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28 juillet 2004

La dispute

 …..Ils furent interrompus par l’arrivée de l’épouse du président . Elle avait bousculé le garde placé à la porte du bureau et son imposante silhouette s’encadrait à présent dans l’entrée .

-         Couuuuiiiiillon ! Qu’as-tu fait de mon petit frère ? 

Pakuku s’approcha d’elle et la prenant doucement par le bras essaya de lui faire quitter la pièce .

-         S’il vous plait madame , le président est en conférence .

Une claque magistrale , assénée par la main potelée et baguée de la matrone , l’envoya valser à l’autre bout de la salle .

-         Rappelles ton toutou ou j’en fais un eunuque et je l’expédie en Chine .

La formation littéraire de la première dame était des plus sommaire mais elle adorait lire les romans dont l’action se déroulait en Chine , autrefois, dans les palais de puissants mandarins . Pour elle , la révolution culturelle restait encore à faire …….

 Le président se leva en écartant largement les bras .

-         Voyons mon sucre d’orge , il ne faut pas te mettre dans ces états ! Ton frère est ici et se porte comme un charme…

-         Comme un charme ! Mon cul ! T u l’as fait arrêter , oui !

L’épouse présidentielle , au fil des ans ,était devenue assez vulgaire , une attirance certaine pour la bouteille n’ayant fait qu’aggraver ce que les dures réalités de l’existence avaient déjà , dans une large mesure , amorcé .

-         Arrêter ! Mais non , voyons ! Tout juste interrogé .Il faut dire que depuis un certain temps Ovide , que jusqu’ici je considérais comme mon propre frère….

-         Mais c’est ton frère !

Le président prit un air gourmé.

-         Euh , oui , si l’on veut ! Ovide , disais-je, semble avoir depuis quelques temps des relations contre nature et….

-         Bordel , c’est pas une raison pour le traiter de cette manière ! Je ne savais pas que la sexualité de mon frangin t’intéressait à ce point !

Marcelline s’empara de la bouteille de Whisky et but une longue rasade à même le goulot . Le président ouvrit grand ses yeux , pensa , qu’est-ce qu’elle raconte cette conne , puis partit d’un  éclat de rire un peu forcé .

-         Non , non , je ne parlais pas de cela ! Plût au ciel qu’il ne se fût agi que de frasques sexuelles ! Mais je ne savais pas que…. Bref ! Tu sais, moi , tant que les gens ne se

mêlent pas de politique…. Non je parle de ses contacts répétés avec mon ami Gaspar . Là ,on frise la haute trahison .

-         Merde , il a couché avec ce vieux con ?

Babar commençait à en avoir assez de cette discussion stupide . Il tapa du poing sur son bureau en hurlant .

-         Bon sang ! Si tu me laissais parler . Il ne s’agit pas de vulgaires histoires de fesses mais de l’avenir de ce pays ! Ovide est allé raconter des secrets d’Etat à l’un de mes plus féroces ennemis.

-         Quoi ? Que ça fait dix ans que tu es impuissant ! Tu penses le parti que le …..féroce Gaspar va tirer de ce scoop !

Elle  tendit la main vers lui en faisant semblant de vouloir le griffer .

-         Le féroce Gaspar ! Grrrrrr ! Grrrrr !

Le président sentit le sang refluer de son visage , sa vision se troubla et il eut l’impression de flotter dans l’espace . S’il avait eu une arme à sa portée , nul doute qu’il en eût fait usage . Il se contenta de la saisir  à la gorge avec la rapidité du crotale frappant sa proie paralysée par la peur et de serrer jusqu’à ce que le visage de la première dame devienne écarlate et sa respiration sifflante .

-         Ecoutes grosse truie , je vais te le rendre ton frère ! Mais dis- toi bien que je ne le fais qu’en souvenir de la belle jeune fille que j’ai épousée ……. il y a bien longtemps . Prends-le , soignes-le et colles le dans le premier avion , s’il y a encore un avion en état de fonctionner dans ce maudit pays ! Qu’il aille rejoindre tes parents !

Il la poussa ensuite dans l’un des nombreux fauteuils éparpillés dans son bureau . Elle y tomba avec le bruit d’une papaye pourrie s’écrasant sur un sol  gorgé d’eau . Marcelline regarda son mari avec une certaine curiosité . Elle se demanda si en enfonçant une lame effilée dans les chairs distendues de son ventre elle provoquerait une explosion ou bien un interminable déversement de graisse , de tripaille et d’excréments . Elle essayait d’imaginer l’air incrédule et horrifié du président regardant la vie s’échapper de son corps difforme  en un déferlement sanglant et putride . Babar vit les yeux haineux de sa femme  et frissonna . Il fit signe à Pakuku qui essayait de se faire oublier dans son coin , d’aller chercher Ovide . La méduse fut ravie de cette diversion et quitta précipitamment cet endroit chargé d’un mauvais mana . Il descendit dans les entrailles du palais et ouvrit la porte de la salle  « d’interrogation » , pour reprendre les mots de l’inscription faite à la peinture noire sur la porte en fer ….

 

Extrait du  « Livre sans nom »

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