’homme . Elles sont à mon fils . Vous avez la même taille , il est juste un peu plus costaud.

Le garçon déballa avec dégoût le pantalon , le débardeur et les baskets .

-         C’est quoi ces horreurs . On te paye si mal pour que tu ne puisses pas lui offrir mieux à ton fils ? En plus ça pue ! Les déodorants ça existe !

-         Allez , habilles-toi  ! J’ai inventé une petite ruse pour gagner du temps mais si cet imbécile d’Ihupuaka a l’idée de téléphoner à l’hôtel et qu’on lui apprenne que c’est ton jour de congé , il va débarquer ici et ça va être le carnage .

 Il sortit son Walter , fit glisser le chargeur le long de la crosse et vérifia son contenu . Il s’assura ensuite que la chambre était vide en faisant jouer la culasse à plusieurs reprises . Il rengaina la tout . Serge le regardait fasciné .

-         C’est vraiment  sérieux alors !

-         Très , je ne les laisserai pas te prendre . Mais si on peut faire les choses en douceur c’est quand même mieux ! Allez , enfiles moi ça .

La vue du pistolet avait rendu Serge très docile . En voyant le gosse dans les vêtements trop grands de son fils , la méduse ne put réprimer un sourire .

-         Ca commence à prendre forme !

Serge , lui , était au bord des larmes . D’une voix stridente , il se mit à hurler .

-         Oh ben ! Tu parles . Prendre forme ! Mais je ne ressemble à rien moi là dedans ! Un clochard , voilà de quoi j’ai l’air . Et cette odeur !Tu aurais pu choisir des vêtements propres ! En plus le pantalon est trop large , je vais le perdre . Pour passer inaperçu , c’est réussi !

-         Allons du calme . L’odeur c’est voulu . Quand un gars ne sent pas très bon on ne s’attarde pas à lui poser des questions . ….Pour le pantalon je vais arranger ça.

Il chercha autour de lui et finalement avisa une toile empaquetée dans du papier brun . Il défit la ficelle qui l’entourait et la passa autour de la taille du gamin en retenant son souffle , bien décidé à révéler prochainement à son fils l’existence des anti-transpirants . Il se recula satisfait du résultat .

Serge  se regarda dans le miroir de la chambre .Un sourire éclaira son visage boudeur .

-         Je suis Cosette ! Tu seras mon Jean Valjean !

-         Plutôt Gavroche à partir d’aujourd’hui .

 Il s’approcha du garçon , rassembla ses cheveux sur la nuque et le regarda dans la glace . Il eut une drôle d’impression en apercevant leur deux reflets côte à côte.

-         Avec les cheveux courts c’est mieux .

-         Ah non pas question ! D’ailleurs toi aussi tu portes les cheveux longs .

Il se retourna pour lui toucher ses tresses .

-         Ok , mais moi c’est culturel et à ton âge , ça repousse si vite !

-         Moi aussi ,c’est culturel !

Ils trouvèrent finalement un compromis . Pakuku lui noua ses cheveux en une queue de cheval qui réduisit considérablement le volume de sa tignasse . Restait encore un petit détail à régler .

-         Marche maintenant.

-         Comment ça ?

-         Oui , marche naturellement , vas dans le salon et reviens .

Serge évolua avec la désinvolture et l’élégance d’une top modèle occupée à faire une présentation de haute couture . Ses hanches dotées d’une vie propre , semblaient s’enrouler

autour d’un axe vertical , alors qu’il se déplaçait  tête droite , les bras largement déployés le long du corps . La méduse se cacha le visage dans les mains .

-         Non , non , non ! C’est pas l’élection de miss Rupe Rupe . Regardes-moi et fais la même chose .

Pakuku fit plusieurs passages sous l’œil critique du jeune homme . Quand ce fut son tour , Serge mima les tentatives désespérées d’un ivrogne pour se maintenir debout sur le pont d’un bateau pris dans un ouragan. La méduse leva les yeux au ciel .

-         Bon sang ça ne va pas du tout ! On dirait un canard bourré !

-         Désolé mais c’est ta démarche .

-         Ah bon ?

Ils se regardèrent et éclatèrent de rire . Quand ils furent calmés , Pakuku regarda sa montre .

-         Bon on fera avec ! On n’a plus le temps . L’ avion décolle dans moins de deux heures . Rassembles les objets auxquels tu tiens le plus dans un sac , à dos de préférence , et n’oublies pas tes papiers . Une fois à Tauro Pupu , tu seras peut-être amené à quitter  le pays .

-         Mais je n’en ai aucune envie !

-         Je sais , mais il faut toujours prévoir le pire en espérant que ce soit le meilleur qui se produise .

Serge revint avec un élégant petit sac en cuir rouge équipé de deux courroies dorées .

-         Qu’est ce que c’est ?

-         Ben , mon sac à dos !

-         Bon sang , mais je parlais d’un vrai sac , celui que les randonneurs utilisent !

 En fouillant l’appartement , ils finirent par trouver un vieux Rucksack , propriété sans doute d’un lointain ancêtre germanique de feu madame Latour . Pendant que le garçon opérait un tri entre ses invraisemblables possessions , Pakuku tomba en arrêt devant une photo  suspendue  au mur du salon, dans un joli cadre en bambou . Elle montrait une jeune fille souriante assise dans un fauteuil et tenant un bébé dans ses bras . Le jeune homme vint se glisser derrière lui .

-         Elle était belle , non ?

-         Superbe . Le petit c’est toi je suppose …..Comment est-elle morte ?

-         Un accident de voiture .J’ai cru que j’allais crever de chagrin . C’était ma seule famille.  Mais je suis toujours là .

-         Tu ne la prends pas ?

-         Bien sur que si ! Mais ça me fait quelque chose . Je vis ici depuis que je suis né . De tout temps j’ai eu cette photo devant les yeux . Depuis que maman est morte et que je me suis retrouvé tout seul , ce portrait me rappelle que j’ai des racines . En le décrochant , j’ai l’impression que je ne reviendrai jamais ici !

Ils firent un peu de rangement dans l’appartement , de manière à ne pas donner l’impression d’un départ précipité . Pakuku lui donna les dernières instructions .

-         Je vais sortir le premier . Tu vas téléphoner à ton employeur et lui servir la petite histoire que tu sais . Ensuite tu vas compter jusqu’à cent et venir me rejoindre lentement . Je suis garé devant le port de pêche , la Mustang noire . Si tu dois t’adresser à quelqu’un , essaies d’approfondir un peu ta voix , sans en rajouter toutefois.   N’hésites pas à ponctuer tes propos en te grattant les couilles . Ca fait viril !

Avant de le laisser il lui attacha le bandana sur le front . Il recula , un vrai petit voyou ! Enfin il lui remit de l’argent pour son billet d’avion . Il ouvrit la porte donnant sur le couloir,

s’assura qu’il n’y avait personne et regagna rapidement la rue . Là , il marcha calmement jusqu’à sa voiture . Après cinq minutes passées à imaginer les pires horreurs , il vit  avec soulagement  le jeune homme apparaître au coin de la rue . Une chose était certaine avec sa démarche chaloupée alternée de petits pas très courts , sa dégaine de pirate efféminé et son vieux sac à dos déchiré , il ne ressemblait à rien ni à personne . Il marcha à côté de la voiture , fit semblant de la dépasser , regarda autour de lui et se glissa dans le siège du passager avec  l’aisance d’une femme du monde . Pakuku démarra aussitôt . Serge le fixa avec insistance .

-T’es un agent secret ?

 

 

 

Commentaires

histoire tro lgue mé pationnante!!!!

Écrit par : Maihau | 16 septembre 2004

Et encore , ce n'est qu'un extrait!1

Écrit par : manutara | 16 septembre 2004

Les commentaires sont fermés.