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22 juillet 2004

La lumière qui s'éteint

Hier soir la citadelle était plongée dans l'obscurité . Surcharge du réseau m'a-t-on expliqué! C'est consternant , nous ne sommes que deux locataires ! Comment cela se peut-il ?La réponse me fut donnée lorsque le courrant eut été rétabli , six heures plus tard . Une aile du château , jusque là inoccupée , baignait dans une douce  lumière. Une jeune fille se pencha à la fenêtre et me fit un signe timide de la main avant de tirer les rideaux. Je n'ai pu voir son visage mais je crois bien qu'elle était jolie .Le prisonnier avait sa tête des mauvais jours . Il s'est montré un court instant sur son balcon , a haussé les épaules en lançant , bah une femme, puis est retourné s'allonger devant son écran géant de télévision .

La religion encore . Je suis tombé sur un journaleux (je préfère à blogueur) qui avait fait encadrer  et suspendre une citation du lévitique au-dessus de son lit (c'est une allégorie) . Un peu dans le style de ce qu'on imprime sur les paquets de cigarettes pour détourner les fumeurs de leur vice : la cigarette tue , rend impuissant , aveugle, sourd etc... A cette différence près que le thème abordé par cet extrait, tiré d'un livre vieux de trois mille ans , se rapporte à l'activité sexuelle et distille un message hautement dissuasif capable de rendre impuissant un troupeau de buffles en rut. J'ai donc essayé , dans mon commentaire , de minimiser le contenu de ce message en le réduisant à une simple recommendation du ministère de la santé de l'époque .Mais j'ai l'impression que mon interlocuteur ne m'a pas cru!

La religion toujours . Autre journaleux ,autre style ,autre histoire qui va me servir de point de départ pour une réflexion toute personnelle . Cette fois mon journaleux est un homme dans la force de l'âge . Je l'imagine élégant , cultivé , raffiné, esthète. Il monte dans sa voiture , allons, un engin pas trop vulgaire , une Jaguar disons . Il s'arrête devant un hôtel qui sans être d'un luxe excessif garantit tout de même à ses hôtes des conditions d'hébergement acceptables . En sortent deux individus , l'un maigre , l'autre corpulent . Ils sont sanglés dans des costumes mal finis aux couleurs criardes . On devine tout de suite des ressortissants d'une ex-république soviétique ayant fait fortune dans l'import-export de véhicules d'occasion neufs en regardant leurs mains épaisses, chargées de bagues aux reflets irisés . Ils montent dans la Jaguar , l'un à l'avant , l'autre à l'arrière . Ils saluent le conducteur  , P., en ponctuant leurs éclats de rire  de grandes claques sur son élégante veste Armani .La voiture démarre , direction Reims et sa cathédrale , l'une des plus belles d'Europe .

Ils pénètrent dans la nef et sont brutalement immergés dans un silence épais rempli de mille sons diffus : craquement des prie-Dieu,  murmure des fidèles ,  grincement des portes , cliquetis des pièces tombant dans les troncs et voix lointaine du prêtre officiant à un mariage entre un marin-pêcheur de Kobe et une gardienne de parking de Yokohama . Une cinquantaine de nippons sont assis sur les bancs situés à proximité de l'autel . Les chaussures des ex-soviétiques émettent un couinement désagréable . P. les invite à s'asseoir afin de ne pas gêner la cérémonie . A un  moment donné , il se met debout et les yeux levés sur les vitraux ,  fait un pas de côté dans l'allée centrale. Il n'a pas vu une dame  d'un âge certain , s'avancer d'un pas hésitant d'échassier craintif . Le choc est inévitable et la frêle ancienne est projetée à plusieurs mètres de là . C'est une septuagénaire vêtue avec recherche . Il ne serait pas étonnant que son ensemble portât la griffe d'un grand couturier. P , horrifié de sa maladresse se précipite pour aider la dame à se relever . Mais celle-ci bondit sur ses jambes avec la vivacité d'une panthère dérangée dans son sommeil .Elle lui plaque sa main décharnée et griffue sur les parties et serre avec une force étonnante , un rictus sadique et lubrique sur ses lèvres d'où s'échappe une suite d'insultes ordurières:

- Bordel espèce d'enculé tu peux pas faire attention !!!!

  P. , le malheureux , que peut-il faire d'autre , émet un gémissement qui rapidement se transforme en une longue plainte lugubre à mesure que la harpie affirme son étreinte testiculaire. Les japonais se retournent et persuadés que ce petit intermède a été organisé à leur intention font ce qu'ils font toujours dans ces cas là , ils filment avec des caméras aussi petites que redoutablement efficaces . Quand la vieille a épuisé son chapelet d'injures , elle lui file un coup de boule (il faut appeler un chat , un chat!) . P. s'effondre , le visage ensanglanté . Mais la folle n'en a pas encore finit avec lui . De ses talons pointus elle lui martèle les côtes et le visage . A cet instant P. est à un coup d'escarpin de la mort . L'un des ex-soviétiques , le maigre , sort un Béretta logé sous son aisselle et fait feu à deux reprises  . Mami Bagherra fait un bond de trois mètres et retombe à côté de P. Les japonais applaudissent . L'étranger au Beretta salue , s'approche de P., fouille ses poches et en retire les clés de la Jaguar . Bizeness is Bizeness ! Les deux hommes , se signent et disparaissent à jamais par la grande porte . Le témoignage des japonais sera déterminant pour innocenter P. Il n'en demeure pas moins qu'il devra passer deux semaines à l'hopital . La dame quant à elle se porte comme un charme . Elle avait eut la prudence de s'équiper d'un gilet pare-balles Cardin .

A peine rentré chez lui , P. se précipite sur son ordinateur et convoque le ban et l'arrière ban de sa cour de journaleux. Ordre du jour : disparition du sacré sous l'assaut du matérialisme exacerbé de la société de consommation .La discussion fut des plus passionnantes . Chacun fit assaut de sagesse , de culture et d'intelligence . Et modestes avec ça les journaleux . Je suis ignare mais Platon a dit... Je n'ai aucune culture mais s'il me semble Bachelard affirmait... Je suis un rustre mais Kant n'avance-t-il pas.... 

Cette assemblée de sages n'arriva à aucune conclusion particulière et c'est aussi bien ainsi . Moi je trouve le fait divers ( à peine modifié) que je viens de conter tout à fait édifiant . Il résume à lui tout seul , l'abîme de turpitudes dans lequel peut nous faire choir la religion . Tous les ingrédients sont réunis: Sang , violence et fric!Je laisse à chacun le soin d'en tirer la substantifique moelle . Et , enfin , si je m'étais fait tabasser par une petite vieille dans une église , je me méfierais....

 

 

Commentaires

Tu devrais écrire des romans à clefs 1



Est-ce parce que tu ne sais pas ou parce que tu ne veux pas en faire, qu'il n'y a pas de liens menant aux pages des internautes qui t'inspirent tes personnages? Ce pourrait être amusant.

Écrit par : oliviermb | 23 juillet 2004

quelle horreur !

Olivier, tu es un détourneur de génie ! j'en frémis. C'est vrai que toutes les turpitudes sont déjà écrites dans la bible, mais pa seulement ça... à chacun en effet d'en tirer la substantifique moëlle... ç'aurait été pire sans elle sans doute... Pauvre P, il a du être sacrément ébranlé !

Écrit par : pierem | 23 juillet 2004

Des liens si forts vous unissent que je n'ai vraiment pas besoin de vous présenter l'un à l'autre...

Bien sur que je sais comment faire pour créer des liens , quelle idée...voyons!Mais comme j'aime le son de ton écriture , je ne vois aucun inconvénient à ce que tu me rafraichisse la mémoire.

Quant à P.je suis au regret de dire que les choses ne vont pas très bien pour lui . La dernière fois que je l'ai rencontré c'est à la frontiète entre le Chine et la Mongolie , dans une petite ville sinistre , Zaminuud . Il exploite un lupanar dont toutes les pensionnaires sont des vieilles dames de plus de soixante-dix ans (on vit très vieux en Chine!).L'établissement s'appelle " La Cathédrale"!Allez , on se fait un petit "pooja"?

Écrit par : Tai Heke | 23 juillet 2004

La saison chaude ayant eu raison de la quasi totalite du cheptel du sieur sus-nomme, je tenais a vous informer que selon le comite, le bonhomme se dirigerait actuellement a petits pas presses vers Ulan Bator, que je ne peux m'empecher d'ecrire tellement j'aime ce nom.



Quant a Zaminuud, mauvaise langue, elle fait les meilleurs pooja de la region.

Écrit par : Zhoul, Hautefortine future croulante | 23 juillet 2004

Oh, mais y commence à y avoir du monde ici!

Écrit par : oliviermb | 23 juillet 2004

Les commentaires sont fermés.