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14 août 2004

La légende

-         …….Au fait Loic , vous avez parlé à plusieurs reprises des autres . Qui sont-ils ?

Le vieil homme soupira , s’assit , arracha une grande feuille de purao dont il se servit pour chasser les insectes qui tournoyaient autour de sa tête .

-         Vous allez me prendre pour un fou , mais régulièrement , la nuit , j’entends le son d’instruments de musique , tambours et fluttes . Au début je pensais que mon imagination me jouait des tours , que c’était le sifflement du vent dans les feuilles , le bruit du ressac et que sais-je ! Et puis je les ai vu . Sur la plage , autour d’un grand feu. Ils dansaient , hommes , femmes , tous nus , leurs corps enduits de monoï  réfléchissant la lueur des flammes . De très beaux corps je dois dire .

-         Vous avez essayé de communiquer avec eux ?

-         Bien sur . Mais donnez-moi la méthode pour entrer en contact avec des hallucinations ! Ils m’ont toujours ignoré . Ca me rendait dingue .

-         Avez vous vu leur visage ?

-         C’est bizarre , maintenant que vous m’en parlez je réalise que je suis incapable de me souvenir de leurs traits . Vous voyez , j’ai du tout imaginer .

-         Pas sur . Il existe une légende sur cette île . Elle n’a jamais été vraiment peuplée , mais recevait régulièrement la visite de certains habitants de Tauro Pupu . La Sentinelle bien avant la colonisation française s’appelait Motu Tapu ou île interdite si vous préférez . Seuls avaient le droit de s’y rendre les Tau’a  ou prêtres et leur suite . Il existe ici une pierre granitique d’une certaine qualité qu’on ne trouve nulle part ailleurs . Elle était utilisée pour fabriquer des herminettes dont les prêtres se servaient pour sculpter les objets sacrés . La légende raconte qu’il y a longtemps  survint une disette terrible à Tauro Pupu . Elle fut provoquée par une période de sècheresse exceptionnellement longue . On avait abattu le dernier cochon depuis longtemps . Les filets et les hameçons des pêcheurs ne ramenaient plus aucun poisson . Les provisions de popoi étaient presque épuisées .Les cours d’eau se tarirent . Les prêtres décidèrent d’interdire aux habitants d’aller  en mer pour pêcher afin d’apaiser le courroux des dieux et assurer ainsi le retour du poisson . Une vingtaine de jeunes gens , garçons et filles , refusant de se laisser mourir de faim , décidèrent , comme cela arrive souvent avec les adolescents,  de braver les interdits de leurs aînés . Ils dérobèrent une pirogue double et mirent le cap sur Motu Tapu . Ils espéraient trouver à manger et ramener de quoi sauver la population de leur île . Ils pensaient chasser les cochons sauvages  . Ils anticipaient également une ample récolte de urus et prévoyaient de ramener au bout de leurs hameçons carangues , poissons perroquets , thons et tazards  . Ils savaient qu’ils violaient un tabou mais comptaient sur la clémence des Tau’a s’ils parvenaient à sauver la population de la famine . Une chose est certaine , on n’entendit plus jamais parler d’eux .Hommes et bateau disparurent sans laisser de traces . Certains affirment que leurs esprits sont restés prisonniers de Motu Tapu et qu’ils se réunissent sur la plage pour danser dans l’espoir de plaire aux dieux et de pouvoir enfin gagner Havaiki,  le paradis maori .J’ai même rencontré des témoins oculaires de ce genre de manifestation . Vous n’êtes pas le premier . Toujours est-il que peu après la disparition des jeunes gens,  le poisson revint en quantité sur les rivages de Tauro Pupu et la pluie se mit à tomber en abondance .

Hasenfratz avait écouté avec attention le traduction du récit que lui fit Fabio. Il bougea ses mains soignées aux long doigts spatulés , comme s’il essayait de saisir dans l’air une idée fugace .

-         Mais dis-moi ,  pourquoi les prêtres ne sont-ils pas allés eux-mêmes chercher à manger sur la Sentinelle , si cette île regorgeait à ce point de nourriture ? Le tabou n’aurait pas été brisé et ces gamins inexpérimentés ne seraient sans doute pas morts .

-         A ta question , je répondrai par deux autres questions . Qu’est-ce qui te fait penser qu’à une si faible distance , les ennuis climatiques de Tauro Pupu n’ont pas également frappé Motu Tapu avec les mêmes conséquences . Par ailleurs pourquoi Dieu a-t-il laissé mourir son fils sur la croix ? Les sacrifices humains ,c’est un truc vieux comme le monde ! Enfin c’est une légende et les légendes ….

Il ouvrit la main droite devant sa bouche et souffla doucement dessus , éparpillant dans la nuit une poussière de mots .

Hasenfratz réfléchit un instant et conclut par un hochement de tête pensif….

 

Extrait du « Livre sans nom »

Commentaires

pas mal....

Écrit par : whanna | 15 août 2004

ouais pas mal

Écrit par : oliviermb | 15 août 2004

Ouais pas mal du tout

Écrit par : Manutara | 18 août 2004

Les commentaires sont fermés.