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30 juillet 2004

Atterrissage forcé

……Le déclenchement de l’alarme l’interrompit . Le copilote, livide, se tourna vers lui.

-         Papi on est dans la merde ! Le numéro un se met  à chauffer lui aussi !

D’Aspreville réduisit les gaz et l’aiguille de l’indicateur de température revint dans la zone verte .Mais privé d’une partie de sa puissance , l’avion se mit à descendre lentement . Teiki jeta un coup d’œil sur l’altimètre et sur le variomètre donnant la vitesse de descente de l’avion.

-         Nous sommes à quinze mille pieds et nous perdons mille pieds minute…..On n’y arrivera pas !

-         Du calme . Laisses-moi réfléchir….. A quelle distance de la côte , le crash ?

Teiki se saisit de sa calculatrice.

-         Quarante milles ! Bordel !

-         A cette distance , ils ne nous retrouverons jamais à temps à supposer que je puisse poser cet engin sans casse.

-         Mais on peut tenir des jours dans les canots de sauvetage !

-         C’est vrai , mais encore faut-il en avoir !

-         Mais il y en a deux !

-         Mon pauvre , cela fait deux ans qu’on vole sans ! Ils n’existent que sur le papier ! Il n’y a que des gilets de sauvetage à supposer qu’ils ne soient pas rongés par les mites .

Le jeune homme le regarda avec incrédulité .

-         Alors nous sommes fichus !

-         Peut-être pas !

Le commandant déplia sa carte et lui montra un point perdu dans l’immensité du Pacifique .

-         A trente milles sur notre route , l’île de la Sentinelle. On ne devrait pas tarder à l’apercevoir. Bien avant que tu ne sois né , les français y ont installé une base navale.  Pour faciliter le ravitaillement , ils  ont construit une piste de mille cinq cent mètres de long . C’est notre seule chance !

-         Putain papi , ça fait quinze ans que la base a été fermée et l’île rendue aux chèvres et aux cochons ! Tu imagines l’état de la piste !

-         Vingt ans et j’essaye de ne pas imaginer ! A l’époque je pilotais un Transal et j’ai du y atterrir au moins une centaine de fois . Elle se trouve sur un plateau à mille pieds d’altitude  . Calcules moi notre altitude quand nous serons  à la verticale de l’île .

-         Trois mille pieds .

-         C’est jouable !Avec les dernières lueurs du jour…. Tiens voilà la Sentinelle .

 Elle se profila sur l’horizon , immuable tel un vaisseau de pierre dans le soleil couchant . L’hôtesse fit son apparition dans le cockpit .Elle avait perçu la baisse de régime du moteur et sentit que l’avion descendait.  Ella pensa , trop tôt pour l’approche finale .Elle parcourut le couloir en affectant un calme qu’elle était loin de ressentir , puis elle franchit la soute à bagage et finalement arriva au poste de pilotage . D’Aspreville la regarda et fut ému par sa jeunesse . Il jeta un regard en coin à son copilote et le revit deux ans plus tôt , lorsque frais

émoulu de l’école de l’air il était venu se présenter à lui .  Pour l’instant le jeune homme serrait les dents et tenait le coup . Il imagina également la panique des passagers .

-         Tu tombes bien Leiana ! Comment ça se passe en cabine ?

-         A part une dame qui a eu un début de crise d’hystérie , les passagers sont calmes .

-         Tant mieux . Tu leur diras qu’on va faire un atterrissage d’urgence sur la Sentinelle…Non , non , je ne suis pas fou . Pas le temps de t’expliquer . Fais leur prendre la position de sécurité et vérifie que leur ceintures soient bien bouclées . Ensuite à ton poste . Dès que l’appareil sera immobilisé , ouvres la porte et fais évacuer.  C’est tout.….Bonne chance !

Il fut interrompu par Teiki .

-         Six mille pieds . Trois minutes de la ….piste . Visibilité quinze milles . Couverture nuageuse trois huitième . Vitesse cent cinquante nœuds .Route au zéro quarante cinq.

-         A partir de maintenant , on est en vol à vue .

Le commandant réduisit les gaz et l’avion se mit à descendre plus rapidement.

-         Volets dix degrés

-         Volets dix degrés ….. Tu ne crois pas qu’on ferait mieux d’amerrir sous le vent de l’île et essayer de gagner la côte à la nage ?

-         Jamais fait d’hydravion ! En plus ces parages sont bourrés de requins . Qu’un seul d’entre nous soit blessé et perde son sang et ce sera la curée ! Volets vingt degrés .

-         Volets vingt degrés. Trois mille pieds. Vitesse cent vingt nœuds .

La Sentinelle s’approchait rapidement et les deux hommes commencèrent à distinguer les falaises battues par la longue houle du Pacifique . D’Aspreville réduisit encore les gaz et vira pour se mettre dans l’axe de la piste . Le bruit du moteur devint à peine audible.

-         Train sorti et verrouillé. Volets  trente degrés .

-         Train sorti et verrouillé. Volets  trente degrés . Onze cent  pieds. Vitesse quatre vingt cinq nœuds . Route au zéro quatre vingt dix.

Le rebord de la falaise s’avançait rapidemment . La piste était invisible et pourtant le pilote savait qu’elle était là , construite d’ouest en est pour faire face aux vents dominants . En abordant l’île , l’avion fut secoué par des turbulences . Un hurlement leur parvint de l’arrière de l’appareil . Enfin il la vit  , droit devant eux , recouverte d’herbes folles, de buissons d’épineux et de petits acacias qui avaient profité de la moindre fissure pour affirmer leur volonté de reconquête . Papi coupa les gaz et fit un superbe arrondi en tirant avec douceur le manche à lui .L’avertisseur de décrochage hurla . Les roues du Fokker touchèrent le sol exactement là où , trente ans plus tôt , les légionnaires avaient peint les lignes blanches signalant le seuil de la piste . Les arbustes happés par le fuselage et les ailes volaient en tous sens , produisant un bruit sourd . Debout sur les freins et les palonniers , les deux hommes essayaient de contrôler la folle course de l’appareil dont les roues rebondissaient sur les cailloux semés par les pluies torrentielles . Teiki exultait tout en surveillant le speedomètre.

-         Cinquante nœuds , quarante , trente ….Meeeeeeeeerde !……

 

 

Extrait du « Livre sans nom »

 

 

Commentaires

Mais! Mais! La suite!!!

Écrit par : oliviermb | 30 juillet 2004

On verra....on verra....

Écrit par : Tai Heke | 30 juillet 2004

Les commentaires sont fermés.