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23 juillet 2004

Le déjeuner sur l'herbe

Le prisonnier me fit le reproche à un moment indéterminé du temps , de ne pas créer de liens . Evidemment il pense , et comment lui en vouloir , que je ne sais pas , que je ne peux pas , que je suis incapable de créer des liens . Bref que je suis trop con! C'est vrai pour une foule de raison , mais pas celle-là .Je connais ce secret redoutable qui peut ,d'un coup de souris , transformer la vie d'un honnête homme qui travaille , regarde la télévision tous les jours , met de l'argent à la banque , en un enfer auprès duquel celui de Dante fait figure de colonie de vacances colombienne (quand même). Non , ce ne sont pas ces scrupules qui m'ont retenu . Après tout , si un journal intime fait l'objet d'une publication cybernétique , c'est pour être lu , trituré , analysé , copié , falsifié,plagié et finalement transmis à d'autres afin qu'à leur tour... Je rappelle à mes lecteurs (si j'en ai etc...) que mon domicile est antique et inconfortable . C'est la citadelle de Hautefort. Les coupures d'électricité sont fréquentes et peu de choses y fonctionnent correctement . Ainsi un geste aussi simple que de poster un billet devient un épreuve insurmontable. Souvent dans l'obscurité je me perds dans les venelles au pavé glissant  s'enchevêtrant en un labyrinthe inextricable et lorsque je crois avoir touché au but c'est  dans une oubliette sans fond que je chois! Ainsi j'imagine le désarroi de ce frêre journaleux le jeune comte Henri de G. d'A.sur Y.Il venait de terminer un doux billet destiné à sa promise , Berthe B.(ce pauvre Henri n'a jamais saisi la différence entre mail et blogue). Je ne résiste pas au plaisir de vous en reproduire la fin.

"....j'ai l'espoir que ces quelques mots dénués de tous artifices , hormi ceux que m'inspire Cupidon , sauront trouver le chemin sinueux et semé d'embuches , menant à votre coeur pur et chaste....... Votre Henri de G. d'A. sur Y.

Henri cliqua de son aristocratique index sur la case marquée "poster". Il attendit d'interminables secondes . Son texte sublime avait disparu , mais rien , absolument rien , ne permettait de penser qu'à l'autre bout ( Henri est croyant) la missive eût été reçue par celle à qui la supplique était destinée .Juste un grand blanc . Henri enleva ses lunettes et enfouit son long visage de phtisique mannien dans ses mains blanches, vierges de toute souillure laborieuse . Ses yeux d'albinos presbyte distinguèrent, au travers de l'épais brouillard de leur  quasi-cécité , l'ombre de mots jetés sur l'écran.Il remit ses lunettes . Il lut et relut à plusieurs reprises l'étrange message écrit dans la langue de Shakespeare qu'il pratiquait peu ou mal :

- FUCK YOU , SON OF A BITCH ! KICK YOUR ASS OUT OF HERE!.....The Webmaster.

Voilà c'est comme cela qu'on nous traite à la Citadelle . Alors si poster un billet est un tel problème , imaginez pour les liens! Les chaines et le fouet oui! Il n'empêche , j'aime cet endroit . Je m'y trouve bien et en bonne compagnie . Tiens , hier soir en fouillant dans un vieux coffre , j'ai trouvé un petit recueil d'histoires courtes . Je vous en livre une : " Déjeuner sur l'herbe"

" En ce bel jour de l'an 1378 de notre Seigneur , chevauchoient deux destriers blancs sur la route menant au castel du seigneur de Boisjoli . Sur le premier palfroi venoit un jouvenceau , Eudes seigneur de Fontsec et en le second la jouvencelle Cunégonde , fille chérie du seigneur de Boisjoli . L'un et l'aultre puceaux estoient .Comme le sol chaudement bruloit et les palfrois moulte poussière soulevoient , les deux jouvenceaux au bord d'un ru s'arrestoient. Eudes prestement  au pied de son destrier choit et d'un élan vers sa belle se jetoit afin que du palfroi la goule ne se cassoit .Au bord de l'onde la portoit et tous quatre jouvenceaux et palfrois longuement se désaltéroient .La jouvencelle de ses impedimenta un casse croite sortoit et les deux puceaux avec appétit mangeoient.Ravis et repus les deux sur le chaume s'allongeoient....

Des coups violemment frappés à la porte sortirent Charles de l'état de transe créatrice dans lequel il était tombé depuis le matin . Il sauvegarda le texte péniblement composé , enfila une robe de chambre trouée , traversa le minuscule appartement et ouvrit la porte . C'était madame Mignard ,la convierge*, accompagnée de monsieur Vergette le propriétaire des lieux . A eux deux , ils représentaient probablement un résumé de tout ce que Charles détestait le plus au monde . D'abord ils étaient effroyablement laids , de cette laideur sans charme et sans recours . Madame Mignard ressemblait à une guenon avec ses jambes arquées , ses longs bras noueux et son petit visage frippé couronné d'une moisissure qu'elle s'entêtait à appeler ses cheveux. Monsieur Vergette quant à lui devait-être le produit du croisement d'un tapir avec une truie . Son nez exerçait sur Charles une fascination malsaine. Une espèce de masse de chair molle , douée d'une vie propre et percée de deux orifices parfaitement sphériques .Charles avait toujours eu envie d'y enfoncer ses doigts et de tordre l'immonde groin .Pour l'instant , le groin était braqué vers lui et  réclamait trois mois de loyer en souffrance . Quand Charles lui parla du livre qu'il allait bientôt publier , de l'avance que lui consentirait son éditeur , le groin émit un sifflement et quelques gouttes de morve fétide vinrent asperger les joues de l'écrivain .Tandis que Charles essayait de gagner les quelques jours qui le séparaient de la rue , la Mignard avait passé sa  tête chafouine par l'embrasure de la porte et reniflait l'intérieur du petit appartement , notant mentalement les rideaux déchirés , la moquette trouée , la peinture des murs eraflée , le sofa défoncé .Ses petites narines retroussées avaient flairé la misère , l'échec ,  la pauvreté . Une odeur , subtile et puissante, encore légère mais clairement identifiable commençait à s'insinuer dans l'air chargé de désespoir : l'odeur de la mort . Le nez simiesque renifla avec avidité ces rémugles infernaux .Envahi d'une Schadenfreude ignoble , il esquissa même un sourire , je dis bien il ! Le nez de l'abominable guenon sourit lorsque le groin de Vergette signifia au malheureux Charles son congé pour la fin du mois .Quand les deux appendices nasaux , unis dans la laideur,  se furent retirés , Charles  s'éffondra sur son canapé . Il laissa son regard errer par le fenêtre ouverte . Des immeubles faisant face à d'autres immeubles . Des fenêtres s'ouvrant sur d'autres fenêtres . Des hommes et des femmes qui jamais ne se verraient !

Quand de leur sommeil s'éveilloient , de chaleur quasi trépassoient . Tous deux se désnudoient et dans l'onde se lançoient . Corpus à corpus se frottoient tant bien que les pubendas du jouvenceau gonfloient et dans la pucelle se mettoient . Longuement baisoient .Estourbis et fourbus , damoiseau de damoiselle et tous deux , de l'onde se restiroient. Alors grand vacarme oient . Dans le ru deux gueux se noient . De figure éspouvanstable l'un et l'aultre estoient . Animaux paressoient . Gouloient en langue qui ni d'Oc, ni d'Oil estoit . Eudes les regardoit et voir créastures démoniasques pensoit. Un carreau sur son arbaleste installoit et la foumelle visoit : dans le cul le trait se fichoit!Prestement autre carreau à son damoiseau , la damoiselle tendoit. Le trait dans le museau du mâle s'enfonçoit.Les deux bestes bien marries beaucoup gueuloient , pleuroient et moultes supplications lançoient .Jouvenceau et jouvencelle un maximum se marroient!

*Note de l'auteur : faute de frappe , il faut lire concierge! Convierge...n'importe quoi!

 

 

 

Commentaires

Ce n'est pas gentil de comparer la concierge à une guenon, pas gentil pour la guenon, veux-je dire. Je trouve cet animal plutôt sympathique, un peu comme une vieille bonne.

Écrit par : oliviermb | 24 juillet 2004

Guenon sans u . Merci Olivier . J'ai essayé de corriger mais tout est une fois de plus coincé par ici . Rien ne fonctionne !

Quant à la comparaison entre CETTE concierge (les autres sont évidemment exquises)et une guenon , je persiste dans mon hérésie . Je me suis fait agresser à Bali ,il y a quelques années , par une guenon. La bougresse m'a mordu , m'a piqué mon paquet de cacahouètes (acheté pour elle) et s'est tirée sur ma moto . Ah oui , cela se passait dans un temple... ( Histoire RIGOUREUSEMENT exacte)

Écrit par : Tai Heke | 24 juillet 2004

Oh mais je veux bien te croire, je ne connais que les genille guenon du cirque ou du zoo moi, ou celles qu'on voit à la télé, généralement dans des laboratoires

Écrit par : oliviermb | 24 juillet 2004

Je viens de m'apercevoir que le mot "guenille" c'était glissé dans mon précédent commentaire, bizarre...

Écrit par : oliviermb | 24 juillet 2004

mince, "s'était glissé" avec un s bien sûr, pas avec un c, ça doit être l'heure. Je vais aller me coucher.

Écrit par : oliviermb | 24 juillet 2004

jem bn qan tu fè ds fot d'ortograf! lol

Écrit par : Tai Heke | 25 juillet 2004

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