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27 juillet 2004

La chute

Gatien quitta son appartement en début de soirée . Il avait du faire violence à son corps pour l’obliger à franchir cette frontière séparant la torpeur de l’éveil , le rêve de la réalité . Il avançait dans la rue se heurtant aux gens et aux choses sans réellement parvenir à les distinguer . Il n’était habité que par une obsession : arriver au 12 de la rue Caron et s’offrir à l’étreinte protectrice de l’Association pour être libéré de son vice .

Sa dépendance ne s’était pas déclarée de manière subite , mais insidieusement . Elle avait peu à peu pris possession de lui . Comme tout le monde , il avait commencé à goutter à l’ivresse en famille puis en société .Il avait joui de ce bien-être factice , de cette sensation de puissance trompeuse . Au début il s’y adonnait mensuellement , puis de manière hebdomadaire et enfin quotidiennement . Il s’était immergé avec délice dans cette Sodome du goût .Puis il s’y était vautré comme une truie dans sa bauge .Lui , l’employé modèle , avait laissé son  mal le détourner de son humble labeur . La moindre occasion était saisie avec avidité . Bien sur son rendement en souffrit .Il travaillait à l’ANPE et son rôle était d’initier la belle jeunesse de France aux arcanes du monde du travail . Il avait , d’habitude , un jugement très sur et savait concilier les aspirations des demandeurs d’emploi avec les exigences du patronat . Mais tout cela appartenait  au passé . Tout à sa dépendance , il avait été à l’origine de deux scandales retentissants . Ainsi , il avait confié à un tueur en série , activement recherché , un poste d’aide soignant  dans une maison de retraite . Tous les pensionnaires furent massacrés dans des conditions particulièrement atroces  ainsi que quelques rares parents venus rendre visite à leurs chers futurs défunts . Mais cela n’était que broutille .Jugez de l’effroyable erreur par lui commise alors que de son vice il était sous l’emprise ! J’ai peine à le dire , car sans nul doute on n’a vu pire , mais à un jeune français de type caucasien ,le RMI il accorda sans se douter de rien .Il n’en fallut pas plus , c’était déjà de trop , de l’agence , sans retraite, il dut fuir au trot !

Comme cela se produit , hélas , trop  souvent , à la perte de l’emploi succéda le départ de femme et enfants.

De manière compréhensible , il ne fut nullement affecté par cette double disgrâce . Il put alors, tout entier , s’enfoncer dans ses excès . Il verrouilla sa porte , ne se lava plus ,  ni ne se changea  , mangeant à peine . Il se mit à rire et à parler tout seul . Certains jours ,  on l’entendait pleurer .Il ferma sa porte aux rares amis restés fidèles jusque dans la débâcle .  Il commença à souffrir d’ hallucinations , à voir se projeter sur les murs de son salon les images ourdies par son cerveau malade . Un jour, il se regarda dans un miroir et ne se reconnut point. Il décida  qu’il était temps de mettre fin à cette folie.

Alors qu’il approchait du terme de sa longue marche , il ne put s’empêcher de s’arrêter devant un café . Il vit des consommateurs  s’adonner à toutes sortes de dérèglements. Il franchit la porte . Là , il rejoignit la compagnie de ceux qui ,comme lui, avaient tout perdu , même et surtout la raison . Ainsi l’un de ces malheureux surveillait en permanence les faits et gestes de sa concierge , un autre consacrait toutes ses forces à la quête d’un testicule disparu dans son enfance . Le plus atteint proclamait , tel un ancien combattant  ballotté de défaite en défaite, ses taux faramineux d’alcoolémie aux différents stades de sa misérable existence .

Gatien quitta ou plutôt s’enfuit du tripot afin de retrouver la sécurité relative de la rue. Quand il arriva  rue Caron , la grande salle où se réunissaient les membres de l’Association était remplie de malades de tous âges et de toutes conditions . Il s’assit entre un jeune homme tout de noir vêtu et une dame âgée en tailleur Channel . Une jeune femme monta sur l’estrade et prit la parole .

-         Je souhaite la bienvenue à nos nouveaux adhérents . Le principe est simple . Chacun peut , doit même , venir ici et s’exprimer sans crainte , devant ses sœurs et frères . La guérison est à ce prix ! Chantons maintenant notre hymne !

La centaine de participants se leva et , élevant les bras au plafond ( certains , les fumeurs, allumèrent des briquets), entonna allegro ma non tropo ce chef-d’œuvre de l’art vocal qu’est ,

« Vous n’aurez pas l’Alsace et la Loraine » .

Lorsque l’écho des dernières paroles s’éteignit dans l’auditorium comble , au milieu des sanglots et des hoquets , la maîtresse des lieux s'adressa à la foule .

-         Je demande maintenant à un volontaire de venir ici et de se présenter à ses camarades .

Hommes et femmes se dévisagèrent en hésitant . Timidement , Gatien se leva et d’une démarche chancelante gagna l’estrade au milieu des applaudissements . La prêtresse le poussa sur le devant de la scène en l’encourageant . La gorge nouée il prononça ces paroles salvatrices .

-         Je m’appelle Gatien et je suis  blogueur !

Commentaires

Merci, merci, merci mille fois à l'Association d'exister, qui permit la manifestation de ce courage qui permit cette prise de parole qui permit la renaissance d'un espoir, pâle mais présent, dans un esprit contaminé, une âme atteinte et errante de blog en blog.

Merci, merci, et encore merci.



(je continues toutefois par moment à me demander si le mal n'est pas incurable...)

Écrit par : Zhoul, tentative de déblogage avortée | 27 juillet 2004

blagueur va!

Écrit par : oliviermb | 28 juillet 2004

Je l'attendais celle-là ! ....

Sans mensonges la vérité s'ennuie . Je me suis réveillé avec cette petite phrase dans la tête ce matin. Va savoir pourquoi!Je ne me rappelle plus de l'auteur de cette puissante maxime . Le connaitrais-tu?

Écrit par : Tai Heke | 28 juillet 2004

C'est pas la petite mythomane du RER qu'a dit ça 1? Celle qui s'est pas fait agresser, alors que quelques bonnes baffes dans la gueule lui remettraient pourtant les idées bien en place



Écrit par : oliviermb | 28 juillet 2004

Quel sujet de roman que cette petite jeune fille insignifiante , propulsée sur le devant de la scène médiatique après avoir ridiculisé les ténors de la politique et du politiquement correcte. Orwell...tous les jours et partout . Au fait c'est pas lui qui aurait dit :" sans mensonges..." Non? Bon , bon ....Sartre alors ou Beauvoir?.... Au sujet de ces deux là , je me suis toujours demandé si lors de leurs joutes amoureuses , Simone enlevait son turban et J.P. ses lunettes....

Écrit par : Tai Heke | 28 juillet 2004

Je peux pas te dire, je suis nul en citations (et en proverbes également).



A mon avis, Jean-Paul ôtait ses lunettes, et Simone se mettait le turban sur les yeux.

Écrit par : oliviermb | 28 juillet 2004

Ouais , c'est surement ça ....Encore un grand mythe qui s'effondre!

Écrit par : Tai Heke | 28 juillet 2004

Les commentaires sont fermés.